L’arbre se rapproche du cœur des programmes

Le 28 février 2020 par Romain Loury
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Replanter des arbres, mais différemment
Replanter des arbres, mais différemment
VLDT

Au-delà des partis écologistes, l’environnement fait, enfin, l’objet d’une préoccupation transpolitique à l’occasion d’une campagne municipale. Celle-ci voit en effet foisonner les projets d’espaces verts et de plantations d’arbres. Si ces initiatives sont louables, elles doivent être le prélude d’une reconquête des sols naturels, en les délivrant du bitume.

Rarement a-t-on planté autant d’arbres en France, aussi végétalisé les villes, qu’au cours des derniers mois… du moins sur le papier: à l’approche des élections municipales, les projets de forêts urbaines, de ceintures vertes, de poumons urbains, de «Central Park», de nouveaux espaces verts, n’ont cessé de fleurir d’un bout à l’autre de l’échiquier politique.Grand absent des précédents scrutins, l’arbre est désormais le totem de bien des aspirants maires.

Les nombreux bénéfices de la végétalisation

Dans son guide «Demain mon territoire», publié en novembre 2019, l’Ademe[i] encourage évidemment ces mesures de végétalisation, qui contribuent à «la qualité de vie, à la santé des habitants et à l’attractivité de la cité». La végétation est bénéfique à bien des égards, que ce soit pour lutter contre l’effet îlot de chaleur urbain (entre -0,5°C et -2°C dans les rues), pour améliorer la qualité de l’air (un arbre peut absorber jusqu’à 20 kg de particules fines par an) et pour favoriser la biodiversité, rappelle l’agence.

Pour cela, elle évoque certes la création d’espaces verts et la végétalisation tous azimuts (toits, murs, trottoirs, places, cours d’école, etc.), mais aussi leur entretien par la méthode douce, tels que fauchage tardif et récupération de l’eau de pluie pour l’arrosage. Si la loi Labbé a interdit l’usage des pesticides dans les espaces verts, l’Ademe propose aux futurs élus d’étendre cette interdiction aux terrains de sport et cimetières. Une extension promise, début janvier, par la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne.

Arrêt de l’artificialisation

L’Ademe prône par ailleurs l’inscription de l’arrêt de l’artificialisation des espaces naturels dans le Plan local d’urbanisme (PLU) et/ou le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). Il y a en effet urgence, alors que 20.000 hectares sont chaque année bétonnés en France, au détriment des espaces naturels et de la biodiversité.

L’agence fournit quelques exemples d’initiatives bénéfiques. Parmi elles, les chartes de végétalisation proposées par de nombreuses communes. L’Ademe évoque, sans la nommer, le cas de Bondy (Seine-Saint-Denis), où «les volontaires ont l’autorisation de jardiner près de chez eux, en respectant certaines règles». «Le ‘comité de végétalisation’ les accompagne, avec des conseils sur les espèces adaptées à la ville et les pratiques respectueuses de l’environnement», explique l’agence.

La végétalisation… et après?

Toutefois, le verdissement, de la ville comme des programmes politiques, ne suffira pas, estime Philippe Clergeau, professeur au MNHN[ii] et consultant en écologie urbaine, dans un entretien accordé au think tank Terra Nova. Au-delà de «la dimension esthétique et plaisante», la végétalisation n’est selon lui qu’«une première étape», qui doit mener à une réelle approche écosystémique. Exit donc les plantes exotiques et les monoplantations de platanes: «au lieu de replanter tout le temps les mêmes espèces d’arbres, il faudrait plutôt planter des jeux de quatre à six espèces locales d’arbres», estime le chercheur.

Au-delà de la végétation, Philippe Clergeau estime qu’«aujourd’hui, le vrai défi à relever, c’est le plein sol. Même si on fait de plus en plus de recherches sur les bâtiments végétalisés, c’est le plein sol qui est le plus important pour faire écosystème. On risque aussi de continuer à surdensifier tout en mettant des fleurs sur les balcons (…) il faut accepter de débitumer».



[i] Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[ii] Muséum national d’histoire naturelle