L’arbre artificiel semble définitivement planté

Le 11 mai 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Peu efficaces, les arbres artificiels ne joeuront qu'un rôle marginal dans l'abattement du CO2 superflu.
Peu efficaces, les arbres artificiels ne joeuront qu'un rôle marginal dans l'abattement du CO2 superflu.

Imaginé dans les années 1990, le système de captage du CO2 dans l’air est trop cher et trop peu performant pour figurer dans l’arsenal anti carbone, estime une étude conduite pour le compte de la société américaine de physique.

Bob Socolow a encore frappé. Au début des années 2000, l’éminent professeur d’ingénierie de l’université de Princeton s’était rendu célèbre grâce à sa «théorie des coins». En prenant une dizaine de technologies anti-carbone (véhicule électrique, captage et séquestration géologique du carbone, énergies renouvelables, nucléaire, etc.), il avait montré comment leur déploiement massif pouvait éviter l’émissions de 25 milliards de tonnes de CO2 par an, à l’horizon 2050.  
 
Cette fois, l’ancien chercheur au Cern[1] s’intéresse à la géo-ingénierie. Ces techniques, jamais utilisées à grande échelle, ambitionnent de réduire les effets climatiques de nos émissions de gaz à effet de serre (GES) en intervenant directement sur notre environnement.
 
Plusieurs idées sont actuellement étudiées dans les laboratoires, notamment américains et britanniques: l’injection de sulfates dans l’atmosphère (pour la refroidir), la brumisation massive d’eau de mer (pour augmenter l’albedo des nuages), la mise en orbite de miroirs géants (pour détourner une partie de l’énergie solaire vers l’espace), voire l’éjection dans le cosmos du CO2 atmosphérique grâce à un laser géant.
 
Robert Socolow, lui, s’est passionné pour un autre système: la capture directe de gaz carbonique dans l’air. Dans un rapport récemment commis pour l’American Physical Society, le co-directeur de la Carbon Mitigation Initiative fait un point circonstancié sur ce système, imaginé il y une quinzaine d’années par Klaus Lackner (université Columbia).
 
En résumé, il s’agit de gigantesques systèmes de filtration d’air contenant un absorbant composé d’hydroxyde de sodium. Cette soude caustique absorbe sans effort le dioxyde de carbone de l’air. La réaction produit du carbonate de sodium, composé élémentaire de nos lessives et de nombreux additifs alimentaires.
 
Dès que l’absorbant est saturé, il suffit de le chauffer pour faire évaporer le gaz carbonique. Le CO2 est récupéré pour un usage ultérieur (stockage géologique, par exemple) et, toute pimpante, notre soude caustique repart à la traque aux molécules de dioxyde de carbone.
Pour son promoteur, cette photosynthèse artificielle est l’arme fatale contre le changement climatique.
 
Il suffirait de «planter» 10 millions d’arbres artificiels, le long des autoroutes ou à côté des éoliennes, pour absorber 3,6 milliards de tonnes de gaz carbonique par an (la moitié des émissions chinoises), calcule le professeur américain. Simple?
 
Pas si sûr. Robert Socolow a pris sa calculette. Et les résultats de ses travaux sonnent le glas pour le concept-phare de Klaus Lackner. Pour schématiser, l’installation nécessaire pour capter les émissions d’une grosse installation industrielle (centrale thermique, raffinerie, cimenterie) comprendrait 30 «filtres» de 10 mètres de haut et long d’un kilomètre et une demi-douzaine d’usines chimiques et de compresseurs. Le tout s’étendant sur une dizaine de km2.
 
 Si l’on se souvient qu’il existe, dans le monde, environ 8.000 usines émettant plus d’un million de tonnes de CO2 par an, on peut craindre que les protecteurs du paysage soient peu sensibles au charme technique de l’arbre artificiel.
 
Et que dire des financiers? Car, selon les estimations de Robert Socolow, le coût d’extraction du gaz carbonique est de l’ordre de 600 dollars (418 euros) la tonne. Sans compter le prix du traitement postérieur de ladite tonne (séquestration géologique, par exemple).
 
Bref, la capture directe de gaz carbonique «jouera un rôle modeste dans la lutte contre le changement climatique au cours des prochaines décennies», conclut Robert Socolow. Et c’est peut-être mieux ainsi.
 


[1] Organisation européenne pour la recherche nucléaire


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