L’Arabie saoudite engage franchement sa décarbonation

Le 28 mars 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En 2030, l'Arabie pourrait abriter l'équivalent des deux tiers de la capacité solaire mondiale actuelle.
En 2030, l'Arabie pourrait abriter l'équivalent des deux tiers de la capacité solaire mondiale actuelle.
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Avec une banque japonaise, le premier producteur mondial de brut veut lancer le plus grand programme solaire de la planète. De quoi bouleverser son secteur énergétique.

 

Ryad vient de faire le premier pas vers la sortie du monde des hydrocarbures. Le premier producteur mondial de pétrole engage la décarbonation de sa production d’énergie, dépendante aux deux tiers de la combustion d’huile ou de gaz naturel. A New York, ce mercredi 28 mars, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman a conclu un accord de principe avec le patron de la banque japonaise Softbank pour le financement d’un ambitieux programme solaire.

200 GWc de capacités solaires

Moyennant un investissement de l’ordre de 200 milliards de dollars (162 Md€), le royaume wahhabite prévoit de mettre en service 200 gigawatts crête (GWc) de capacités solaires et de système de stockage d’électricité d’ici à 2030. Considérable: en 2016, la capacité photovoltaïque mondiale a légèrement dépassé les 300 GWc, rappelle BP.

La première phase du projet arabo-japonais, qui démarrerait dans les prochains mois, vise à déployer 7,2 GWc, pour un montant de 5 Md$ (4 Md€), dont 20% réglés par la banque nippone. Les phases suivantes pourraient être, en partie, financées par le fonds d’investissement de la banque (Softbank Vision Fund) et le fonds souverain saoudien.

S’il est mis en exécution, ce plan permettra à l’Arabie de tripler sa capacité de production d’électricité en 12 ans. Il pourrait aussi bouleverser la politique énergétique saoudienne.

changement de régime

Pour répondre à ses besoins croissants en électricité (+9% par an) et en eau (dessalement), le royaume prévoyait jusqu’à présent de mettre en service 41 GWc de centrales photovoltaïques et thermodynamiques (solaire à concentration) d’ici à 2030 et 17 GW de capacités nucléaires d’ici à 2040. Le tout complété par 4 GW d’éolien, de géothermie et d’électricité produite par des incinérateurs de déchets. Avec l’arrivée en masse de solaire peu cher couplé à des batteries, il est peu probable que ce programme voit jamais le jour.

Autre nouveauté: la mise en service de 200 GWc solaire permettrait de réduire de 40 Md$ (32 Md€) le montant annuel de la facture électrique et de créer 100.000 emplois, lors de la construction. Utile pour un pays qui s’endette[1] et le chômage des jeunes.

Pour autant, les productions de pétrole et de gaz ne sont pas prête de s’éteindre. L’exploitation des hydrocarbures génère la moitié de la richesse nationale et 90% des devises. Mais avec un apport massif de chaleur et d’électricité renouvelables, Ryad pourra améliorer le bilan carbone de sa production d’énergies fossiles.



[1] Entre 2015 et 2016, la dette publique est passé de 5,8 à 13% du PIB.

 



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