L’Arabie, le pays où l’eau est plus chère que l’or noir

Le 13 septembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La moitié de l'eau potable saoudienne est produite par dessalement d'eau de mer.
La moitié de l'eau potable saoudienne est produite par dessalement d'eau de mer.
Siemens

Pour assurer la sécurité de l’alimentation en eau de sa population et la pérennité de ses ressources pétrolières, l’Arabie réforme son agriculture. Explications.

A l’heure où l’Europe révise, dans la douleur, sa politique agricole commune (PAC), l’Arabie est elle aussi à la croisée des chemins agraires. C’est un fait peu connu sous nos latitudes: le royaume saoudien est une grande puissance agricole. Initié par le prince Abdallah Al-Fayçal Al Saoud (mort en 2007), le secteur saoudien avait pour mission d’apporter l’autosuffisance alimentaire à l’un des pays les plus arides de la planète.
 
Ce rêve n’est plus d’actualité. Dès 2008, Ryad a enterré dans les sables son projet de produire tout le blé dont les 27 millions de Saoudiens et résidents étrangers ont besoin. Et aujourd’hui, 80% des aliments sont importés. Le reste est produit dans des unités de production géantes, copiées sur les installations américaines. S’étendant sur 3.500 hectares, la ferme Al Safi abrite plus de 37.000 vaches laitières Holstein, importées des Pays-Bas. Exploitée en partenariat avec Danone, elle produit le tiers des produits laitiers consommés dans le royaume.
 
Au démarrage de l’exploitation, les fourrages étaient produits à proximité. Les nappes phréatiques étant peu profondes, l’irrigation était, financièrement, accessible. Hélas, après des années de gaspillage, l’eau est devenue rare. Et les champs ont été déplacés à plusieurs centaines de kilomètres. Car, sous Al Safi, il faut désormais forer à plus de 2.000 mètres de profondeur pour trouver de l’eau. Pas rentable.
 
L’eau, l’agriculture, l’énergie: telles sont les variables de l’équation que les dirigeants d’Arabie saoudite doivent résoudre. Consommant plus de 80% de l’eau du Royaume, l’agriculture doit être réformée, si elle veut continuer d’exister. L’abandon de l’autosuffisance en blé est clairement le premier signe de la prise en compte de la problématique. «Ce n’était pas un problème d’argent, mais bien de préservation de la ressource», confirmait il y a quelques jours à Reuters, Abdullah al-Obaid, le vice-ministre de l’agriculture. Malgré l’envolée des prix sur les marchés mondiaux, l’importation de céréales reste préférable à l’exploitation des ressources locales d’eau.
 
D’autant que les besoins augmentent rapidement. Chaque personne consomme plus de 900 mètres cubes par an (près de 20 fois plus qu’en France!) et la population s’accroît de près de 2% par an. De plus, certaines industries, minières notamment, souhaitent se développer. Mais l’eau leur manque.
 
Aussi, le gouvernement imagine-t-il de fixer des quotas aux agriculteurs. Les producteurs de fourrage et de palmiers, deux cultures très hydrophiles, pourraient se voir appliquer des restrictions, voire des interdictions de culture.
Pour continuer à accroître de 5% par an l’alimentation d’eau, les autorités saoudiennes ont plusieurs options. L’amélioration du service de l’eau apparaît comme une priorité. Les réseaux ne sont pas de prime jeunesse et les taux de fuite restent importants. Faute de données précises (il n’y a pas de compteurs d’eau en Arabie), le volume des pertes est estimé à 20%.
 
Ryad entend aussi progressivement accroître le prix du m3 qui était jusqu’à présent l’un des moins chers… du monde. Ceci sera d’autant plus nécessaire qu’une part croissante de l’eau potable sera issue de la désalinisation. La moitié de l’eau consommée provient des usines de dessalement, contre 40% qui sont pompées dans les nappes et 10% dans les eaux de surface.
Cher, le dessalement est aussi très énergivore. Selon l’agence internationale de l’énergie, le tiers de l’énergie primaire consommée en Arabie sert à dessaler l’eau de mer. En 2030, les pays du Maghreb, du Machrek et de la péninsule arabique pourraient utiliser 61 millions de tonnes équivalent pétrole par an pour faire tourner les usines (l’équivalent de 76% de la consommation française de produits pétroliers en 2008, ndlr).
 
Problème: détourner ainsi du gaz naturel représente un sérieux manque à gagner pour des pays pétroliers. Et une sérieuse source d’émission de gaz à effet de serre. Deux raisons pour lesquelles la plupart d’entre eux planchent sur des projets couplant centrales solaires, mais surtout réacteurs nucléaires, et usines de dessalement.
 
La technologie n’est pas nouvelle. Le réacteur à neutrons rapides d’Aktau (Kazakhstan) a dessalé l’eau de la mer Caspienne entre 1973 et 1999. Avant la catastrophe de Fukushima, 11 tranches japonaises, couplées à des installations de distillation et d’osmose inverse, produisaient entre 1.000 et 2.000 m3 par jour d’eau potable, utilisée localement.
 
Une partie de l’énergie qui sera produite par les réacteurs sud-coréens achetés, en 2009, par les Emirats arabes unis devrait servir à produire de l’eau potable. Un exemple suivi avec attention par le grand voisin saoudien. Il est bien loin le temps où le prince Abdallah Al-Fayçal Al Saoud rêvait de tracter des icebergs jusqu’à l’Arabie…


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