L’aquaculture française s’oriente vers le circuit court

Le 15 juin 2018 par Romain Loury
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Le saumon : bientôt élevé près de chez vous.
Le saumon : bientôt élevé près de chez vous.

Si elle allège la pression de pêche, l’aquaculture pose aussi de nombreux problèmes environnementaux, notamment sur l’usage des eaux et l’alimentation des poissons. Plusieurs pistes sont explorées afin de verdir cette production. Notamment par la recherche de nouveaux aliments et l’aquaponie, qui ouvre des perspectives de circuit court, a-t-on constaté aux 9èmes Assises de la pêche et des produits de la mer qui se sont achevées vendredi 15 juin à Sète (Hérault).

 

Depuis 2013, l’aquaculture devance la pêche en tant que source du poisson consommé dans le monde. Si elle constitue une réponse à l’épuisement des stocks marins, elle a aussi ses inconvénients: besoins élevés en eau, pollution par les nutriments (ammoniac, phosphore). Sans compter que les poissons sont nourris avec des farines et des huiles de poissons… pêchés en mer.

Plusieurs pistes de recherche sont actuellement explorées pour résoudre ces problèmes. Elles ont fait l’objet d’une table ronde organisée lors des 9èmes assises de la pêche et des produits de la mer[i], organisées à Sète. Parmi les pistes évoquées, la substitution par des aliments alternatifs.

Les truites changent de régime

Directeur de la station Peima (Pisciculture expérimentale Inra des Monts d’Arrée) à Sizun (Finistère), le chercheur Laurent Labbé est parvenu à nourrir des truites, animal carnivore, avec une alimentation 100% végétale, dénuée de toute protéine animale. Parmi les produits utilisés, colza, lupin, glutens de blé et de maïs, qui permettent d’assurer l’apport en protéines et de garantir la richesse des poissons en oméga-3.

Autre projet en cours, la station Peima explore la complémentation de cette base végétale par d’autres produits, telles que les microalgues marines, les levures et des farines d’insectes. Si celles-ci sont déjà utilisées dans certaines exploitations, elles ne constituent pour l’instant que «10 à 15%» du régime, indique Laurent Labbé.

Ces menus alternatifs étant fort éloignés de celui des truites à l’état sauvage, les chercheurs sélectionnent les individus croissant le mieux, en vue d’établir des lignées plus adaptées à cette transition alimentaire. Idem au centre Ifremer de Palavas-les-Flots (Hérault), dont le chercheur François Allal (unité mixe de recherche Marbec, Marine Biodiversity Exploitation & Conservation) travaille, sur le bar et la dorade, à mettre en place des lignées croissant mieux lorsqu’elles sont alimentées par des microalgues marines.

L’aquaponie, technique ancestrale

Autre piste explorée pour réduire l’impact environnemental, l’aquaponie, technique ancestrale dont on retrouve la trace en Amérique centrale chez les Aztèques et dans les rizières asiatiques. Elle consiste à coupler l’élevage de poissons à la culture de plantes, cultivées hors-sol (en hydroponie) et fertilisées par les matières émises par ces animaux, transformées en nitrates et phosphates. L’eau est ensuite filtrée, puis renvoyée aux bassins aquacoles, ce qui réduit les besoins en eau nouvelle.

En France, la technique a fait l’objet du projet de recherche APIVA (Aquaponie innovation végétale et aquaculture), menée notamment à la station Peima. Portant sur l’association truites/salades, ses résultats sont très encourageants.

Après de premières difficultés à réutiliser l’eau de culture des végétaux, qu’il s’agit de débarrasser de ses nitrites, de son ammoniac et de sa matière en suspension, «le système est désormais bouclé: sur 100 mètres cubes d’eau par heure [qui entrent dans les bassins aquacoles], seuls 2 mètres cubes sont de l’eau neuve», indique Laurent Labbé au JDLE.

Côté production, les chercheurs ont obtenu, à partir d’un kg d’aliments, 1 kg de poissons et 1,5 kg de végétaux. Un rendement modeste, que Laurent Labbé espère bien pouvoir améliorer.

Projets urbains et périurbains

Au-delà de la recherche, l’aquaponie fait ses premiers pas commerciaux. Interrogé par le JDLE, Pascal Goumain, PDG des entreprises Saumon de France et Aquaponic Management Project (AMP), évoque une cinquantaine de projets urbains, de 200 à 400 mètres carrés de surface, ainsi qu’une dizaine de projets à plus grande échelle en site périurbain, dont les plus avancés se situent à Cherbourg (Manche), Aix-les-Bains (Savoie) et Villepinte (Seine-Saint-Denis).

Parmi les fermes urbaines, Pascal Goumain évoque l’ouverture cette année d’une petite exploitation d’aquaponie urbaine à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) dans le marché de la halle Flachat, à visée de production locale en circuit court (truites, tomates, salades, herbes aromatiques). A Paris, une ancienne analyste financier entend transformer l'ancien bassin de Grenelle en une ferme. Un projet labellisé par la mairie de Paris, dans le cadre de son programme Parisculteurs. 

Ces microfermes pourraient produire, selon Pascal Goumain, environ deux à trois tonnes de poisson et 10 tonnes de fruits et légumes par an, avance-t-il. Quant aux fermes périurbaines, il évoque une capacité de production annuelle de «200 tonnes de poissons et 800 tonnes de fruits et légumes».

Le PDG de Saumon de France évoque un prix de 50 euros le kilo de saumon (contre un prix moyen de 35 euros sur le marché actuel). Il mise pour cela sur «une bonne acceptabilité du public»: «c’est un produit 100% bio, sans colorant, sain, en circuit court, et que l’on valorise par la coproduction de fruits et légumes».



[i] Ces assises, qui regroupent les professionnels de la pêche, étaient organisées par les journaux Le Marin, Produits de la Mer, Cultures Marines et Ouest France, avec le soutien de Midi Libre et en partenariat avec la Région Occitanie et Sète Agglopôle Méditerranée.

 



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