L’après-Fukushima, le vrai

Le 27 mai 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les enceintes des réacteurs français sont équipées de recombineurs d'hydrogène.
Les enceintes des réacteurs français sont équipées de recombineurs d'hydrogène.

Pendant que les gouvernements peinent à s’accorder sur la nécessaire évolution des règles de la sûreté nucléaire, les entreprises du secteur font des propositions concrètes.

C’est entendu. Les pays exploitant l’énergie nucléaire tireront les conséquences de la catastrophe japonaise. Mais pas de façon unanime. Il y a ceux qui, comme l’Allemagne ou la Suisse, entendent arrêter plus ou moins rapidement leurs centrales. Il y a ceux, comme l’Italie, qui vont retarder ou annuler leur retour à l’atome. D’autres qui, comme la Chine, font une pause avant, probablement, de poursuivre l’achèvement du plus ambitieux programme électronucléaire jamais conçu.
 
Il y a aussi l’Union européenne qui, une fois encore, n’a pas ferraillé à bon escient. Pendant des semaines, le commissaire à l’énergie, Günther Oettinger, a bataillé dur pour obliger les autorités des 14 pays membres exploitant des centrales à réaliser des audits de sûreté (les installations peuvent-elles résister en cas d’inondation prolongée, de rupture de l’alimentation électrique et de réchauffement du cœur et des combustibles stockés dans des piscines?) et de sécurité (attaque terroriste, chute d’avion).
 
Après un impressionnant lobbying de la France (principal exploitant nucléaire de l’Union européenne), le commissaire allemand a mis un mouchoir sur ses ambitions sécuritaires. L’audit des 143 réacteurs européens ne portera finalement que sur le scénario «Fukushima».
 
Il est dit que jamais un avion de ligne ne percutera une tranche en activité (ce qui a pourtant failli se produire le 11 septembre 2001). Il est acté qu’aucun groupe terroriste ne portera de coups à une centrale. En janvier 1982, des activistes tirèrent pourtant au lance-roquette sur l’enceinte du réacteur Superphénix. Sans oublier l’aviation israélienne qui, par deux fois, a détruit des réacteurs nucléaires, en Irak et en Syrie.
 
Malgré une ambition revue à la baisse, l’Europe semble vouloir se saisir du délicat dossier de la sûreté nucléaire. Mais pourquoi faire? Faire avancer la sûreté. Ce serait louable. Mais les messages envoyés ces derniers jours sont contradictoires.
 
Hier 26 mai, lors du sommet du G8 de Deauville, le président Sarkozy a défendu cette option durant les 10 minutes que le sommet a consacré au sujet. «Nous souhaitons nous doter d'une réglementation de très haut niveau sur la sûreté nucléaire qui s'applique à tous les pays qui souhaitent le nucléaire civil, qui puissent être contrôlés internationalement et qui fassent que les niveaux de sûreté soient les plus hauts jamais connus», a expliqué le président français, lors d’une conférence de presse.
 
Le même jour, la commission de l’industrie et de l’énergie du Parlement européen votait la possibilité que les exploitants européens puissent exporter leurs déchets nucléaires, à condition qu’ils soient bien traités. Douteux.
 
Jeudi, toujours, les sénateurs français, Jean Bizet (UMP) et Simon Sutour (PS) présentaient un rapport expliquant en détail pourquoi la création d’une agence européenne de la sûreté nucléaire «est prématurée». Manque d’argent? Que nenni. «On avait l'intime conviction qu'il fallait tout de suite mettre en place une agence européenne, mais on s'est aperçu que le niveau de sûreté en France étant supérieur au niveau des autres Etats membres, cela aurait conduit à l'abaisser», a expliqué à l’AFP Jean Bizet.
 
Et si la véritable ambition était, plus prosaïquement, commerciale? Interrogée ce matin sur France Inter, la présidente du directoire d’Areva s’en est à peine cachée. Anne Lauvergeon a rappelé que les explosions d’hydrogène, qui ont endommagé les réacteurs de Fukushima Dai-Ichi, auraient pu être évitées si les enceintes des réacteurs avaient été équipées de recombineurs d’hydrogène (un dispositif qui «recombine» l’hydrogène explosif présent dans l’enceinte en eau, limitant ainsi les risques d’explosion, ndlr). «Toutes les centrales françaises en sont équipées et cela ne coûte que 500.000 euros», a-t-elle précisé. Traduction, bon nombre des 440 réacteurs commerciaux sont dépourvus d’un système de sécurité qu’Areva peut rapidement fournir.
 

Le groupe français n’est pas le seul à fourbir ses produits. Au moment où les chefs d’Etats et de gouvernements débattaient rapidement de l’avenir de la sûreté, Westinghouse présentait sa dernière nouveauté. Coïncidence, il s’agit d’un système de refroidissement d’urgence des piscines de stockage de combustibles usés. Celles-là même qui donnent tant de mal aux sauveteurs japonais.  



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