L’antibiorésistance tue chaque année 23.000 Américains

Le 25 septembre 2013 par Romain Loury
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Les dangers de l'antibiorésistance précisés
Les dangers de l'antibiorésistance précisés

Les bactéries antibiorésistantes infectent chaque année au moins 2 millions d’Américains et en tuent 23.000, révèlent les centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) dans leur rapport 2013 sur le sujet.

Outre son poids humain, l’antibiorésistance engendre un coût de santé annuel de 20 milliards de dollars (14,8 Md€), avec des pertes de productivité estimées à 35 Md$ (26 Md€). «Les antibiotiques constituent une ressource limitée, précieuse: plus nous les utilisons aujourd’hui, moins nous en aurons d’efficaces demain», rappelle Steve Solomon, directeur du bureau Antibiorésistance des CDC, dans un communiqué.

De plus en plus répandue, l’antibiorésistance est en effet liée à un usage abusif des antibiotiques. Chez l’homme, auquel 50% des antibiotiques sont prescrits sans réelle nécessité médicale, mais aussi dans les élevages qui, aux Etats-Unis, consomment 74% de ces médicaments. Et pas uniquement pour traiter les maladies animales: ils sont utilisés à des doses sous-thérapeutiques en prévention, mais aussi comme promoteurs de croissance –un usage interdit dans l’UE depuis 2006.

Campylobacter et salmonelles, menaces «sérieuses»

Dans leur rapport, les CDC dressent une liste des dangers les plus pressants. Du côté des bactéries liées à l’alimentation, aucune ne figure parmi les menaces «urgentes» définies par les CDC, qui comptent le Clostridium difficile [1], les entérobactéries productrices de carbapénèmases (tous deux nosocomiaux) et Neisseria gonorrhoeae (une infection sexuellement transmissible).

Les menaces «sérieuses» comptent en revanche Campylobacter, les entérobactéries productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE, dont Escherichia coli), les salmonelles (typhiques ou non) et Shigella. Au total, 22% des maladies antibiorésistantes seraient liées à l’alimentation, calcule le Center for Science in the Public Interest (CSPI) dans un communiqué.

Selon cette association de consommateurs, le rapport des CDC pointe certes l’urgence de la situation, mais échoue à proposer des pistes d’action contre la surconsommation d’antibiotiques par les élevages. Notamment sur leur usage en tant que promoteurs de croissance, pour lequel les CDC se contentent, comme la Food and Drug Administration (FDA) avant eux, d’indiquer qu’il faut «en sortir».

Le CSPI estime que les antibiotiques ne devraient être utilisés, dans les élevages, que pour traiter les maladies, mais pas en prévention, ni pour accélérer la croissance des animaux. Il propose par ailleurs la mise en place de labels pour la viande, du type «élevé sans antibiotiques» sur certification du département américain à l’agriculture (USDA).

[1] Bien que rarement antibiorésistant, Clostridium difficile est inclus dans le rapport des CDC du fait qu’il survient le plus souvent chez des patients hospitalisés sous antibiothérapie. Chaque année, il fait 250.000 victimes aux Etats-Unis, dont 14.000 décès –non inclus dans les 23.000 que les CDC imputent aux bactéries antibiorésistantes.

 



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