L’antibiorésistance naît aussi dans l’environnement

Le 16 mai 2012 par Romain Loury
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Les antibiotiques sont moins présent dans l'eau que dans les milieux solides.
Les antibiotiques sont moins présent dans l'eau que dans les milieux solides.

Les antibiotiques présents dans l’environnement sont en quantité suffisante pour inhiber les bactéries, favorisant ainsi l’antibiorésistance en dehors des organismes vivants traités, révèle une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

La question des résidus de médicaments dans l’eau est devenue assez préoccupante pour que les ministères de la santé et de l’environnement décident de lui consacrer un plan, lancé fin mai 2011. Parmi ces résidus, ceux d’antibiotiques, au risque de favoriser des résistances bactériennes.

Leur concentration dans l’environnement serait en effet suffisante pour inhiber une partie des bactéries qui y sont présentes, dont certaines pathogènes pour l’homme, selon l’étude menée par Alfredo Tello, de l’Institut d’aquaculture de Stirling (Ecosse), et ses collègues. Pas tant dans le milieu aqueux -eau de surface, effluents de stations d’épuration, eaux souterraines, etc.-, que dans des milieux solides, où les antibiotiques sont plus abondants.

Les chercheurs ont évalué l’effet de trois antibiotiques courants (ciprofloxacine, érythromycine, tétracycline) aux concentrations mesurées dans divers milieux. Et ce sur de nombreux types de bactéries, dont Escherichia coli.

Dans les sols d’élevage, le taux de tétracycline atteint ainsi le seuil «MIC50» (Minimum Inhibitory Concentration 50%) pour 15% des bactéries [1]. Dans le lisier, ce sont jusqu’à 99% des bactéries étudiées qui seraient inhibées par cet antibiotique! Dans les milieux aqueux, c’est pour la ciprofloxacine que le risque est le plus marqué, avec un MIC50 atteint pour 3,2% des bactéries dans les eaux brutes.

Sédiments de rivière, écoulements d’excréments porcins, lisiers, sols d’élevage… avec leurs fortes concentrations en antibiotiques, issus d’animaux traités, «ces environnements sont susceptibles de constituer des ‘points chauds’ de sélection de résistances bactériennes», commentent les chercheurs, qui appellent à réduire l’usage de ces médicaments et améliorer le traitement des eaux et déchets.

Les antibiotiques ne sont pourtant pas les médicaments les plus présents dans l’eau, selon des résultats rendus publics en février 2011 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses): les plus fréquents sont l’antiépileptique carbamazépine et l’anxiolytique oxazépam.

[1] La dose MIC50 d’un antibiotique pour une bactérie donnée est celle à laquelle il inhibe 50% de ces bactéries.



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