L’Anthropocène bientôt officiellement reconnu?

Le 08 janvier 2016 par Romain Loury
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Anthropocène: les carottes sont cuites
Anthropocène: les carottes sont cuites
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Lentement mais sûrement, la communauté des géologues s’achemine vers la reconnaissance du concept d’Anthropocène. Publié jeudi 7 janvier dans Science, un article d’une équipe internationale confirme que le doute n’est plus possible: l’Anthropocène, que l’on peut dater du milieu du XXe siècle, est «fonctionnellement et stratigraphiquement» différent de l’Holocène, débuté il y a 11.700 ans.

Si l’apparition du terme «Anthropocène» apparaît en 1922 sous la plume du géologue russe Aleksei Pavlov, il ne revient qu’en 1992 avec le journaliste Andrew Revkin, avant d’être popularisé en 2000 par le chimiste Paul Crutzen, prix Nobel de cette discipline en 1995. Par ce terme, il s’agit de reconnaître que la Terre est sortie de l’Holocène et qu’elle présente des caractéristiques géologiques distinctes et durables.

Mais le concept va bien au-delà de la simple définition géologique: il renferme son lot de déterminants sociologiques, anthropologiques, écologiques. Et à ce jour, l’Union internationale des sciences géologiques (UISG), par le biais de sa Commission internationale de stratigraphie, n’a pas sauté le pas: officiellement, nous sommes encore dans l’Holocène.

Elle pourrait le faire bientôt, probablement dès 2016: publié jeudi dans Science, un article signé par le groupe de travail sur l’Anthropocène, de la sous-commission sur la stratigraphie du Quaternaire (elle-même partie de la Commission internationale sur la stratigraphie), prône une reconnaissance officielle de cette nouvelle époque géologiques. Car les preuves ne manquent pas.

Béton, aluminium, plastiques…

Il y a d’abord l’accumulation de nouveaux matériaux, dont le béton, l’aluminium et les plastiques. Et bien sûr le dépôt des produits de combustion des énergies fossiles, dont le carbone suie. Tous sont largement disséminés à la surface de la Terre, formant une couche géologique inédite.

Autre indice flagrant, de récents changements de signatures géochimiques dans les sédiments, qui depuis le milieu du XXe siècle recèlent quantité d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de PCB et de pesticides. L’emploi massif d’engrais a également laissé sa marque dans les sols, avec un doublement des taux d’azote et de phosphore au cours du XXe siècle.

Côté cycle du carbone, les futurs glaciologues, s’il en existe encore, n’auront guère de doutes: avec une augmentation de 120 parties par million du taux atmosphérique de CO2 depuis 1850, les carottes glaciaires n’ont jamais vu d’augmentation aussi rapide. Quant au méthane, il atteint environ 1.700 parties par milliard (ppb), 900 ppb au-dessus des niveaux observés ces 800 derniers millénaires.

Pour les auteurs de l’article, ces signatures stratigraphiques sont «soit entièrement nouvelles par rapport à celles retrouvées dans l’Holocène et lors des époques précédentes, soit quantitativement au-delà de la gamme de variation trouvée lors des subdivisions de l’Holocène», qualifiées d’Holocène inférieur (-11.700 à -8.200), de moyen (-8.200 à -4.200) et de supérieur (depuis -4.200).

Le climat bientôt «anthropocénique»

Quant au climat et à la montée du niveau de la mer, un peu de patience: pour l’instant, les signaux ne sont pas assez forts pour conclure à une spécificité de l’Anthropocène. Cela ne saurait tarder: même en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre, les projections suggèrent que «vers 2070, la Terre sera à son point le plus chaud depuis la dernière période interglaciaire il y a 125.000 ans».

Les chercheurs n’oublient pas la biodiversité, qui traverse sa 6e grande crise d’extinction. «Bien que la Terre contienne encore la plupart des espèces présentes au début de l’Holocène, même les estimations les plus prudentes montrent que les taux d’extinction depuis l’an 1500 sont bien au-dessus du bruit de fond mesuré par million d’années, avec une nette accélération depuis le XIXe siècle», rappellent-ils.

S’il y a tout lieu de reconnaître officiellement l’Anthropocène comme une époque géologique, «se pose la question de savoir s’il est nécessaire de le formaliser [notamment avec une date précise, ndlr] ou s’il vaut mieux lui laisser un statut informel, bien que de fondations solides, comme le Précambrien ou le Tertiaire», poursuivent les chercheurs.

«C’est une question complexe car, contrairement à d’autres sous-divisions géologiques, les implications vont au-delà de la communauté des géologues. Cela serait non seulement le premier exemple d’une nouvelle époque à laquelle des sociétés humaines avancées assistent, mais aussi le premier exemple d’un changement qui découle de leurs actions», concluent les auteurs de l’article.



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