L’ANSM recule sur la non toxicité du mercure dentaire

Le 22 octobre 2013 par Marine Jobert
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Le mercure, un poison en voie de disparition.
Le mercure, un poison en voie de disparition.
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Toxique, le mercure de nos amalgames dentaires? Jusqu’à présent, l’Agence nationale de sécurité du médicament concluait par la négative et s’apprêtait à réaffirmer sa position. Une association de soutien aux victimes de ce dispositif médical, dont la toxicité est reconnue au plan international, est venue jouer la mouche du coche dans une réunion. Résultat, l’agence a ravalé son avis rassurant et a jugé nécessaire de relancer une évaluation.

Le mercure provoque des carambolages dans l’actualité. Il y a d’abord eu l’ouverture à la signature de la convention de Minamata (Japon), qui interdit, à partir de 2020, l’utilisation du mercure dans de nombreux produits, tels les batteries (à l’exception des batteries pour usage médical), certains types de lampes fluorescentes compactes, les commutateurs et les relais, les lampes fluorescentes à cathode froide, les lampes fluorescentes à électrode extérieure, les savons, les cosmétiques et, last but not least, les amalgames dentaires[1].

 

Quelques jours avant, le Comité scientifique sur les risques sanitaires et environnementaux (SCHER, un comité scientifique chargé de conseiller la Commission européenne) rendait public un rapport préliminaire sur les risques environnementaux et les effets sanitaires indirects dus aux amalgames dentaires. Celui-ci, tout en étant très prudent, reconnaissait toutefois que, dans le pire des scénarios, «les rejets de mercure dentaire pourraient suffire à eux seuls à contaminer le poisson au-delà des valeurs-limites tolérables», comme le relèvent le réseau Environnement-Santé et l’association Non au mercure dentaire (NAMD) dans un communiqué.

 

Enfin, la mise en ligne du compte rendu d’une réunion, consacrée à un projet de rapport sur la toxicité des amalgames dentaires, qui s’est tenue sous l’égide de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM), a fini de plomber le dossier.

 

Pas de preuve de toxicité

Après un rapport –très critiqué par des associations- rendu en 2005 par l’ANSM, qui concluait à l’absence de lien établi entre la présence en bouche d’amalgames au mercure et les symptômes ou pathologies systémiques observés chez les porteurs de ces amalgames, il s’agissait de passer en revue la littérature scientifique la plus récente pour, si besoin, revoir la position française. Sur les 344 articles retenus, 54 seront examinés, dont 12[2] présentent des résultats et conclusions qui soutiennent l’existence d’un lien entre le mercure des amalgames et les pathologies concernées. «L’analyse de ces articles n’a révélé aucun élément nouveau susceptible de remettre en cause le rapport bénéfice/risque des amalgames dentaires. En effet, le niveau de preuve scientifique de ces articles s’est avéré faible selon la grille de lecture, certains présentant même des biais méthodologiques, estime l’ANSM. Aussi, en l’absence d’élément nouveau concernant la sécurité pour les porteurs d’amalgames dentaires, les recommandations, émises en 2005, à respecter lors de l’utilisation des amalgames, demeurent inchangées. En pratique, l’usage de l’amalgame diminue au profit d’autres matériaux ou techniques.» La messe est dite?

 

Machine arrière à l’ANSM

C’était sans compter l’association Non au mercure dentaire, qui va démonter la méthodologie, les sources et les raisonnements suivis par l’ANSM, et démontrer point par point que l’expertise «ne reflète pas l’état des sciences actuelles». Quand l’ANMD quitte la salle, les experts –dont la plupart n’ont pas participé à la rédaction du projet de rapport- vont soudain se mettre à exprimer quantité de réserves sur le projet de rapport. Un premier regrette qu'il ne mentionne pas la toxicité du mercure, ni le fait qu’il soit en passe d’être classé CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique). Un deuxième qualifie le travail qui leur est soumis de «pseudo méta-analyse tirant des conclusions des seuls articles analysés, sachant qu’une réelle méta-analyse prend en compte l’ensemble des publications permettant d’en tirer des conclusions (…) Il existe néanmoins des tendances, avec des éléments qui permettent de penser que le mercure n’est pas sain». Un troisième rappelle que l’absence de preuve ne signifie pas l’absence de toxicité. Un quatrième fait remarquer qu’au vu des dernières avancées internationales, «personne ne veut du mercure. Le débat est tranché par la société (…) La mort de l’amalgame est annoncée, notamment pour des questions environnementales, il suffit de l’accompagner». Finalement, le projet de rapport est prestement glissé sous le tapis… «Au regard notamment des commentaires émis pendant la séance de la Commission sur le projet de rapport, le directeur général de l’ANSM a décidé de le publier dès lors qu'il aura été complété par les données d'une revue systématique de la littérature», conclut sobrement le compte rendu.

 

Une décision qui satisfait l’ANMD: «Cet épisode illustre bien qu’en l’absence de garde-fous l’ANSM continue de fonctionner sur la base de principes trop souvent moins favorables à la santé publique qu’à la satisfaction des fabricants de produits de santé ou des instances professionnelles. Il faut donc que l’agence apprenne désormais à intégrer de manière systématique la vigilance citoyenne...» A suivre…

 



[1] L’amalgame dentaire est le principal contributeur de la charge mercurielle de l’organisme.

[2] Les 12 études analysées portent sur le lien avec Alzheimer, l’autisme, les troubles de l’audition; l’impact sur l’ADN, les hormones de la thyroïde; la susceptibilité génétique; les porphyrines urinaires.

 

 

 



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