L'Anses veut pouvoir embaucher plus

Le 20 mars 2017 par Romain Loury
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Roger Genet
Roger Genet
Anses

Nouvelles missions sur les pesticides, néonicotinoïdes, perturbateurs endocriniens… les dossiers de poids ne manquent pas à l’Anses. Et la question des moyens financiers, mais surtout humains, se pose. Le point avec Roger Genet, son directeur général depuis mai 2016.

 

Biologiste de formation, Roger Genet, 58 ans, n’en est pas à son premier organisme de recherche: nommé en 2007 à la tête du centre de recherche du CEA[i]de Fontenay-aux-Roses, il assure successivement, à partir de 2009, la direction ou la présidence du Cemagref (devenu l’Irstea en 2012), de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (AllEnvi), du conseil scientifique de l’Ademe, avant de devenir en 2012 directeur général pour la recherche et l’innovation (DCRI) au ministère de la recherche. Fin mai 2016, il succède à Marc Mortureux à la direction de l’Anses. Dix mois plus tard, il dévoile ses impressions et quelques perspectives de travail au JDLE.

JDLE: Comment qualifieriez-vous la place de l’Anses dans le paysage français?

Roger Genet: C’est l’une des principales agences de sécurité sanitaire, en France et en Europe, une agence dont les avis sont peu remis en cause, et qui jouit d’une grande confiance aussi bien des pouvoirs publics et des professionnels que des associations. Je crois que tout ceci est largement dû à sa gouvernance et à son mode de dialogue très ouvert. L’agence fonctionne de manière très intégrée, avec ses laboratoires de recherche et de référence, ses directions d’évaluation des risques, ses missions de vigilance et jusqu’à celles sur la délivrance des AMM [médicaments vétérinaires, pesticides depuis juillet 2015, biocides depuis juillet 2016, ndlr]. Je crois qu’on peut dire que la fusion entre les anciennes Afssa et Afsset[agences françaises de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail], pour une approche transversale des risques pour la santé, est un vrai succès.

Chaque année, l’Anses reçoit entre 200 et 250 grandes saisines, de plus en plus longues et complexes. Par exemple, notre rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, publié en juillet 2016, fait plus de 1.000 pages! Et il y a bien sûr nos nouvelles missions: après la gestion des AMM des produits phytosanitaires et des produits biocides, la phytopharmacovigilance, nous avons pris en charge cette année les déclarations des produits du tabac et du vapotage, ainsi que leur toxicovigilance. Notre champ est donc très vaste.

JDLE: Promulguée en août 2016, la loi biodiversité prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes dès septembre 2018, avec des dérogations possibles jusqu’à septembre 2020 pour les usages où les alternatives manquent. L’Anses a été chargée de l’évaluation de ces alternatives. Où en êtes-vous, quel est votre programme de travail?

Roger Genet: Il existe cinq substances néonicotinoïdes actuellement sur le marché, dont trois font l’objet d’un moratoire européen pour plusieurs usages. A partir de ces produits, nous avons identifié 3.610 cas, à savoir des usages et des productions différents. Pour chacun de ces cas, on analyse jusqu’à une quinzaine d’alternatives, qu’elles soient chimiques, physiques, biologiques ou agroécologiques.

Nous prévoyons, en mars, un premier avis décrivant notre méthode, appliquée au cas des traitements de la vigne. Au troisième trimestre, nous devrions publier un avis complet. Puis, dans un troisième temps, un rapport complémentaire sur les cas spécifiques. Dans un grand nombre de cas, les alternatives sont connues, il nous faut évaluer leur efficacité, ainsi que leur facilité d’application et leur disponibilité, mais aussi mener une évaluation de l’impact socio-économique. Ce qui devrait déboucher, en juillet ou août 2018, sur l’arrêté ministériel fixant les dérogations pour les usages pour lesquels il n’existe pas d’alternatives.

Dans sa mission de phytopharmacovigilance, l’Anses s’est vu confier la tâche de surveiller les effets liés à l’utilisation des pesticides. Elle va notamment travailler sur la présence de résidus de pesticides dans l’air, une préoccupation émergente. Afin de mieux étudier le sujet, l’agence a mis en place un groupe de travail pour «mettre au point des stratégies d’échantillonnage et des méthodologies d’analyse adaptées». Ces travaux devraient être finalisés cette année, prévoit-elle.

JDLE: Le processus européen sur les critères de définition des perturbateurs endocriniens a pris un retard très marqué, et fait encore l’objet de blocages à Bruxelles. Cela a-t-il des impacts sur le travail de l’Anses?

Roger Genet: Pas vraiment. En l’attente des critères définitifs, nous disposons des critères intérimaires, donc cela n’engendre pas d’embolie au niveau de l’agence. Lors de notre avis publié sur le sujet [en juillet 2016], nous avons demandé la mise en place de trois classes de risques pour les perturbateurs endocriniens: présumés, suspectés et avérés [une option pour l’instant écartée par la Commission européenne], ainsi que la mise en place d’une instance unique dans l’Union européenne qui serait chargée de statuer si une substance est un perturbateur endocrinien ou non. Nous voulons éviter des différences d’appréciation des risques entre les Etats membres.

JDLE: Le programme de travail 2017 de l’Anses prévoit l’étude des plantes VrTH, considérées par plusieurs associations comme des crypto-OGM. Est-ce pour l’agence l’amorce d’une nouvelle mission, jusque-là confiée à une instance, le Haut conseil des biotechnologies (HCB), en délicatesse avec les associations?

Roger Genet: Nous sommes saisispar la DGCCRF [direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] sur les OGM lorsqu’il s’agit de leur consommation. Le HCB s’intéresse quant à lui à leur mise en culture et aux risques liés à la dissémination. Ce sont donc des champs distincts. Sur les VrTH, notre travail portenotamment sur les techniques de dépistage de ces végétaux, et nous avons entrepris un travail de collecte de données, en particulier auprès des industriels.

JDLE: Face à ces nombreuses saisines et ces missions de plus en plus étendues, l’agence ne risque-t-elle pas le surmenage? Les moyens financiers et humains qui vous sont alloués sont-ils à la hauteur?

Roger Genet: Avec un budget 2017 de 139,5 millions d’euros, qui provient principalement de dotations de l’Etat et en partie de taxes [notamment sur les pesticides], le principal problème n’est pas le financement, mais l’emploi. Nous  sommes autour de 1.350 ETPT [équivalent temps plein travaillé], avec un plafond en baisse de sept ETPT cette année. Nous avons déjà du mal à répondre dans les délais, alors qu’il nous faudrait embaucher, notamment dans le cadre des activités de délivrance des AMM. Or on ne le peut pas, et les demandes vont encore s’accroître. En particulier du fait du Brexit, car la France va automatiquement récupérer des dossiers jusqu’alors traités par le Royaume-Uni.

Il nous faut avoir la capacité d’adapter le niveau d’emplois à l’activité. Pour cela, je défends la possibilité que notre plafond d’emploi soit indexé sur les taxes que nous percevons [elles-mêmes liées au nombre de dossiers traités]. Le ministère du budget n’y est pas fermé, les parlementaires comprennent la situation. Sans un changement, la France pourrait perdre des opportunités. Pour autant, nos équipes sont engagées à 120% dans leur travail, et le climat social de l’Anses est excellent. Nous sommes très conscients des attentes à notre égard, et nous ne devons pas décevoir la confiance qui nous est faite.

 



[i] CEA: Commissariat à l’énergie atomique. Cemagref: Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts. Irstea: Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture. Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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