L’Anses prend position sur le bien-être animal

Le 27 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Satisfaire les besoins vitaux des animaux.
Satisfaire les besoins vitaux des animaux.
VLDT

Pour la première fois, une institution officielle française décrit les contours du bien-être animal. Une base essentielle pour définir de prochaines recherches, voire de nouvelles réglementations.

 

Voilà qui devrait conforter les amis des animaux. Dans un avis publié mercredi 25 avril, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) propose une définition du bien-être animal.

Il était d’ailleurs temps. L’opinion publique supporte de plus en plus mal les révélations sur les mauvais traitements que subissent les animaux, que ce soit durant leur ‘exploitation’, leur transport ou leur abattage.

évolution de la connaissance scientifique

Cette réflexion a été aussi portée par les évolutions de la connaissance scientifique de ces dernières décennies. C’est dans les années soixante que la primatologue Jane Goodall a mis en évidence l’existence de véritables relations sociales entre les grands singes.

«On s’est rendu compte que les grands primates n’étaient pas les seuls à disposer de ces capacités cognitives, sociales: animaux de ferme, oiseaux, poissons, insectes, tous ces animaux que nous cataloguions comme des être ‘stupides’ sont, eux aussi, à des degrés divers selon les espèces, dotés d'intelligence, de conscience, d'émotions, de compétences sophistiquées», rappelaient aux lecteurs du JDLE Karine Lou Matignon, coordinatrice d’un magnifique ouvrage collectif sur les intelligences animales.

En 2010, des cétologues signent une déclaration des droits des cétacés, animaux sociaux, doués d’intelligence et capables de communiquer sur de très longues distances.

philosophie, morale, science, technologie et économie

En 2012, le comité Santé animale de l’Anses se dote d’un groupe de travail permanent sur le bien-être animal, non seulement pour s’occuper des questions relatives à l’élevage, rédiger des guides d’application des directives européennes, mais aussi pour réfléchir à la notion même de bien-être animal, thématique «à la croisée de nombreuses influences parfois contradictoires, philosophiques et morales, scientifiques, technologiques et économiques, règlementaires et sociétales».

Fruit de cette réflexion, la note de 34 pages propose essentiellement une définition du bien-être animal «prenant en compte l’évolution des connaissances scientifiques dans une approche multidisciplinaire».

Le concept, expliquent les experts de l’Anses, s’applique à la dimension mentale du ressenti de l’animal dans son environnement. «Il se place avant tout au niveau individuel (par opposition au groupe) et au niveau contextuel (chaque environnement impacte différemment l’individu). On détermine alors un niveau de bien-être pour un individu particulier dans un environnement donné.»

Autre dimension à prendre en compte: le mental de l’animal. Il faut aussi se soucier de ce que l’animal ressent, des perceptions subjectives déplaisantes, telles que la douleur et la souffrance, mais aussi rechercher les signes d’expression d’émotions positives (satisfaction, plaisir…).

besoins fondamentaux

Ceux qui travaillent ou cohabitent avec les animaux ne doivent pas non plus faire abstraction de la satisfaction des besoins fondamentaux. Ne pas oublier, bien sûr, de nourrir son animal, ni l’empêcher d’avoir des relations avec ses congénères ou d’explorer son environnement. «La non-satisfaction d’un besoin entraine un état de mal-être ou de frustration pouvant induire des perturbations comportementales ou physiologiques (état de stress chronique par exemple) ainsi qu’un accroissement du risque de maladie.»

Si les actions humaines positives envers l’animal sont un préalable indispensable à son bien-être, il est nécessaire de se tourner vers lui pour s’assurer de l’efficacité de ces actions. «Ainsi, la définition proposée reconnait la variation de l’état mental de l’animal en fonction de sa perception de la situation, ce qui laisse la possibilité d’évoluer en intégrant les nouvelles connaissances sur les états mentaux des animaux et en particulier sur leur niveau de conscience.»

Pour Benjamin Joyeux, la publication de l’Anses va «dans le bon sens. Il y a 5 siècles, on considérait l’animal comme une machine. A la lecture de travaux d’éthologues, de plus en plus de gens estiment que les animaux sont des être sensibles, des individus doués d’intelligence. Il faudrait désormais que ces concepts inspirent les politiques et non, comme le veut le président Macron, démocratiser la chasse», estime le cofondateur du Rassemblement des écologistes pour le vivant (REV).



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