L’Anses ne recommande pas les masques antipollution pour les cyclistes

Le 18 juillet 2018 par Romain Loury
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Les masques ne filtrent pas les émissions gazeuses
Les masques ne filtrent pas les émissions gazeuses

L’efficacité des masques antipollution, utilisée par certains cyclistes dans de grandes villes polluées, est loin d’être confirmée, juge l’Anses dans un rapport publié mercredi 18 juillet. D’autant que si ces dispositifs pourraient filtrer les particules fines, ils ne sont d’aucune utilité contre les polluants gazeux.

L’efficacité des masques antipollution, plus emblématiques des mégalopoles chinoises que des grandes villes européennes, demeure peu connue. Raison pour laquelle les ministères de la santé et du travail ont saisi l’Anses en septembre 2015 afin qu’elle se prononce sur l’efficacité de ces produits. Verdict: les preuves semblent bien peu solides, voire quasi-inexistantes.

Efficacités théorique et en conditions réelles

L’agence a mené une étude de marché sur 215 produits, dont 203 demi-masques (voir encadré). Premier avertissement: ne pas confondre efficacité théorique, testée sur la base d’essais normalisés, et efficacité en conditions réelles. Cette dernière dépend en effet de critères tels que «l’ajustement au visage, l’entretien du dispositif, l’information et la formation de l’utilisateur ou encore son activité, etc.», indique l’Anses.

Principaux masques antipollution (83% du marché), les demi-masques, qui couvrent la bouche, le nez et le menton, peuvent être filtrants (avec des matériaux tels que du charbon actif) ou non filtrants, composé d’un matériau souple et étanche. Principale cible des fabricants, les cyclistes et les motocyclistes, ainsi que les personnes vulnérables: personnes âgées, malades ou allergiques, enfants, femmes enceintes, voyageurs en partance vers des destinations touchées par une forte pollution de l’air. Ces dispositifs sont soumis au marquage CE, label qui ne garantit en rien un éventuel effet protecteur contre la pollution.

«Au final, un masque, défini par une efficacité théorique très élevée, présentera souvent une efficacité en conditions réelles d’utilisation réduite, voire nulle, au sein de la population générale», juge l’agence. D’autant que ces masques sont censés protéger des particules fines, jamais des gaz tels que l’ozone, les oxydes d’azote (NOx) et le dioxyde de soufre (SO2). Or la pollution de l’air est un mélange complexe de particules fines et de gaz.

Pas de bénéfices prouvés

Quant à la littérature scientifique, elle recèle bien peu de preuves d’efficacité des masques antipollution. Et ce qu’ils soient utilisés par des travailleurs (quatre études menées en Asie du Sud Est) ou en population générale (trois études menées en Chine). Portant sur de faibles effectifs, «ces études sont insuffisantes pour conclure sur un bénéfice potentiel du port de masque, en conditions réelles d’utilisation par la population générale», indique l’agence.

En toute logique, l’Anses ne recommande pas aux pouvoirs publics d’encourager le port de tels dispositifs, et leur rappelle «l’importance d’agir en priorité à la source, en limitant les émissions polluantes pour réduire les impacts sanitaires».

Les masques antipollution pourraient même avoir des effets contreproductifs: ils pourraient «donner un faux sentiment de protection chez l’utilisateur et entrainer des comportements conduisant éventuellement à une surexposition. Par exemple un cycliste portant un masque circulant sur un axe à fort trafic pourrait être, in fine, plus exposé qu’un cycliste ne portant pas de masque mais choisissant d’emprunter des axes moins fréquentés», avance l’agence.

Mieux protéger les travailleurs

Quant aux travailleurs les plus exposés, dont ceux œuvrant dans les travaux publics, l’Anses propose de développer des outils de sensibilisation et de prévention à destination des employeurs, voire de réfléchir à la mise en place de valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) spécifiques de la pollution de l’air ambiant.

Idem pour les voyageurs et les expatriés vivant dans des pays touchés par une forte pollution de l’air: l’agence recommande d’émettre à leur égard des recommandations sur les risques sanitaires associés à ce fléau, qui touche particulièrement les pays asiatiques.

Eviter les axes trop fréquentés

Dès lors, que conseiller à un cycliste urbain si les masques antipollution n’ont pas d’efficacité prouvée? Contactée par le JDLE, Perrine Burner, chargée de communication de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), indique qu’il est «préférable d’éviter les axes où il y a beaucoup de trafic, quitte à faire un détour».

Selon une enquête menée par l’Anses auprès de cyclistes en collaboration avec la FUB, l’emploi de masques antipollution demeure une pratique assez marginale en France: sur 1.284 répondants, seuls 5,9% disent en utiliser un régulièrement ou occasionnellement, et 8% en ont déjà testé un, sans l’adopter. Le marché français ne s’élevait qu’entre 135.000 et 150.000 euros en 2015.



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