L'année européenne de l'air s'achève

Le 09 décembre 2013 par Marine Jobert
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Régine Lange, présidente d'ATMO France.
Régine Lange, présidente d'ATMO France.
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L’année européenne de l’air s’achève, comme elle a commencé, dans l’indifférence générale. Régine Lange est la présidente d'Atmo France, le réseau des associations agréées de surveillance de la qualité de l'air (Aasqa). Elle a accordé au Journal de l’environnement un entretien alors que «l’air de rien, l’année de l’air s’achève», selon les mots de France Nature Environnement.

JDLE - Quelles étaient les ambitions de cette année européenne de l’air? Dans quel contexte réglementaire s’est-elle déroulée?

Régine Lange - L’année européenne de l’air est une initiative de la Commission européenne, dans le cadre des projets de révision des directives Air et Plafonds d’émission. Nous attendons dans les prochains jours des éléments de la Commission pour la première directive et concernant ce que le commissaire à l’environnement avait appelé le «paquet Qualité de l’air», c’est-à-dire des mesures multifactorielles. C’est dans ce contexte qu’il était important de sensibiliser sur la problématique de la qualité de l’air, sachant que 17 pays, comme la France, sont en contentieux, notamment sur les PM10. Une conférence d’envergure internationale donne l’occasion de mettre en perspective les informations scientifiques disponibles sur l’impact sanitaire de la mauvaise qualité de l’air, pour aboutir sur le besoin de plans d’action multi-niveaux, avec des problématiques essentiellement urbaines. Une mobilisation des territoires est nécessaire, mais il y a aussi besoin de normalisations au niveau national, concernant les véhicules, la circulation ou la fiscalité. Il y a surtout besoin d’un cadre européen, avec des financements pour soutenir les plans locaux d’action.

On espérait que le commissaire européen allait annoncer des éléments de contenu de ce paquet Qualité de l’air, mais il semblerait qu’il y ait des difficultés pour aboutir à des accords avec les Etats membres. L’ambition de la Commission est aujourd’hui assez frileuse quant aux normes environnementales, parce que le milieu industriel exerce de très fortes pressions pour préserver sa compétitivité dans un contexte économique délicat. Je n’ose pas parler de recul, mais on sent qu’il est plus difficile d’avancer sur ces questions.

 

JDLE - Activités industrielles soutenues et qualité de l’air sont-elles compatibles?

Régine Lange - Oui, bien sûr. Le monde industriel contribue au financement des observatoires de qualité de l’air et paie des taxes sur les émissions polluantes qui permettent de financer des actions. Il y a des efforts faits au niveau industriel et les difficultés que l’on rencontre ne sont pas tant liées aux émissions industrielles qu’aux choix des citoyens en matière de transport ou de chauffage.

 

JDLE - Cette année intervient dans un contexte scientifique fort: le classement par le Centre international de recherche sur le cancer (de l’Organisation mondiale de la santé) de la pollution de l’air extérieur comme cancérigène avéré. Et depuis, rien ne se passe…

Régine Lange - Nous n’étions pas très surpris par l’annonce du Circ, car le classement comme cancérigène des particules liées au diesel, par exemple, pointait déjà le caractère dangereux de ces émissions pour la santé publique. Mais on a été assez étonné des réactions politiques et médiatiques… On nous a contactés pour quelques interviews, mais pas plus. Et il n’y a pas eu de mobilisation des pouvoirs publics, pas plus au niveau local que national, ou européen. En cette année européenne de l’air, c’est étonnant. Dans le même ordre d’idées, alors que tout le territoire métropolitain a connu la semaine dernière des pics de PM10, avec un tiers des agglomérations de plus de 100.000 habitants dépassant le seuil d’information et deux d’entre elles ayant dépassé le seuil d’alerte, personne ou presque n’en a parlé… Notre rôle, c’est de transmettre nos données au préfet, aux autorités sanitaires locales, pour que l’information soit relayée et que des mesures soient prises. Je ne sais pas ce que les gens font de cette information. On s’attendait à une résonance. Ce n’est pas forcément de l’indifférence, mais il y a une certaine inertie.

 

JDLE – Est-il encore nécessaire d’accumuler les constats sur l’impact de la mauvaise qualité de l’air sur la santé?

Régine Lange - Au plan international, l’OMS a fait le travail. Ce qu’il nous faut maintenant, ce sont des plans d’action, avec un «paquet Air» ambitieux au niveau européen. On ne peut pas se permettre de rogner sur ces ambitions et la France doit s’approprier cette question. Un plan d’urgence de la qualité de l’air a été annoncé, notamment concernant les transports. Mais cela n’a pas beaucoup avancé depuis, avec l’empêtrement politique consécutif à la question du diesel et de sa fiscalité. Pour autant, cela ne devrait pas peser sur les autres pistes de réduction des pollutions… Localement, je constate que les collectivités se sont approprié les outils, comme dans les plans Climat, avec les transports publics, la piétonisation, etc. Les plans de protection de l’atmosphère (PPA) sont un peu en retard. On comprend qu’à cause de la mobilisation pour les élections municipales, on ne sorte pas forcément ces PPA mais espérons que, dès la période des élections passées, il y aura des plans ambitieux pour les villes de plus de 100.000 habitants.

Le point positif, c’est que la qualité de l’air, qui restait en France dans le champ des questions environnementales, est peu à peu entrée dans le champ des questions sanitaires. Un rapport du Commissariat général au développement durable (CGDD) chiffre les conséquences sanitaires de la mauvaise qualité de l’air. Il évalue entre 0,8 et 1,7 milliard d’euros par an le coût de la pollution de l’air pour le système de soins français (consultations, soins, médicaments, hospitalisations, indemnités journalières) et estime que l’ensemble des coûts de la seule pollution aux particules PM 2,5 oscille entre 20 et 30 Md€ par an. Notre gouvernement cherche des sources d’économie: améliorer la qualité de l’air ferait gagner des milliards à la sécurité sociale!

 

JDLE - Qu’en est-il de l’air intérieur? Est-ce le parent pauvre de la problématique?

Régine Lange - Il est plus facile d’agir dans ce domaine, car cela touche aux comportements individuels, qui peuvent se régler dans 80% des cas par des changements personnels. Comme ouvrir les fenêtres, ou cesser d’acheter des produits chimiques pour désodoriser. Ce sont des choses plus simples à mettre en œuvre. En outre, des campagnes de mesures vont avoir lieu dans les établissements scolaires et un étiquetage des produits d’ameublement est en cours de réflexion.

Nous souhaitons aussi qu’il y ait un regard plus affiné sur les expositions des populations à la pollution atmosphérique: les pouvoirs publics vont devoir appréhender la qualité de l’air en fonction des densités de population. Il va donc falloir se poser la question de l’urbanisation en bord de réseau routier, de la même façon qu’il est interdit de construire davantage sous les couloirs aériens.

Aujourd’hui on mesure les pesticides dans l’alimentation et l’eau; mais il n’existe pas de seuils définis pour leur présence dans l’air. Ce sujet est un peu abordé dans la réglementation concernant les travailleurs. Il faut qu’on ait des mesures pour pouvoir définir des seuils.

 

JDLE – Le Commissaire européen était annoncé à la tribune, mais il est cloué au lit. Le ministre français de l’écologie, lui, sera totalement absent de cette journée. Et lors de l’inauguration de cette année européenne de l’air, aucun parlementaire français n’était présent. Comment comprenez-vous cela?

Régine Lange - C’est vrai, il n’y avait pas de représentant du gouvernement français pour le lancement de cette année européenne de l’air. Le calendrier de Philippe Martin ne lui permettait pas de venir, nous a-t-on fait savoir. Je regrette son absence. Dans un contexte de suspension de l’écotaxe et du report de la loi sur la transition énergétique, cela aurait pu être un symbole intéressant de venir à la rencontre du commissaire européen, d’autant que la France est en contentieux avec Bruxelles. Politiquement, il y aurait eu un signal important. La présence du commissaire aurait pu susciter la venue du ministre français de l’écologie.

 

 

 

 



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