L’Allemagne repousse la fin du nucléaire

Le 14 septembre 2010 par Gwénaëlle Deboutte
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Le gouvernement allemand a décidé de prolonger de 12 années la durée de vie de ses 17 réacteurs nucléaires. Parallèlement, une taxe sur le nucléaire sera créée pour gérer le problème des déchets, accompagnée d’un fonds pour le soutien au développement des énergies renouvelables. Mais dans un pays où l’atome n’a pas vraiment le vent en poupe, l’annonce ne passe pas, à la fois dans l’opinion publique et dans l’opposition, bien décidée à bloquer le projet.

 

Au terme de longues heures de pourparlers, la chancelière allemande Angela Merkel et son gouvernement de coalition sont parvenus dimanche 5 septembre à un accord sur l’un des dossiers les plus tendus de cette rentrée outre-Rhin : le report de la sortie du nucléaire. Si la question du report était tranchée depuis quelques mois – c’était l’une des promesses de campagne d’Angela Merkel –, il restait à s’entendre sur la durée. Au sein même de la majorité, les voix étaient jusqu’ici discordantes : dix à quinze ans pour la chancelière, une vingtaine d’années pour le ministre de l’Économie, Rainer Brüderle, de quatre à huit ans pour le ministre de l’Environnement, Norbert Röttgen. Pour finir, le compromis porte sur une prolongation de 14 ans pour les réacteurs les plus récents (construits après 1980) et de huit ans pour les plus anciens. Ce qui signifie que les dernières centrales pourraient continuer de produire jusqu’à l’horizon 2035.

 

L’affaire avait pourtant été entendue, en 2002, lorsque le gouvernement des sociaux-démocrates et verts de Gerhard Schröder avait voté une loi permettant de limiter la durée de vie des centrales à 32 ans, avec un arrêt progressif de tous les réacteurs en 2021. Mais pour Angela Merkel, ce changement de cap se justifie désormais par «  le coût de l’électricité et la lutte contre les émissions de CO2 ». Autrement dit, les énergies renouvelables ne semblent pas encore matures, en particulier du fait de la nécessité de renforcer le réseau, et seul le nucléaire, vu comment une «  énergie de transition », pourra permettre d’atteindre les objectifs du pays. La semaine dernière, une étude opportune avait d’ailleurs renforcé cette affirmation, estimant que sans l’énergie nucléaire, le pays ne serait en mesure de réduire ses émissions de CO2 en 2050 que de 62 % (par rapport au niveau de 1990), soit bien moins que l’objectif des 80%.

 

Mais de son côté, le secteur des énergies renouvelables, déjà fragilisé par la baisse du tarif de rachat de l’électricité produite par le photovoltaïque, critique vivement ce retour en arrière. «  Avec sa politique clientéliste envers les quatre grands fournisseurs d’électricité, Angela Merkel met en danger des milliards d’investissements futurs dans les énergies renouvelables », déclare Dietmar Schütz, président de la BEE, la fédération allemande des énergies renouvelables, qui qualifie cet accord sur le nucléaire de «  farce ».

 

Pour couper court aux critiques, l’allongement s’accompagnera donc de la création d’une taxe sur le combustible nucléaire (uranium 233 et 235, plutonium 239 et 241) que devront alimenter les quatre grands exploitants de centrales, EnBW, E-On, RWE et Vattenfall. Récoltée à partir de 2011 pour une durée de six ans, elle pourrait rapporter 2,3 milliards d’euros par an, soit l’équivalent des bénéfices semestriels d’un groupe comme RWE, géant de l’électricité allemand. Cette somme servirait à la rénovation du centre de stockage des déchets radioactifs Asse II et à la gestion des déchets nucléaires. Un fonds supplémentaire, sur la base cette fois du volontariat, pourrait également être alloué au soutien aux énergies renouvelables (estimé à 300 millions d’euros en 2011 et 2012, 200 millions d’euros entre 2013 et 2016). Après avoir fortement critiqué ce projet de taxe, les groupes concernés ont finalement globalement salué le compromis du gouvernement et le délai accordé à leurs centrales nucléaires.

 

Pour autant, le débat est loin d’être clos et le mois de septembre s’annonce houleux pour Angela Merkel qui, après son propre gouvernement, devra défendre son projet devant le Bundestag, le parlement allemand. La chancelière espère en outre que le texte pourra être dispensé d’un examen par le Bundesrat, chambre haute du parlement qui représente les Länder et dont elle a perdu la majorité aux dernières élections. Mais l’affaire pourrait remonter encore plus haut, l’opposition, dont le chef de file n’est autre que l’ancien ministre de l’environnement Sigmar Gabriel, ayant menacé de saisir la cour constitutionnelle de Karlsruhe, jugeant que cette loi pouvait être anticonstitutionnelle. Sans oublier que le parti « die Grünen », ainsi que les associations écologistes, qui multiplient depuis le printemps les manifestations « anti-atome », ne comptent pas relâcher la pression, promettant un «  automne chaud ». Ces dernières fustigent en effet le problème de la sécurité des centrales et celui des déchets nucléaires. En outre, selon un récent sondage, près de 60 % des Allemands se disent opposés au projet. Jusqu’à l’annonce du nouveau « concept énergétique », prévue pour le 28 septembre, la manœuvre risque donc d’être serrée.



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