L’alimentation, moteur d’hérédité?

Le 18 février 2015 par Romain Loury
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Plus qu'une histoire de gènes
Plus qu'une histoire de gènes

Influencée par notre alimentation, la flore intestinale serait-elle aussi un support d’hérédité, transmettant à notre descendance des caractères acquis au cours de la vie? Publiée dans Nature, une étude américaine menée chez la souris suggère une telle possibilité.

Selon le dogme de la biologie moléculaire, l’ADN serait l’unique support de l’hérédité, le seul à expliquer la transmission de caractères tels que la couleur des yeux ou la propension à telle maladie au sein d’une famille.

Bien qu’encore dominante, car maintes fois vérifiée, la théorie a récemment connu quelques accrocs, entre autres par la révélation de l’effet transgénérationnel des perturbateurs endocriniens –notamment le médicament Distilbène. Et ce en modifiant l’expression des gènes par modification chimique, mais sans affecter la séquence ADN elle-même - un effet dit «épigénétique».

Outre la génétique et l’épigénétique, un nouveau support d’hérédité pourrait bien expliquer la transmission de traits à la descendance. Il s’agit de la flore bactérienne qui peuple l’intestin, influencée par notre alimentation, et dont plusieurs études ont révélé le rôle dans de nombreuses maladies chroniques.

Un trait héritable, mais non génétique

L’hypothèse est suggérée par une étude menée chez la souris par l’équipe de Thaddeus Stappenbeck, de la Washington University School of Medicine de Saint Louis (Missouri). A l’origine de ces travaux, les chercheurs se sont demandés pourquoi, en cage, certains de ces animaux présentaient dans leurs selles une quantité élevée d’anticorps de type immunoglobuline A (IgA), tandis que d’autres n’en présentaient quasiment pas.

Le phénomène était d’autant plus intriguant que ces souris étaient toutes de la même lignée génétique, et que ce trait IgA était transmis par les parents à leur descendance. De plus, même les souris excrétant initialement beaucoup d’IgA n’en présentaient plus après avoir partagé quelques temps leur cage avec des souris en produisant peu.

Les chercheur ont trouvé l’explication: il s’agirait de la bactérie intestinale Sutterella, qui a pour effet de dégrader les IgA. Celle-ci s’avère transmissible à la descendance, ainsi qu’aux autres individus qui en sont initialement dépourvus, et ce par simple contamination de la cage. En réponse à un agent chimique, ces souris présentent des lésions intestinales plus importantes, démontrant ainsi un effet sanitaire.

«Cette étude montre que des traits peuvent être transmis à la descendance via la flore intestinale, de la même manière que le ferait une mutation dans des gènes», expliquent les chercheurs. Selon eux, l’étude ouvrirait la voie à un modèle d’hérédité encore plus complexe, dans lequel les gènes humains, bactériens et même viraux influeraient sur la santé humaine.



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