L’air des écoles très chargé en polluants

Le 26 juin 2018 par Marine Jobert
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Plus d'une centaine de polluants recherchés.
Plus d'une centaine de polluants recherchés.
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Particules fines, composés organiques semi volatils (COSV), pesticides, perturbateurs endocriniens en pagaille… la composition de l’air et des poussières des écoles maternelles et primaires du pays a été détaillée pour la première fois par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI).

Les écoles (à peine) moins polluées que les logements. Maigre consolation pour les élèves des 301 écoles maternelles et primaires dont l’OQAI a mesuré l’exposition à plus d’une centaine de composés, présents dans les poussières qui les environnent et l’air qu’ils inhalent au moins 8 heures par jour. Qu’elles soient émises par le mobilier scolaire, les revêtements, les produits d’activités, les produits d’entretien, ou issues de l’environnement extérieur ou d’une mauvaise ventilation chronique ou ponctuelle, ces substances sont toutes réputées délétères pour la santé, à des niveaux divers, comme l’indique le bulletin de l’OQAI publié ce 25 juin. «Nous n’avons pas repéré de polluants typiquement propres aux écoles, précise Corinne Mandin, la responsable de l’OQAI. Ceux détectés par ces mesures sont retrouvés dans les logements aussi.» L’Observatoire avait publié en juin 2015 une étude qui montrait que les phtalates et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) étaient omniprésents dans l’air et les poussières des logements.

Les 64 polluants recherchés dans l’air: 13 composés organiques volatils (COV), 3 aldéhydes, 46 composés organiques semi-volatils (COSV), le dioxyde d’azote, les particules de diamètre inférieur à 2,5 ?m (PM2,5). Les 53 polluants recherchés dans la poussière déposée au sol: 7 métaux dont le plomb, 46 composés organiques semi-volatils (COSV). Des mesures de bruit, d’éclairement et des champs électromagnétiques ont également été réalisées, dont les données seront traitées ultérieurement.

Omniprésents COSV

Et on les retrouve, effectivement, dans les écoles. Issus des matériaux plastiques (phtalates), des ordinateurs et des textiles d’ameublement (retardateurs de flamme polybromés, PBDE), des produits d’entretien et cosmétiques (muscs de synthèse: galaxolide et tonalide), des traitements insecticides ou anti-poux (pyréthrinoïdes). S’y ajoutent des HAP, provenant des processus de combustion, et les polychlorobiphényles (PCB), interdits d’usage mais encore présents dans les joints d’étanchéité des ouvrants ou revêtements de sol datant des années 1970.

Des concentrations variables

Certains de ces COSV sont présents dans l’air de la quasi-totalité des écoles, à des concentrations très variables (d’une centaine de nanogrammes par mètre cube -ng/m3- pour les phtalates à quelques picogrammes -pg/m3- pour certains pesticides, PCB et PBDE). Les plus communs sont trois phtalates (DiBP, DEP, DBP), deux muscs (tonalide et galaxolide), un pesticide (lindane), le PCB 52 et 4 HAP (phénanthrène, fluoranthène, acénaphtène, fluorène). Dans une salle de classe sur deux, au moins 20 COSV sont détectés dans l’air. D’autres composés, comme les PBDE, sont peu détectés, voire quasiment jamais.

Des polluants très présents

Sur les 64 polluants recherchés dans l’air, 13 sont détectés dans au moins 80% des écoles (l’acétaldéhyde, l’alpha-pinène, le benzène, le décane, l’éthylbenzène, le formaldéhyde, l’hexaldéhyde, le limonène, les m/p-xylènes, la méthylisobutylcétone (MIBK), l’o-xylène, le styrène et le toluène). Le phénol est présent dans la moitié des échantillons d’air, le tétrachloroéthylène dans un tiers et le n-hexane dans moins d’une école sur 5.

Une moyenne préoccupante

«Ces résultats sont relativement similaires à ceux observés dans les écoles européennes depuis 2003», indique l’OQAI. Publiée en mars 2015, l’étude européenne Sinphonie, mettait en lumière le fait que nombre d’écoliers étaient exposés à plusieurs polluants bien au-delà des normes, au risque d’engendrer des problèmes respiratoires, voire des troubles de la concentration.

Les PM2,5 en force

Plus surprenant, le dioxyde d’azote, émis par les sources de combustion, comme les appareils de chauffage et de cuisson au gaz -qui sont rarement présents en milieu scolaire-, est détecté dans deux tiers des classes. Idem pour les particules fines de diamètre médian inférieur à 2,5 microgrammes -?m- (PM2,5), émises par les phénomènes de combustion, dont la concentration médiane est de 18 ?g/m3, quand les valeurs-guides de l’OMS la fixe à 10 ?g/m3 en moyenne annuelle. «Les PM2,5 sont un point noir identifié, reconnaît Corinne Mandin, la responsable de l’OQAI. C’est un peu inquiétant car il n’y a pas de source identifiée comme dans les logements, où l’on trouve des fumeurs, des foyers ouverts, des appareils de cuisson ou de l’encens.» Reste, pour l’Observatoire, à lancer des investigations pour déterminer les facteurs d’influence qui expliqueraient la présence de ces polluants, en croisant les données des polluants avec les données descriptives fournies par les établissements (préfabriqué/bâtiment en dur, ventilation, distance par rapport au trafic, site industriel, etc.). Des travaux qui devraient être nourris par la publication prochaine par l’Anses[1] de valeurs-guides pour les mélanges de substances présentes dans l’air, notamment pour les aldéhydes.

 

L’Anses, l’Ineris et les AASQA[2] fédérées par ATMO France ont lancé ce 25 juin la campagne nationale de mesure des résidus de pesticides dans l'air annoncée depuis 2014. Objectifs: cerner les produits phytopharmaceutiques, biocides, médicaments vétérinaires et antiparasitaires à usage humain présents dans l'air ambiant, mieux connaître l'exposition de la population et, à terme, définir… une stratégie de surveillance des pesticides dans l’air.


[1] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

[2] Ineris: Institut national de l'environnement industriel et des risques; AASQA: associations agréées de surveillance de la qualité de l'air

 



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