L’AIE veut verdir les gaz non conventionnels

Le 29 mai 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Réduire le torchage des GNC pour mieux les exploiter.
Réduire le torchage des GNC pour mieux les exploiter.

La montée en puissance des gaz non conventionnels semble irrépressible, constate l’Agence internationale de l’énergie dans son dernier rapport. Mais il est possible de diminuer l’empreinte écologique de leur exploitation.

Pour la plupart des experts, c’est entendu: notre avenir énergétique mondial sentira fortement le gaz. Et non conventionnel, de préférence. Publié cet après-midi 29 mai, le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) conforte cette vision.

Dans le meilleur des cas, dit-elle, la production mondiale de gaz de schiste, de grisou et de gaz compact (les trois principaux gaz non conventionnels ou GNC) pourrait atteindre 457 milliards de mètres cubes par an en 2035.

Dans deux décennies, ces GNC pourraient représenter 32% du gaz naturel consommé dans le monde, contre 14% aujourd’hui. Cette disponibilité de larges réserves devrait, en outre, permettre d’accroître de 50% la consommation mondiale de gaz, toutes origines confondues, entre 2010 et 2035. Si ce scénario de «l’âge d’or gazier» se réalisait, dans une vingtaine d’années le gaz fournirait le quart de l’énergie mondiale; détrônant le charbon de la seconde source d’énergie la plus consommée, après le pétrole.

L’essentiel de cette production sera le fait des gaziers américains, chinois, mais aussi australiens, indiens, canadiens et indonésiens. Ensemble, ils devront investir près de 3.000 milliards de dollars (2.386 milliards d’euros) pour extraire toujours plus de précieuses molécules.

Même si l’Hexagone ne fait jamais partie des grands pays gaziers, l’AIE ne désespère pas du cas français. L’agence de l’OCDE estime que le sous-sol du bassin parisien recèle entre 1 et 100 milliards de barils d’hydrocarbures. Et que l’abrogation de la loi Jacob permettrait à l’Ile-de-France de produire, vers 2035, 8 Mdm3 de gaz non conventionnels par an: moins que le gisement de Lacq à son firmament!

Quel sera le bilan environnemental de ce dash for gas, cher à nos lecteurs anglophones? Tout dépend, répondent les experts de l’AIE, de la façon dont on exploitera les GNC. Leur extraction, on le sait, est à tous points de vue bien plus polluante que celle du gaz naturel. Pollution des nappes phréatiques, production d’importants volumes de déchets toxiques, création de mini-séismes, le mal environnemental est partout. Et ce n’est pas démenti par les rédacteurs du rapport de l’AIE.

Evidemment, l’impact le plus important (au plan global) reste le renforcement de l’effet de serre. «La production des gaz de schiste et compact est plus émettrice de gaz à effet de serre que celle du gaz naturel», confirme l’AIE. Deux raisons essentielles à cela: il faut plus de puits et ces derniers sont d’une étanchéité toute relative. Or le méthane, principal composant des gaz naturels, est un GES 25 fois plus puissant que le CO2. Selon le mode d’exploitation des GNC, leur bilan climatique peut donc être de 3,5 à 12% supérieur à celui du gaz naturel, résume le rapport.

Une estimation contestée par nombre de chercheurs. A commencer par Robert Howarth [JDLE].Dans un fameux article publié dans Climatic Change, le chercheur de l’université Cornell (Etat de New York, USA) affirme que le bilan carbone des gaz de schiste est pire que celui du charbon. «Ce genre d’hypothèse sur le niveau et l’impact des émissions de méthane peut nuire à l’image du combustible fossile propre accolée jusque-là au gaz», s’inquiète l’agence.

Incapable de trancher (ce n’est d’ailleurs pas son rôle), l’AIE émet quelques recommandations, dont la mise en œuvre permettrait d’alléger l’empreinte carbone des GNC. En plus d’améliorer la concertation avec les riverains, l’AIE propose aux gaziers de choisir avec plus de soin l’emplacement de leur forage, de façon à réduire les risques sismiques et de pollution des nappes. Dans ces «Règles d’or», l’AIE recommande aux foreurs d’adopter les meilleurs techniques disponibles de construction de puits, pour réduire les fuites de fluides dans le sous-sol et les échappements de méthane dans l’atmosphère. L’AIE propose enfin de supprimer l’évacuation et le torchage du gaz non destiné à la production.

Si elles étaient mises en œuvre, ces mesures renchériraient d’environ 7% le coût de l’exploitation des gaz non conventionnels. Il n’est toutefois par certain que cela suffise à atténuer suffisamment le bilan carbone des GNC. Car, rappelle l’AIE, en trop misant sur le gaz, l’objectif de stabilisation de la température moyenne à 2°C, par rapport à l’ère pré-industrielle, restera hors de notre portée.



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