L’AIE prédit un bel avenir à la fée électricité

Le 13 novembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra plus de barrages, d'éoliennes, de centrales nucléaires et de parcs solaires.
Il faudra plus de barrages, d'éoliennes, de centrales nucléaires et de parcs solaires.
VLDT

Dans son rapport annuel, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne que l’électricité sera le vecteur de la transition énergétique dans le monde. La satisfaction des besoins énergétiques de l’humanité et la lutte contre le réchauffement imposent d’investir lourdement et de réviser les marchés de l’électricité. Le tout dans un contexte où l’accès à l’eau va se compliquer dans de nombreuses régions. Autant de données que les décideurs doivent avoir en tête pour définir des politiques énergétiques ‘2°C compatibles’.


Les rapports annuels de l’AIE colportent rarement de bonnes nouvelles. Une fois n’est pas coutume, l’édition 2018, publiée dans la nuit de lundi à mardi 13 novembre, n’est pas totalement sombre. Notamment, si l’électrification des usages et le ‘verdissement’ de la production d’électricité deviennent des axes prioritaires des politiques énergétiques. En intégrant l’accroissement démographique, le développement de la voiture électrique, l’électrification des usages (industrie, climatisation et chauffage), les rédacteurs du World Energy Outlook 2018 (WEO) estiment que la demande mondiale d’électrons pourrait bondir de 60% d’ici à 2040, sans que le climat s’en ressente forcément.

pas de décarbonation totale

Couplée à d’importants efforts d’économie d’énergie, l’arrivée de nouveaux modes de production (thermique ultra super critique), renouvelables, nucléaire de nouvelle génération, permet d’envisager une baisse de moitié des émissions carbonées du secteur électrique en deux décennies. Insuffisante pour répondre à l’urgence climatique (qui impose une décarbonation totale du secteur de l’électricité pour stabiliser le réchauffement à 1,5°C vers 2050), cette électrification volontariste et ‘durable’ abattrait à peu près totalement les rejets soufrés (SO2) du secteur et de moitié les émissions d’oxydes d’azote. Le développement de l’accès à l’électricité réduirait à néant ou presque la présence de particules fines dans les logements (par la cuisson au bois ou au charbon), responsables de plus de 2,6 millions de morts par an, selon l’OMS. Ce n’est pas négligeable.

85% d'énergies décarbonées, c'est possible

Atteindre pareil objectif suppose de tuer le charbon (en arrêtant 60 gigawatts -GW- de capacité chaque année pendant 20 ans), de réduire sensiblement la part laissée au fioul, de développer massivement le captage du CO2 pour le thermique, mais surtout d’accroître considérablement les parcs du nucléaire et des renouvelables. Ces deux dernières sources d’énergie décarbonées pourraient produire 85% de la production mondiale d’électricité vers 2040. En deux décennies, le facteur carbone mondial passerait ainsi de 500 grammes de CO2 le kilowattheure à 70: comparable à celui d’EDF en France.

Choix politiques

Cela n’ira pas tout seul. Electrifier la planète est d’abord une question politique. C’est aux gouvernants de sélectionner la nuance de verdissement du parc électrique et le niveau d’électrification des usages. Un choix qui n’a rien de neutre. Selon qu’elle prolonge les trajectoires actuelles ou devienne durable, la politique énergétique nécessitera des investissements 10% à 70% plus importants que ceux actuellement faits dans les moyens de production, les réseaux et les systèmes de stockage. Des investissements réalisés à 70% par des entreprises publiques. «La destinée du monde appartient aux décisions gouvernementales», résume Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.

revoir l'organisation des marchés

Autre versant de la politique économique de l’énergie: l’organisation du marché. L’AIE rappelle que dans bien des régions, à commencer par l’Europe, l’organisation du marché de l’électricité est telle que les électriciens peinent à gagner suffisamment d’argent pour renouveler leur parc, tout en adaptant sensiblement leurs réseaux de transport et de distribution aux impératifs du numérique, de la productive intermittentes et décentralisée. Pas étonnant, dans ces conditions, qu’EDF propose l’instauration de tarifs d’achat fixés à l’avance pour financer ses prochains réacteurs EPR. Pour faciliter le déploiement d’énergies décarbonées, d’autres suggèrent de généraliser la tarification des émissions de carbone. L’AIE fait ainsi le pari qu’en 2025, pays développés et émergents taxeront les rejets de la production d’électricité, de l’industrie et du transport aérien: 63 dollars la tonne de CO2 dans les régions riches, 43 $ au Brésil, en Inde ou en Chine.

la révolution de la voiture électrique

Profiter de tous les bénéfices qui peuvent être offerts par la fée électrique suppose aussi de modifier nos habitudes. Par exemple, en développant le chauffage électrique direct ou via des pompes à chaleur efficaces plutôt que de brûler des énergies fossiles. En France, un tiers des logements sont chauffés à l’électricité. En Chine, les chaudières au charbon et au fioul restent la norme. Pour chauffer leur logement, les Chinois émettent autant de gaz carbonique que la France entière.

En taxant l’essence et le gazole, en privilégiant les petites voitures électriques (au péage ou au parking), l’AIE estime que la parité prix avec les petites voitures thermiques pourrait être atteinte vers 2025 au Japon, en Corée et dans la plupart des pays européens. De quoi dynamiser un peu plus des ventes qui devraient déjà progresser de plus d’un tiers en Europe, entre 2017 et 2018. C’est aussi l’avis de l’AIE qui, dans le meilleur des cas, estime que la moitié du parc automobile global sera électrique dès 2040. Soit un peu moins d’un milliard de véhicules sur les routes. Ce qui semble un peu optimiste. Recharger les batteries d’une telle flotte devrait accroître la demande d’électrons de 3.400 térawattheures par an. Ce qui ne sera possible qu’en investissant 4.000 milliards de dollars pour développer les infrastructures de recharge.

le tabou de l'eau

Nouveauté du rapport 2018 de l’AIE, il évoque un sujet tabou chez les électriciens: l’eau. Ce n’est pourtant pas une découverte, produire de l’électricité nécessite d’importants volume d’or bleu, pour le turbiner ou s’en servir pour produire de la vapeur et refroidir les installations. A mesure que le réchauffement perturbera le cycle de l’eau, un nombre croissant de régions n’auront plus (à certaines périodes) assez d’eau pour produire leur courant. Sécheresses et surconsommation d’eau minorent déjà la production annuelle chinoise de 14 TWh/an.

En 2016, le secteur électrique mondial a consommé 50 milliards de mètres cubes par an et prélevé 7 fois plus. D’où l’importance, dans une vision décarbonée, de ne pas donner trop d’importance aux moyens de production décarbonée aquivores, tel le nucléaire, la valorisation énergétique de la biomasse et le solaire thermodynamique. En France, comme ailleurs, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) s’annonce être l’un des plus terribles casse-tête qui soit.
 



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