L’aide aux pays vulnérables, blocage oublié de Doha

Le 04 décembre 2012 par Stéphanie Senet
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Aux Kiribati, le temps est compté
Aux Kiribati, le temps est compté

La tension monte à Doha alors que les Etats insulaires réclament un fonds de compensation pour financer les conséquences du réchauffement climatique. Un nouveau point de blocage avec les pays industrialisés, qui s’ajoute à la prolongation du protocole de Kyoto.

 

«Ce qu’on essaye de dire, c’est que si vous polluez, vous devez nous aidez», a déclaré aux Etats industrialisés Malia Talakai, négociatrice en chef de l’Alliance des petits Etats insulaires (Aosis), le 3 décembre à Doha.

«Depuis que nous nous sommes rencontrés à Durban, beaucoup d’entre nous ont dû faire face à des événements climatiques extrêmes, parfois meurtriers, comme des sécheresses prolongées, des vagues de chaleur intense, des inondations et des tempêtes exceptionnelles, sans parler de l’accélération de la hausse du niveau des mers et de l’acidification des océans», expliquent de concert les 43 pays réunis autour de la coalition Aosis dans un communiqué.

Au début de la deuxième semaine des négociations climatiques, la création d’un mécanisme de compensation financé par les pays industrialisés est donc revenue sur la table.

L’idée n’est pas nouvelle. En 2010, déjà, la déclaration finale du sommet de Cancun, signée par les Etats parties, reconnaissait le besoin de réduire les pertes et les dégâts occasionnés par le changement climatique.

Il y a trois ans, les pays industrialisés ont d’ailleurs voté la création d’un Fonds vert qui doit être doté de 100 milliards de dollars par an (76 Md€) d’ici 2020 pour développer les investissements dans les énergies renouvelables et permettre aux pays les plus vulnérables de s’adapter au changement climatique.

Pour l’heure, il ne devrait représenter que 30 Md$ (23 Md€) pour la période 2010-2012. C’est pourquoi les Etats les plus vulnérables demandent qu’il soit au moins doublé en 2015, au nom de l’urgence de la situation. «Pour l’instant, le Fonds vert n’est qu’une coquille vide. Il faut le remplir et s’entendre sur une aide à moyen terme, à l’horizon 2015», a soutenu le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

Les signaux d’alarme ont en effet été largement actionnés. Si rien n’est fait, le réchauffement devrait atteindre les 4°C d’ici la fin du siècle, a conclu une étude de la Banque mondiale publiée le 19 novembre (voir JDLE). A cette échéance, la hausse du niveau des mers pourrait aussi dépasser 1 mètre, selon une étude publiée le 28 novembre dans la revue Environmental Research Letters (voir JDLE). Le président des archipels océaniens des Kiribati l’a bien compris puisqu’il envisage le déplacement de toute sa population, qui compte plus de 100.000 personnes.

Les Etats insulaires ne sont pas les seuls à réclamer un mécanisme de compensation. Au Bangladesh, le cyclone Allia a entraîné une baisse de 55 à 65% de la production de riz ainsi qu’une hausse des maladies transmises par l’eau et des infections cutanées. Au Salvador, les inondations de 2011 ont détruit les récoltes et fait chuter la croissance du PIB.

Sans surprise, les Etats-Unis ont répondu les premiers à cette demande, pour dire non. La réponse de la Commissaire européenne en charge du climat s’en approche. «Nous sommes ouverts à trouver une solution de compensation mais nous devons encore travailler sur ce mécanisme», a affirmé Connie Hedegaard. La Suisse a suivi la ligne occidentale en refusant de s’engager sur un nouveau montant. Seul, le Royaume-Uni a déclaré ce 4 décembre être prêt à accorder 1,8 milliards de livres sterling (2,2 Md€) pour 2014-2015.

«Cette question peut pourtant décider de la réussite ou de l'échec de la conférence de Doha», analyse le représentant de l'ONG Oxfam, Tim Gore, qui met en garde contre de possibles tactiques de diversion des pays occidentaux sur ce dossier.

De nombreux pays en développement s’opposent par ailleurs à l’Union européenne au sujet de la durée de l’acte II de Kyoto. Ils demandent qu’il n’excède pas 5 ans, au regard de la faiblesse des ambitions, alors que Bruxelles souhaite qu’il dure au moins jusqu’à 2020. Les 190 Etats présents à Doha ont jusqu’à vendredi soir 7 décembre pour parvenir à un accord.

http://aosis.org/3-dec-press-release-from-aosis-ministers/



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