L’agroécologie, une utopie réaliste selon l’Iddri

Le 13 septembre 2018 par Romain Loury
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Un environnement préservé une alimentation plus saine
Un environnement préservé une alimentation plus saine
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Une agriculture européenne entièrement agro-écologique en 2050, c’est possible: c’est ce que démontre une étude de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) rendue publique jeudi 13 septembre. A condition d’adapter l’alimentation, pour la rendre aussi vertueuse d’un point de vue sanitaire qu’environnemental.

C’est l’un des angles d’attaque préférés des partisans de l’agriculture conventionnel: une agriculture entièrement tournée vers l’agroécologie et le bio, qui produisent moins que celle gavée d’intrants (pesticides, engrais chimiques), compromettrait gravement la sécurité alimentaire mondiale.

Certes, les rendements sont généralement moins élevés dans le bio qu’en conventionnel –quoique cela dépende des études. «Mais a-t-on réellement besoin de rendements élevés?», s’interroge Xavier Poux, chercheur associé à l’Iddri et qui travaille au bureau d’études et de recherches AScA (Applications des sciences de l’action), contacté par le JDLE.

En 2050, l’agroécologie totale

Avec Pierre-Marie Aubert, coordinateur de l’initiative Politiques publiques pour l’agriculture européenne de l’Iddri, Xavier Poux a mené une étude de modélisation, le projet TYFA («Ten Years for Agroecology in Europe»), évaluant la faisabilité d’une agriculture européenne entièrement réorientée vers l’agroécologie. C’est-à-dire débarrassée des pesticides et d’engrais de synthèse, redonnant vie aux haies, aux mares et aux habitats pierreux qu’affectionnent les insectes –au bénéfice de la biodiversité.

Bilan: la production agricole européenne serait certes de 30% inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui pour les produits végétaux, de 40% pour les produits animaux. Pourtant, les 530 millions d’Européens de 2050 seraient aussi bien nourris, voire bien mieux, avec un régime moins chargé en viande (dont la surconsommation est de 60% par rapport aux recommandations) et plus riche en fruits et légumes.

Des émissions en baisse de 40%

De plus, l’Europe parviendrait à dégager autant d’excédents de céréales qu’actuellement. Elle serait libre de les exporter, en particulier en cas de crise alimentaire dans les pays de la zone méditerranéenne. En tournant le dos aux tourteaux de soja, importés pour nourrir les bovins, l’agriculture européenne deviendrait plus autonome, et moins émettrice de gaz à effet de serre : -40%, selon les estimations des deux experts.

Si ceux-ci reconnaissent qu’il s’agit d’une utopie, Xavier Poux estime qu’elle n’a rien d’irréaliste: «dans les années 1940-1950, l’agriculture moderne semblait déjà une utopie. [La conversion à l’agroécologie] est en fait une rupture réaliste. Considérer que l’agriculture conventionnelle va pouvoir s’adapter aux changements en cours [climat, pollution, crise de la biodiversité, etc.], est-ce que ce n’est pas cela, la vraie utopie?», s’interroge-t-il.

Et le climat dans tout cela? Plusieurs études l’ont montré: la montée des températures devrait affecter les rendements agricoles, à la baisse dans le sud de l’Europe, à la hausse dans les dans le nord. Quant à la hausse de la teneur en CO2, elle aura plutôt un effet bénéfique sur la végétation. S’y ajoutent l’impact du climat sur les ravageurs agricoles, les épisodes climatiques extrêmes (sécheresse, inondations, etc.). En raison des incertitudes, l’Iddri est partie de l’hypothèse, conservative, d’une absence d’effet.


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