L’agriculture urbaine est sortie de l’utopie

Le 28 janvier 2016 par Yves Leers
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Parc horticole urbain à Lisbonne.
Parc horticole urbain à Lisbonne.
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Les jardins ouvriers avalés par l’urbanisation, les villes tentent aujourd’hui de remettre au goût du jour fruits et légumes cultivés dans l’espace urbain. Mais un tel développement se heurte à la question cruciale du foncier, sauf à s’installer sur les toits comme la ferme Lufa à Montréal.

Ce jeudi 28 janvier à Dunkerque, l’agriculture urbaine a fait son entrée aux Assises européennes de l’énergie. La tendance n’est plus anecdotique. Urbaine ou péri-urbaine, l’agriculture se développe dans les villes, sans doute davantage pour créer une trame verte ou sensibiliser les citadins que pour nourrir ses habitants. De là à dire que l’agriculture urbaine est un levier pour la transition écologique, il y a encore un pas.

Pourtant le mouvement est bien là mais ce n’est pas encore une reconquête de l’espace, compte tenu des enjeux de la ville et de ses besoins de densification. Loin du hytech québécois, Antananarivo a toujours gardé ses rizières en ville, Rosario (Argentine) utilise l’agriculture pour contrer les inondations, New York paye ceux qui plantent pour mieux absorber l’eau de pluie, Detroit doit sa renaissance à l’agriculture, Lisbonne utilise tous les interstices de la ville et Bordeaux tente de reconquérir la vallée du maraîchage. A Rungis, les pleurotes poussent sur un terreau de marc de café et le gisement n’est pas prêt de se tarir grâce aux 15.000 cafés parisiens qui produisent chacun 4 tonnes de marc de café par an.

LA DERNIERE VACHE

Les formes de ces jardins potagers le plus souvent bio varient du tout au tout entre un grand hôtel parisien qui cultive ses légumes sur dalle, les jardins associatifs et sociaux héritiers des jardins ouvriers, qui favorisent la réinsertion des personnes vulnérables, ou encore les jardins partagés sur des friches dans l’attente des bulldozers. A Paris, que la dernière vache a quitté en 1971, la séparation s’est faite au début du XXe siècle pour s’accélérer avec l’étalement urbain, comme l’a précisé Christine Aubry, agronome à AgroParistech-Inra. Aujourd’hui, seuls 30 hectares sont cultivés dans la capitale. Mais selon elle, le problème se situe surtout dans les environs de Paris où l’agriculture industrielle continue à produire des céréales au lieu de se consacrer aux fruits et légumes pour les citadins tout proches. La très productive ceinture maraîchère parisienne a vécu.

éviter la chimie énergivore

Pour Christine Aubry, si le problème lié à l’emprise foncière est bien réel, les avantages de cette nouvelle forme d’agriculture encore émergente en France sont clairs: circuits courts lorsqu’ils sont bien gérés, biodéchets de la ville compostés pour éviter la chimie énergivore, régulation thermique pour lutter contre les îlots de chaleur, mais aussi recréation de liens sociaux grâce à l’implication directe des habitants. La proximité? Les circuits courts ne le sont pas toujours. «L’optimisation de la logistique internationale est souvent plus performante que des circuits courts encore très artisanaux», a-t-elle expliqué. L’exemple de Rosario et de Katmandou montre aussi que les pays en développement ont souvent été pilotes. A Katmandou, 20% des toits ont été plantés pour lutter contre les îlots de chaleur. «Les transferts de technologie Sud-Nord peuvent nous apprendre beaucoup», a-t-elle conclu.

CONSEIL DE GOUVERNANCE ALIMENTAIRE

A Bordeaux, la métropole s’est lancée depuis 2011 dans un programme ambitieux. Une zone d’agriculture urbaine expérimentale a été créée grâce à un beau potentiel foncier, –en particulier dans la «vallée maraîchère», «consciencieusement détruite depuis 50 ans et qu’on essaye de reconstruire grâce à un plan qui permet de figer les terres», comme l’a expliqué Alain de Framond, de la direction de la nature. «Nous sommes partis d’une demande sociale de qualité de vie et de lutte contre le changement climatique en utilisant plusieurs leviers comme celui de l’aménagement du territoire, les avantages des circuits courts et de la qualité. On a même réussi à recréer un ‘carreau de producteurs’ locaux et bio au marché d’intérêt national (Loc’halle bio) mais il nous faut une dynamique de production», a-t-il précisé. Alain de Framond ne cache pas les difficultés liées au foncier «lorsque le mètre carré agricole est à 1 euro et le mètre carré constructible à près de 500 €». Un Conseil de gouvernance alimentaire a même été créé pour développer la production.

tout est parti de la crise

A Lisbonne, tout est parti de la crise. La moindre parcelle de terre disponible est désormais plantée avec la participation des habitants et plusieurs parcs comme le Parque horticola de Chelas ont été partiellement transformés en jardins potagers. C’est une véritable stratégie de résilience climatique et écologique que la capitale portugaise a développé, avec José Sá Fernandes, agronome et maire adjoint de Lisbonne. Gérée par les habitants eux-mêmes, l’agriculture urbaine a ainsi un rôle social allant de pair avec d’autres initiatives écologiques qui créent du lien entre les habitants; un lien essentiel pour les aider à sortir de la crise économique dont l’impact a été très dur au Portugal.



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