L’agriculture mondiale toujours plus vulnérable au climat

Le 07 janvier 2016 par Romain Loury
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Au Nord, -19,9% de production les années sèches
Au Nord, -19,9% de production les années sèches

Conséquences du réchauffement climatique, les sécheresses et les températures élevées frappent plus durement l’agriculture depuis les années 1980, révèle une étude publiée mercredi 6 janvier dans Nature. Et c’est dans les pays développés, champions de la monoculture intensive, que les dégâts sont les plus prononcés.

S’il était encore besoin d’une preuve que le réchauffement n’est pas qu’une menace à venir, en voici une: depuis une trentaine d’années, les événements climatiques extrêmes, sécheresses et canicules en tête, tendent à affecter la production agricole de façon bien plus marquée. C’est ce que révèle l’étude menée par Corey Lesk, de l’université McGill de Montréal, et ses collègues, qui ont analysé les productions céréalières de 177 pays entre 1964 et 2007 en fonction de ces accidents climatiques.

Depuis 1985, les années de sécheresse ont ainsi occasionné une diminution moyenne de 13,7% de la production céréalière dans les pays affectés, contre 6,7% sur la période 1964-1984.

Selon les chercheurs, cette hausse «pourrait être due à l’association de plusieurs facteurs, tels qu’une plus grande sévérité des sécheresses (sujet encore en débat au niveau mondial), une vulnérabilité accrue [de l’agriculture], une plus grande exposition à la sécheresse, peut-être aussi des changements dans la déclaration des chiffres de production».

La sécheresse et la chaleur font jeu égal

Sur l’ensemble de la période 1964-2007 et toujours au niveau mondial, les chaleurs extrêmes arrivent, en termes d’impact, juste derrière les sécheresses avec respectivement 9,1% et 10,1% de production céréalière en moins, en moyenne, les années où elles sévissent et dans les pays qu’elles touchent. L’équipe n’a en revanche noté aucun effet notable lors des années à inondations ou de grand froid.

Nuance de taille, les sécheresses touchent aussi bien le rendement que la surface cultivée, tandis que les canicules n’affectent que le rendement. Selon les chercheurs, cette divergence s’expliquerait par le fait que les sécheresses durent souvent plusieurs années, incitant les agriculteurs à réduire la voilure.

Les pays riches plus fragiles

Autre surprise de l’étude, les sécheresses ont plus d’impact sur la production des pays riches (-19,9% les années où elles frappent) que sur celle des pays en développement: -12,1% en Asie, -9,2% en Afrique, mais aucun effet significatif en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Parmi les raisons avancées, les chercheurs évoquent «une tendance des pays à faible revenu à favoriser une agriculture plus diversifiée (type de production ou de gestion) et sur de plus petits champs, ce qui permet de mieux résister à la sécheresse que les pays riches, dominés par les monocultures à grande échelle».

Autre hypothèse, les paysans du Sud, plus au fait des aléas climatiques, adoptent plutôt des stratégies de minimisation des risques, alors que ceux du Nord sont avant tout tournés vers la maximisation des rendements. Une orientation qu’il faudra peut-être revoir au plus vite, au vu des tendances attendues.



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