L’agriculture intensive dans l’ombre des négociations sur la diversité biologique

Le 02 mars 2020 par Stéphanie Senet
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La 2e session de travail pré-COP s'est conclue le 29 février à Rome
La 2e session de travail pré-COP s'est conclue le 29 février à Rome

Réunis à Rome du 24 au 29 février, les Etats parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) ont débattu de la première version de la feuille de route post-2020 publiée le 13 janvier par le secrétariat exécutif. Si l’objectif lié aux aires protégées semble sur le point d’être accepté, les véritables enjeux pourraient passer à la trappe.

Coronavirus oblige, c’est à Rome que s’est tenue la deuxième des trois sessions de travail organisées en amont de la COP15, toujours prévue à Kunming (Chine) en octobre prochain. L’objectif de protéger, en 2030, au moins 30% de zones terrestres, dont 10% en protection stricte, défendu par la France et le Costa Rica et inscrit dans le premier draft, n’a pas été remis en cause.

 «Pour l’instant, nous avons été rejoints par la Belgique, la Suisse, l’Espagne, le Luxembourg, la Finlande, mais pas encore l’Allemagne», affirme au JDLE Yann Wehrling, ambassadeur français à l’environnement. «L’objectif est d’atteindre une soixantaine de pays à Marseille, lors du congrès de l’UICN[1] en juin prochain. Mais il restera encore plusieurs questions à trancher. A ce stade, nous n’avons pas encore avancé sur le degré de protection et la gouvernance», poursuit-il.

La seule référence internationale existant en la matière est la liste de l’UICN, qui sépare les aires protégées en six catégories. Autre sujet d’inquiétude: la convention onusienne devant être adoptée sur le mode du consensus, et non du vote majoritaire, le moindre Etat dispose d’un droit de veto.

Pesticides et plastiques à la trappe?

Deuxième objectif inscrit dans le premier brouillon, la réduction de la pollution par les engrais, pesticides et plastiques (pourcentage à préciser) a pour sa part suscité quelques levées de boucliers. «Certains pays souhaitent se focaliser sur une protection traditionnelle de la biodiversité sans s’attaquer aux modes de production et de consommation», affirme Marco Lambertini, directeur général du WWF International. «Parmi ces Etats, on trouve le Brésil mais l’opposition à la mention des pesticides et des plastiques est assez générale, y compris au sein de l’Union européenne», précise Yann Wehrling.

L’agriculture sur la table

Selon Aleksandar Rankovic, en charge du sujet à l’Iddri[2], «les négociations ne doivent pas occulter les vrais enjeux pour réduire l’érosion de la biodiversité, c’est-à-dire le changement des pratiques agricoles». «C’est une chose de mentionner les pollutions, c’est en est une autre d’imaginer comment la CDB peut intervenir dans le secteur agricole».

Selon l’expert, les arbitrages se joueront au niveau national entre les ministres de l’environnement, en charge des questions de biodiversité, et les ministres de l’agriculture, qui défendent souvent des intérêts contradictoires. Autre piste: le secrétariat de la CDB doit travailler plus étroitement avec d’autres institutions internationales, dont la FAO. «Il faut absolument repenser le modèle agro-alimentaire en agissant sur les incitations publiques. Sinon la protection de la biodiversité restera lettre morte», conclut le coordinateur de l’Iddri.

 



[1] Union internationale pour la conservation de la nature

[2] Institut du développement durable et des relations internationales