L’agriculture française devra s’adapter aux changements climatiques

Le 13 mai 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'avenir du maïs semble compromis au sud de la Loire.
L'avenir du maïs semble compromis au sud de la Loire.
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Une note du ministère de l’agriculture l’affirme, le réchauffement réduira l’accès facile à l’eau. D’où la nécessité pour les agriculteurs de s’adapter aux conséquences annoncées des changements climatiques.

Accroissement démographique, urbanisation, changements climatiques. Ces trois problématiques sont autant d’appels à l’amélioration de notre gestion de l’eau. Notamment dans le secteur de l’agriculture. Non que les paysans soient les principaux demandeurs d’or bleu. En France, l’irrigation[1] représente, bon an, mal an, 12% de la consommation d’eau, loin derrière l’énergie (60%) ou nos besoins domestiques (18%). Mais le secteur primaire est peut-être celui qui dispose de la plus grande marge de manœuvre.

Alors que l’utilisation de l’eau fait déjà l’objet de tensions dans certaines régions de l’Hexagone, le ministère de l’agriculture cherche à préciser les enjeux d’un assèchement annoncé. Son centre d’études et de prospective (CEP) a ainsi comparé trois exercices récents de prospective: Aqua 2030, Garonne 2050 et Explore 2070. Ces trois études n’ont pas été choisies au hasard.

Désagrégation des modèles

Commandée par la mission prospective du Commissariat général au développement durable, la première se propose de réfléchir conjointement au devenir de la qualité et de la quantité de la ressource, au regard des interactions entre milieux aquatiques et dynamiques territoriales. Se projetant au milieu du siècle, la seconde prépare le travail des rédacteurs de la stratégie d’adaptation du schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux du bassin de la Garonne pour la période 2016-2021. Le troisième travail, enfin, vise à élaborer et évaluer des stratégies d’adaptation au changement climatique. Même si elles utilisent des méthodes distinctes et visent des horizons temporels différents, ces trois études apportent des enseignements complémentaires.

 

Dans l’hypothèse où le climat français se réchaufferait de 1,4 à 3°C (scénario A1B du Giec[2]) d’ici 2050, la pluviométrie estivale baisserait de 16 à 23% (par rapport à la période 1961-1990). Les débits annuels des cours d’eau diminueraient de 10 à 40%. Enfin, la recharge des nappes serait à la baisse, de 10 à 25%, selon les bassins.

 

Les deux dernières régionalisent les résultats de modélisations climatiques globales, lesquelles prennent en compte l’évolution de la température de l’air, du régime de précipitations, l’évapotranspiration potentielle, les épisodes de sécheresse et de canicule, le couvert neigeux. A partir de cette «désagrégation» des modèles climatiques globaux, les prospectivistes modélisent l’hydrologie de surface et souterraine. Ce qui permet d’évaluer débit des cours et niveau des nappes phréatiques. Il en ressort que le réchauffement aura un fort impact sur la disponibilité de la ressource (voir encadré), en raison d’un accroissement de l’évapotranspiration et d’une réduction annoncée de la pluviométrie. En prenant en compte l’évolution démographique, les usages de l’eau, les fuites des réseaux, le mix énergétique et l’aménagement du territoire, ces études produisent une multitude de scénarios.

Pas soutenables les tendanciels

Présentés comme non soutenables, les «tendanciels» parient, en général, sur une stagnation ou une réduction de la surface agricole utile (SAU) et une montée en puissance de l'agriculture extensive et de l'agriculture raisonnée. Quelques-uns annoncent une réduction drastique du nombre d’exploitations: jusqu’à – 90% en Adour-Garonne en 2050. Un bassin où les maïsiculteurs devront, à long terme, probablement changer de culture (moins de maïs irrigué, plus de céréales sèches). D’autres, enfin, parient sur une technicisation plus poussée ou sur une coexistence entre l’intensif raisonné pour les exportations et l’extensif multifonctionnel pour la consommation locale.

La fin de l’eau abondante

Comme l’avait fait avant elles le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), les trois études soulignent que dans tous les cas de figure, l’environnement sera durement touché par le réchauffement, avec des conséquences à la clé. La disparition de l’humus dans les régions de grandes cultures fait s’interroger sur la pertinence de ces productions dans des régions qui seront régulièrement frappées par la sécheresse. La canicule n’épargnera pas non plus le bétail et autres animaux d’élevage.

La fin de l’eau abondante exacerbera les conflits d’usage. Et d’ores et déjà, le ministère de l’agriculture n’exclut pas que l’agriculture puisse servir de variable d’ajustement dans certaines régions, «face aux usages plus prioritaires comme l’eau potable».

Finalement, tous ces exercices de prospective et de modélisation soulignent l’importance des tensions à venir et la nécessaire adaptation du secteur agricole, sous l’effet du réchauffement, mais aussi, explique Elise Delgoulet du CEP, sous la contrainte d’autres effets globaux. D’où l’importance de développer des solutions adaptées à chaque territoire pour accroître l’offre (plus de stockage et de retenues) tout en diminuant les usages (développement des rotations culturales et de la pluriactivités, valorisation des variétés végétales et des races animales résistantes à la chaleur).

 

C’est à ce prix et à ce prix seulement que la France restera la 4e puissance mondiale agricole.

 



[1] Moins de 6% de la surface agricole utile sont actuellement irrigués.

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

 



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