L’agriculture climato-intelligente, concept flou et impopulaire

Le 27 février 2017 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La CSA, porte ouverte à une agriculture polluante?
La CSA, porte ouverte à une agriculture polluante?
DR

L’agriculture climato-intelligente (en anglais Climate-Smart Agriculture, CSA) s’attire toujours aussi peu de partisans du côté des ONG. Celles-ci lui reprochent de n’être rien d’autre qu’un outil de «greenwashing» aux mains des multinationales de l’agroalimentaire.

Lancé en 2010, le concept d’agriculture climato-intelligente vise à répondre aux trois grands défis qui se posent à la production alimentaire au cours du 21ème siècle: adaptation aux conséquences du réchauffement climatique, dont l’agriculture est victime; atténuation des émissions de gaz à effet de serre, dont elle est responsable d’environ un quart de celles d’origine humaine; sécurité alimentaire, avec la nécessité de répondre à une demande croissante.

Si ce triple objectif paraît vertueux, nombreuses sont les ONG à critiquer la CSA. Pour comprendre pourquoi, il suffit de jeter un œil à la liste des membres de l’Alliance mondiale pour l’agriculture climato-intelligente (GACSA): outre quelques pays et instituts de recherche, «Big Ag» y est très bien représentée. Entre autres par l’industrie des fertilisants minéraux, dont les produits constituent une source majeure de gaz à effet de serre.

De l’industriel, mais «climate-friendly»

En septembre 2015, 77 ONG signaient une lettre ouverte expliquant pourquoi elles ne rejoignaient pas la GACSA. Parmi elles, Greenpeace: interrogé par le JDLE, le directeur des politiques agricoles de Greenpeace Europe, Marco Contiero, ne voit derrière la CSA qu’une façon pour les multinationales «de continuer l’agriculture industrielle, mais de façon ‘climate-friendly’». Par exemple, en s’accrochant aux monocultures d’OGM arrosées de pesticides, mais sans labour.

«Si on veut vraiment changer le système, il faut comprendre quelles sont les causes à l’origine de la situation environnementale actuelle: c’est tout simplement l’usage excessif de certains de ces produits, tels que les fertilisants et les pesticides, et la surconsommation de protéines animales», juge Marco Contiero. Autant d’habitudes que plusieurs membres de la GACSA ont peu envie de bouleverser.

Même constat pour Laurent Levard, chargé de programme agriculture au Gret (ONG de développement solidaire, également signataire de la lettre ouverte de 2015): «l’agriculture productiviste a eu des effets positifs lors de la Révolution verte, mais nous sommes maintenant dans l’impasse. C’est un modèle qui est inadapté à nombre de paysanneries à travers le monde, qui contamine l’homme et l’environnement, et qui contribue au réchauffement».

Favorable, comme Greenpeace, à une approche agroécologique, le Gret dénonce «la définition de la CSA, assez large pour qu’elle constitue un véritable fourre-tout». Quant à la GACSA, «ses contours sont très flous, et son financement provient surtout d’acteurs capables d’apporter assez d’argent pour défendre les projets qui les intéressent: les grandes multinationales qui font du ’greenwashing’», estime Laurent Levard.

Le Cirad pour une CSA agroécologique

Tous les membres de la GACSA sont-ils pour autant d’affreux partisans de l’agriculture industrielle? Pas forcément. Exemple le Cirad[i], défenseur dans les pays en développement de l’agroécologie et d’une agriculture familiale.

Interrogé sur l’opposition des associations, Emmanuel Torquebiau, chargé de mission changement climatique au Cirad, constate que «la définition est basée sur des objectifs, pas sur les moyens de les atteindre». Au risque que certains, y compris au sein de la GACSA, dévoient la notion de CSA pour «y mettre des choses pas très agroécologiques».

«Nous sommes conscients de cela, mais ce n’est pas quelque chose qui est propre à la CSA», ajoute Emmanuel Torquebiau: «l’objectif est de nourrir la planète, et il y a plusieurs moyens d’y parvenir: l’agroécologie, le bio, l’agriculture industrielle… c’est évidemment quelque chose qu’il faut regarder, mais pas plus dans la CSA que dans l’agriculture en général».

Du côté des ONG comme du Cirad, on se montre plus confiant quant à l’initiative «4 pour 1.000», fondée afin de promouvoir le stockage de carbone dans les sols agricoles. Notamment quant à sa gouvernance: les membres ayant des activités lucratives ne peuvent participer qu’au «forum», son instance consultative, et non au «consortium», instance décisionnelle. Mais aussi quant à la mise en place d’un référentiel, permettant d’évaluer si les projets cadrent bien avec les objectifs. Une démarche mieux cadrée, raison pour laquelle les ONG ont adhéré en masse à «4 pour 1.000».



[i] Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus