L’agence francilienne des espaces verts six pieds sous terre

Le 06 juin 2016 par Marine Jobert
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Vue d'un parc.
Vue d'un parc.
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La Cour des comptes vient de rendre un rapport sur la politique de l’Ile-de-France en matière d’espaces verts, de forêts et de promenades. Le bilan est mitigé. En cause, l’Agence des espaces verts, le bras armé de la région. La Cour des comptes réclame sa disparition.

Le Francilien manque sacrément de verdure. La Cour des comptes, qui consacre un rapport à la politique en matière d’espaces verts, de forêts et des promenades menée en Ile-de-France, a estimé le différentiel entre les ambitions tracées dans les années 1960 et aujourd’hui. Et le jugement est clair: «Depuis l'engagement en 1964 de la première politique publique en cette matière, les objectifs d'acquisitions ou de créations ‘d'espaces verts’ publics, retenus à l'époque pour une région dont la population avait été estimée à 14 millions d'habitants à l'horizon 2000, n'ont pas été atteints». Dans la ligne de mire de la rue Cambon: l’Agence des espaces verts (AEV), déjà étrillée par un rapport de la Cour des comptes d’Ile-de-France en avril 2016.

La Cour des comptes salue les efforts, d’ici 2030, de la région: création de 2.300 ha de parcs et jardins, plantation de 500 ha de forêts, préservation de 45 fronts urbains d'intérêt régional, de 76 espaces de respiration pour limiter l'étalement urbain, de 158 continuités écologiques, de 132 liaisons vertes et de 92 liaisons agricoles et forestières.

10 m2 au quotidien

En effet, il manque 45.700 hectares de forêts publiques, 1.040 ha d'espaces verts urbains et 23.770 ha de bases de plein air et de loisirs pour aligner l’Ile-de-France sur les standards qui ont cours aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne (et qui avaient été adoptés par la région à l’époque). Dans ces deux pays aux villes souvent verdoyantes et aérées, on vise un objectif de 10 mètres carrés d'espaces verts publics par habitant pour les espaces verts urbains ou de proximité, et de 25 m2 pour les espaces de fin de semaine, en tenant compte des forêts urbaines et des espaces péri-urbains forestiers et boisés. 50 ans plus tard, au moins 193 communes d'Ile-de-France connaissent actuellement, «à des degrés divers», une situation de carence en offre d'espaces verts publics de proximité. Pour le seul périmètre de la métropole du Grand Paris, 80 communes et 18 des 20 arrondissements de Paris sont dans la même situation de déficit d'espaces verts publics de proximité, constate la Cour des comptes.

L’AEV en accusation

Comment en est-on arrivé là? C’est une lente dérive de la gouvernance et, partant, des deniers publics, que décrit la Cour des comptes. En cause: le manque total de coordination entre les départements et la région d’un côté et l’Agence des espaces verts de l’autre. Créée en 1976 pour «mettre en œuvre la politique régionale en matière d'espaces verts, de forêts et de promenades, et coordonner en ces domaines les actions de la région avec celles de l'Etat et de ses établissements publics», elle a subi tour à tour les effets de la décentralisation, de négligences successives et d’une gestion trop laxiste. Les rares exemples retenus sont désastreux: «36% seulement des 16 millions d’euros de subventions attribuées par l'agence sur la période de 2009 à 2013 l'ont été pour des opérations en zones carencées en espaces verts.» Aujourd’hui, «l'agence ne joue plus aucun rôle de coordination comme c'était initialement prévu par la loi, estime t-elle. Que cela soit en termes de gouvernance, de financement ou d'activités, la région Ile-de-France peut désormais exercer sa compétence en matière d'espaces verts, de forêts et de promenades sans avoir recours à un établissement public ad hoc.» La Cour des comptes recommande que ces missions soient intégrées aux services de la région Ile-de-France, ce qui serait vecteur d’économies.

Agence en sursis

La région restant sourde à toute idée de supprimer cette agence, voire de mutualiser les moyens (la Cour des comptes régionale avait pourtant estimé à 25% les économies potentielles ainsi réalisées sur les effectifs de l’AEV), Didier Migaud en appelle à l’échelon supérieur: les ministres à l’environnement et à l’aménagement du territoire. En espérant qu’ils donneront l’estocade à l’agence par le biais d’un article de la loi sur la biodiversité en cours de discussion. Il réclame un peu plus de clarté dans les investissements publics en matière d'espaces verts afin d'assurer l'information des usagers et contribuables et de réexaminer, dans le fatras des compétences revisitées et empilées depuis 1982, les compétences et les ressources de la région en la matière.

C’est la quadrature du cercle: comment concilier la construction de 70.000 logements et la création de 28.000 emplois, dans une zone ‘urbanisable’ qui ne doit pas dépasser 1.300 ha par an, tout en offrant aux nouveaux Franciliens leurs 10 m2 réglementaires et en rattrapant ceux qui manquent? Les tensions se concentrent sur la ‘ceinture verte’, soit les 483 communes situées dans un rayon de 15 à 35 km des limites extérieures de Paris depuis le dernier schéma directeur de la région IDF de 2013. La Cour préconise un effort de coordination des investissements de tous les acteurs publics et, pour la région, «une hiérarchisation et une rationalisation accrues de ses interventions. Ainsi, les 55 périmètres d'intervention foncière de la région Ile-de-France (PRIF) sont à mettre en cohérence avec les objectifs d'intérêts régionaux arrêtés dans le SDRIF 2013».

 

 



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