L’Afrique du Sud va taxer son carbone

Le 29 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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77% du courant sud-africain est produit par des centrales au charbon.
77% du courant sud-africain est produit par des centrales au charbon.
Eskom

Frappant les émissions directes des entreprises, cette taxe ne pèsera pas beaucoup sur leurs activités.

 

La 4e fois aura été la bonne. Après trois tentatives depuis 2010, l’Afrique du Sud se dotera finalement d’une taxe carbone. A trois reprises, les industriels avaient réussi à retarder l’échéance. C’est terminé. Le 26 mai, le président Cyril Ramaphosa a promulgué la loi instaurant le Carbon Tac Act, dont l’entrée en vigueur est fixée au 1er juin.

Les entreprises devront déclarer au ministère de l’environnement leurs émissions directes de gaz à effet de serre (scope 1). Emettre une tonne de GES coûtera ensuite 120 rands (7,3 euros). Voilà pour le principe. Car la loi prévoit aussi toute une série d’exemptions.

nombreuses exemptions

Durant la première période d’engagement (2019-2023), 60% des émissions seront exemptées. Les entreprises dont les procédés industriels sont propices aux fuites de GES (raffinages, transport de gaz) bénéficieront aussi d’une remise de 10%. Tout comme les compagnies qui achèteront des crédits carbone pour assurer leur conformité ou celles qui sont concurrencées par des sites installés dans des pays sans contrainte carbone.

Un espoir. Environ 80 pays pourraient annoncer un rehaussement de leurs ambitions climatiques, a indiqué le 28 mai Luis Alfonso de Alba, envoyé spécial de l’ONU pour le sommet sur le climat. L’ONU a convoqué les chefs d’Etats et de gouvernements à New York, le 23 septembre prochain, pour faire le point sur les engagements climatiques de la communauté internationale.

En les cumulant, les exemptions pourraient s’appliquer à 95% des rejets d’une entreprise, au maximum. Selon les simulations réalisées par le Trésor sud-africain, le niveau réel de taxation devrait osciller pour la première année entre 6 et 48 R/t de GES (0,36 et 2,9 €).

Chaque année, le montant de la taxe augmentera au même niveau que l’inflation plus 2% jusqu’à 31 décembre 2022. Malgré cette inflation annoncée, les effets sur le pouvoir d’achat devraient être assez modestes, espère le gouvernement.

un pas dans la bonne direction, mais ...

Les observateurs sont d’ailleurs partagés quant à l’utilité de cette mesure. Les plus optimistes se félicitent qu’un grand pays émergent, charbonnier de surcroit, tarifie enfin les émissions de GES des entreprises.

D’autres estiment que cette contrainte est trop légère pour engager la décarbonation de l’économie sud-africaine. «C’est un pas dans la bonne direction, estime Glen Tyler-Davies de l’ONG 350Africa.org, mais il est clairement insuffisant pour faire évoluer les comportements des pollueurs

Le gouvernement espère collecter près de 2 MdR (122 M€), cette année. Pas certain que cela suffise à financer la transition énergétique d’un pays de 55 millions d’habitants, émettant près de 500 Mt/an GES et la France, un peu plus que la France.



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