L’AE pas convaincue par l’étude d’impact du parc éolien de Fécamp

Le 26 juin 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une étude d'impact jugée insuffisante
Une étude d'impact jugée insuffisante

Dans son avis, l’Autorité environnementale critique les imprécisions du maître d’ouvrage, mais aussi les insuffisances de l’Etat.

 

C’est l’un des programmes phares de l’éolien marin français. Au large de la côte d’Albâtre, entre Fécamp et Etretat (Seine-Maritime), le consortium Eolien maritime France[1] (EMF) prévoit d’installer 83 turbines Alstom de 6 mégawatts de puissance unitaire. Ces machines devraient produire environ 1.800 gigawattheures par an. Elles seront reliées à une sous-station électrique et au continent par 173 kilomètres de câble sous-marin et souterrain. Voilà pour le projet.

Conformément à la réglementation, l’Autorité environnementale (AE) a été saisie du dossier, non pas pour statuer sur l’opportunité du projet de parc, mais sur la qualité de l’étude d’impact réalisée par le maître d’ouvrage. Et en la matière, l’institution du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) n’est pas entièrement satisfaite.

 

Photomontages

Dans son avis, rendu public jeudi 25 juin, l’AE ne se dit pas convaincue par les photomontages montrant le peu d’impact visuel du futur champ, notamment depuis les célèbres falaises d’Etretat, chères à Maurice Leblanc et à Valère Catogan.

L’érection des turbines ne sera pas sans douleur, non plus, pour la faune marine. La mise en place des 83 Haliade 150 nécessitera le dragage de 15.000 mètres cubes de matériau par éolienne. De quoi bouleverser près de 130 hectares de fonds marins. De 4.000 à 6.000 tonnes de béton devront être coulées dans le sous-sol marin pour chaque fondation. De plus, leur ballastage nécessitera 190.000 m3 de béton, 460.000 m3 de granulats et 360.000 m3 de matériaux divers.

 

Du câble dans les harengs

A cela, il faut ajouter l’ensouillage de 134 km de câbles à haute tension (225 kilovolts) et de fibres optiques qui remue quelque peu le fond marin. Environ un quart de cette longueur devra être protégé par des enrochements. «L’AE recommande au maître d’ouvrage de réexaminer les conclusions sur les impacts des installations en mer et de l’atterrage.» Pas idiot, si l’on se souvient que le tracé du câble de raccordement à la terre passe en pleine frayère de harengs.

Pour limiter leur corrosion, chaque fondation sera dotée d’un dispositif de protection, appelé anode sacrificielle. Composées d’aluminium et de zinc, ces installations concentrent sur elles la corrosion. Problème, estime l’AE, on connaît peu l’impact sur la qualité de l’eau «de chacune des formes chimiques des éléments qu’elles relarguent».

Sans surprise, l’AE demande à EMF «d’affiner le niveau d’enjeu par espèce à l’échelle locale et au niveau de la région sous-marine». Le consortium est aussi prié «d’évaluer plus précisément les impacts induits par la préparation des surfaces d’assises des fondations gravitaires».

Le bilan carbone de la construction du parc est estimé à 600.500 tonnes équivalent CO2. Cette empreinte pourrait être allégée de 22.000 t si les métaux des machines sont recyclés.

Effet barrière

Les machines choisies par le maître d’ouvrage sont parmi les plus hautes du marché: leur moyeu culmine à 110 mètres au-dessus de la mer et la hauteur des éoliennes atteint 184 m en bout de pale. Conçues pour fonctionner avec des vitesses de vent comprises entre 3 et 25 m/s, leur vitesse de rotation oscille entre 4 et 11 tours par minute. En bout de pale, la vitesse peut atteindre 324 km/h. Quel peut être l’impact sur les oiseaux?

EMF ne le dit pas précisément, estime l’AE, qui souligne que l’estimation de la vulnérabilité des espèces d’oiseaux présentée par le maître d’ouvrage «provient d’une synthèse entre différents travaux de recherche [qui] ne conduisent pas systématiquement à des caractérisations convergentes». L’AE demande, là encore, «de nuancer dans la caractérisation des enjeux certaines appréciations rapides». L’AE s’inquiète d’un possible effet barrière que le parc éolien pourrait produire vis-à-vis des fulmars, mouettes, goélands, faucons pèlerins, fous de Bassan, macareux et autres cormorans.

L’AE recommande aussi d’éviter les périodes les plus sensibles pour la faune dans le calendrier d’exécution des travaux; un calendrier plus souvent dicté par la météo marine que par la préservation des espèces naturelles.

Sévère pour le maître d’ouvrage, l’Autorité environnementale tape également sur les doigts des pouvoirs publics. Il est regrettable, estime-t-elle, «que la décision nationale de développer l’énergie éolienne offshore n’ait pas été aussitôt accompagné de l’effort de recherche approprié pour compléter ces connaissances. […] L’Etat devait donner un poids plus important aux critères environnementaux et paysagers dans les appels à projets ultérieurs.»

Message a priori entendu par la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). Son prochain appel à projets devrait porter sur l’éolien flottant, dont les parcs seront situés bien plus au large que ceux de l’éolien posé.

 

 

 



[1] Composé d’EDF EN et de Dong Energy Wind Power.

 



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