L’administration Trump sape la loi sur la qualité de l’eau

Le 27 janvier 2020 par Stéphanie Senet
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Zones humides, ruisseaux et canaux de navigation privés de protection
Zones humides, ruisseaux et canaux de navigation privés de protection
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Comme annoncé en septembre dernier, l’administration fédérale américaine restreint l’application de la réglementation sur l’eau en abrogeant une mesure prise sous Obama. Le Président Trump l’a confirmé le 22 janvier lors du congrès annuel des agriculteurs (American Farm Bureau) à Austin (Texas).

Au mépris de l’environnement, les nouvelles règles permettront à des propriétaires fonciers de construire dans des zones humides sans autorisation préalable. Même carte blanche pour déverser des substances potentiellement toxiques, comme des pesticides, dans des petits cours d’eau, des canaux de navigation ou des zones humides. Des masses d’eau qui sortent de la réglementation fédérale, exposant des millions d’Américains à des pollutions potentielles de l’eau potable.

Des eaux en réseau

L’administration Trump abroge en effet le Waters of the United States de 2015, qui élargissait –sous la présidence Obama- la protection fédérale à certaines masses d’eau. Une mesure faisant écho à deux décisions de la Cour Suprême datant de 2001 et 2006. Les juges avaient en effet ouvert la porte à un élargissement de la règlementation, pour couvrir les ruisseaux et les zones humides connectées à d’autres masses d’eau. Cette évolution s’appuyait aussi sur 1.200 études scientifiques identifiant les points d’eau connectés à des eaux en aval.

Permis de polluer

Depuis 2015, les agriculteurs ne pouvaient plus effectuer certains types de labour, ni planter certaines cultures lorsque leurs terres étaient situées près de ces masses d’eau. Ils devaient par ailleurs demander une autorisation à l’EPA pour pouvoir utiliser des engrais et des pesticides. Mais Trump leur donne désormais carte blanche pour les polluer. Cette mesure, également favorable aux sociétés minières, pétrolières et gazières, était d’ailleurs un argument de campagne du candidat républicain, qui a donné un coup de semonce à près d’une centaine de mesures environnementales depuis son arrivée au pouvoir.

Un grand recul et des procès à venir

 «Il s’agit du plus grand recul de la législation protégeant l’eau que le pays ait connu dans son histoire», a commenté Blan Holman, avocat au Southern Environmental Law Center. «Des eaux protégées depuis près de 50 ans ne le seront plus», a ajouté Patrick Parenteau, professeur de droit de l’environnement à Vermont Law School. «Cela va être le chaos. Nous allons avoir des poursuites judiciaires partout pour savoir si telle masse d’eau est concernée ou non», estime pour sa part Richard Lazarus, professeur de droit de l’environnement à la Harvard Law School. Une plainte a d’ailleurs déjà été déposée par 44 employés actuels et passés de l’EPA[1]. «La nouvelle règle contredit le consensus scientifique sur la connexion des zones humides avec les masses d’eau et ignore les impacts qu’elles peuvent avoir en aval», écrivent-ils.

 



[1] La plainte a été déposée au bureau de l’inspecteur général de l’EPA