L’Ademe appelle à doubler la «taxe carbone» à la française

Le 30 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Frédéric Boissier et Bruno Lechevin plaident pour un doublement de la taxe carbone française.
Frédéric Boissier et Bruno Lechevin plaident pour un doublement de la taxe carbone française.
Yves Leers

Il faudra investir plus de 1.000 milliards d’euros, en trois décennies, pour réussir la transition énergétique, estime l’Agence.

Comment critiquer l’insuffisance d’une loi, récemment votée, sans rien y laisser paraître? Délicat exercice auquel s’est livré, ce jeudi 30 juin, l’équipe dirigeante de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Dans un discret café parisien, le staff du bras séculier du ministère de l’environnement avait convié quelques journalistes. Officiellement, il s’agissait de commenter les grands résultats d’une étude sur les «impacts macro économiques de la transition énergétique».

Trois scénarios renouvelables

En clair, combien une transition énergétique bien engagée est-elle susceptible de rapporter à la société? Les économistes de l’Agence ont étudié trois scénarios à 2050: toute l’électricité de France est produite à partir d’énergies renouvelables (100% ENR); toute l’électricité est produite à partir des énergies renouvelables les mieux acceptées (photovoltaïques et énergies marines, pour l’essentiel); les renouvelables ne fournissent ‘que’ 80% des électrons tricolores. Ces trois variantes étant comparées à un scénario tendanciel qui verrait la France consommer 115 millions de tonnes équivalent pétrole par an (Mtep/an) d’énergie finale[1].

 

In extremis. A quelques heures de l’échéance légale, le ministère britannique de l’énergie et du climat (Decc) a publié le 5e budget carbone du Royaume. Durant la période 2028-2032, le Royaume-Uni s’autorise à émettre, en moyenne, 340 MtéqCO2 par an. Soit 57% de moins qu’en 1990, année de référence.

 

Dans les trois premiers cas, la France a massivement investi dans l’amélioration de la performance énergétique de ses bâtiments, de ses usines et de ses bureaux. Résultat: la consommation d’énergie finale atteint tout juste 83 Mtep/an: 28% de moins que dans le scénario business as usual.

Forte hausse du prix du kWh

Bien que le montant du prix moyen du kilowattheure bondisse de 38% à 66% par rapport au tarif régulé actuel, le montant de la facture énergétique des ménages diminue sensiblement. Comme quoi habiter un logement à basse consommation (voire à énergie positive), ça a du bon! Mieux, les Français vont ainsi voir progresser leur revenu disponible. Dans son étude, l’Ademe estime ainsi le pay-back de la transition énergétique à environ 2.000 € par ménage. Ou à 255 Md€ de plus que le scénario tendanciel.

 

La transition énergétique ne fera pas que des heureux. Créateurs d’emplois, les trois scénarios de l’Ademe mettent tout de même à la porte plusieurs dizaines de milliers d’ingénieurs et de techniciens de centrales fossiles et nucléaires et d’unités de production, de transformation et de stockage de combustibles fossiles.

 

Car, grâce aux investissements considérables réalisés pour isoler nos bureaux et logements, construire des écoquartiers, bouleverser le bouquet énergétique et le parc de véhicules, la croissance sera revenue. Les trois scénarios ENR «pourraient conduire à un niveau de PIB de 3,6 à 3,9% supérieur à celui du scénario tendanciel», affirme l’Ademe. De quoi réduire de moitié ou presque le nombre de chômeurs. «Les trois variantes, complète Fabrice Boissier, directeur général délégué, contribuent à créer plus de 800.000 emplois, ce qui permet de faire tomber à 5% environ le pourcentage de sans-emploi, contre 8% dans le scénario tendanciel.»

1.056 milliards très précisément

Evidemment, tout cela coûtera des sous. Pour simplifier, la France devra, sur la période 2016-2050, accroître de 7 à 9% ses investissements si elle veut rester dans la voie du Facteur 4[2]. Soit un montant de 1.056 Md€, tout compris. Les dispositifs actuels ne suffisent pas, a convenu Bruno Lechevin.

Le président de l’Ademe plaide ainsi pour un alourdissement sensible de la tarification du carbone. Un exemple: la composante carbone des taxes intérieures sur la consommation des produits énergétiques polluants. Adoptée par le Parlement, la trajectoire de cette ‘contribution Climat Energie’ est de 55 €/tCO2, en 2020 et 100 €/CO2 en 2030. Très insuffisant pour Bruno Lechevin qui, tout en les considérant «très positifs», suggère tout de même de doubler ces montants. Reste à savoir si ces considérants seront entendus par les parlementaires qui préparent actuellement le projet de loi de finances 2017.

 

 



[1] Contre 164 Mtep/an comptabilisées en 2014.

[2] La division par quatre des émissions de gaz à effet de serre.

 



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