Mieux comparer agriculture bio et conventionnelle

Le 18 mars 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les critères de l'ACV s'avèrent trop limités
Les critères de l'ACV s'avèrent trop limités

Une étude publiée le 16 mars dans Nature Sustainability, montre que l’analyse du cycle de vie (ACV) néglige souvent des questions essentielles pour comparer de façon équilibrée les impacts sur l'environnement de l'agriculture biologique et de l'agriculture conventionnelle. NB: Cet article a été modifié depuis sa première publication.

Face à deux produits alimentaires, pas toujours facile de faire un choix éclairé. Dans les rayons, les indicateurs se font rares. Et lorsqu’ils existent, ils s’avèrent souvent biaisés, en omettant de prendre en compte certains impacts sur l’environnement. D’où la nécessité de revoir les critères étudiés. Dans ce sens, des chercheurs français (Inrae), danois et suédois ont analysé le système d’évaluation basé sur l’ACV. Ils ont conclu qu’il n’était pas adapté pour comparer les impacts de l’agriculture biologique et de l’agriculture conventionnelle.

Premier et principal écueil: l’ACV ne prend quasiment jamais en compte les impacts d’un produit ou d’un secteur sur la biodiversité. Un oubli gênant pour une exploitation en bio, qui abrite pourtant une diversité biologique (nombre d’espèces) supérieure de 30% à celle d’une ferme cultivée en conventionnel. Si l’ACV prend en compte les impacts tout au long de la chaîne, au-delà de la seule exploitation, elle oublie aussi souvent d’évaluer les conséquences d’un recours aux pesticides, pourtant sources de pollutions et responsables du déclin de la biodiversité.

Un problème d’unité de mesure

Autre problème: l’ACV se mesure in fine en unité de produits (par kilogramme de viande ou litre de lait par exemple) alors que les services rendus par l’agriculture biologique s’évaluent plutôt au regard de la superficie (hectare de terre par exemple).

Dans un système ACV, un hectare de terre n’est qu’une ressource comme une autre, au même titre qu’une énergie fossile. Ce qui pénalise les fermes bio, dont le rendement est moindre. Les chercheurs rappellent pourtant le consensus scientifique selon lequel l’agriculture bio présente moins d’impacts pour l’environnement que la conventionnelle, par unité de terre cultivée. Les pertes sont moindres pour la biodiversité, ainsi que la contamination des sols, de l’eau, de l’air et de l’alimentation. Pour comparer les systèmes agricoles, il est donc préférable d’exprimer les impacts non seulement par quantité de produits mais aussi par unité de surface occupée. 

Les ACV affichent d’autres problèmes : la qualité nutritionnelle est rarement prise en compte, tout comme le bien-être animal dans les exploitations. L’impact des changements alimentaires est aussi très difficile à saisir dans une ACV. Par exemple il est démontré que les consommateurs de bio mangent moins de viande, ce qui a des incidences importantes sur les surfaces utilisées et la déforestation importée. Des nuances non prises en compte dans l’ACV. 

Des indicateurs plus fins

Logiquement, les chercheurs proposent de faire évoluer les indicateurs actuels, pour qu’ils permettent de comparer finement les pratiques agricoles en bio et en conventionnel. Il est nécessaire d’y ajouter au moins trois critères : la qualité des sols (érosion, compaction, salinisation et perte de matière organique), l’état de la biodiversité et les impacts du recours aux pesticides. Dans cette nouvelle perspective, l’ACV s’avère beaucoup plus favorable à l’agriculture biologique.