L’accord UE-Mercosur plombe la lutte pour le climat

Le 01 juillet 2019 par Stéphanie Senet
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Un feu vert à la hausse de la déforestation
Un feu vert à la hausse de la déforestation

Après 20 ans de négociations, l’accord entre l’Union européenne et les pays latino-américains de Mercosur a été conclu le 28 juin à Bruxelles. Au grand dam des agriculteurs et des ONG environnementales.

Le président brésilien Jair Bolsonaro s’est accaparé la victoire, même si le début des négociations remonte à l’an 2000. L’accord signé avec l’Union européenne –dont aucune version officielle n’a été publiée- supprime en effet les barrières tarifaires d’un grand nombre de produits, dont le jus d’orange et les fruits, et favorise l’accès au marché européen du sucre, de l’éthanol, des volailles et du bœuf provenant des 4 pays du Mercorsur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay).  

Contraire à la lutte climatique

«Cet accord aura des conséquences dévastatrices pour le climat. Alors que l’élevage constitue la principale source de déforestation dans ces pays, dont 80% de la déforestation au Brésil, ce texte permettra d’importer plus de bœuf grâce aux exonérations de taxes», déplore l’ONG Fern dans un communiqué. Une déforestation mauvaise pour le climat et génératrice de conflits croissants avec les communautés traditionnelles. Par ailleurs, l’agriculture brésilienne intensive émet d’importantes quantités de gaz à effet de serre.

En 2018, 78,8% des importations de viande bovine dans l’UE provenaient déjà du Mercosur.

«Je ne comprends pas qu’on puisse signer cet accord», a déclaré au Monde l’ancien ministre de la transition écologique Nicolas Hulot, qui a démissionné en août dernier. «Ce type de décision politique montre qu’on n’a aucune approche systémique, globale de la lutte climatique. Cet accord est complètement antinomique avec nos ambitions affichées», a-t-il poursuivi.

 

Sans contraintes juridiques

Si un chapitre est dédié au développement durable, celui-ci n’a en effet aucune valeur contraignante, contrairement aux dispositions touchant les barrières tarifaires. Si l’Union européenne a insisté pour que le respect de l’Accord de Paris soit mentionné, ceci n’aura aucun impact sur la politique brésilienne.

«Il serait naïf d’espérer que le gouvernement Bolsonaro fasse preuve de bonne volonté en matière de climat alors qu’il permet, depuis son élection, la déforestation de 450 hectares par jour d’Amazonie dans des zones pourtant protégées. C’est une bombe climatique mais aussi une injure aux libertés individuelles fondamentales des populations autochtones qui y vivent», a réagi le député Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire, LREM).

Pesticides interdits en Europe

L’autre inquiétude des ONG environnementales vise le recours aux pesticides. 74% des produits utilisés au Brésil sont interdits en Europe, selon la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Depuis l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro, 240 molécules bannies du vieux continent ont été autorisées au Brésil.

Les agriculteurs en colère

Les agriculteurs ont, eux aussi, ont dit tout le mal qu’ils pensaient du texte. «Il est totalement déséquilibré» selon les agriculteurs allemands du Deutscher Bauernverband, «honteux» pour les agriculteurs irlandais et représente «une tromperie» pour la FNSEA en France. Pour les rassurer, le commissaire européen sortant à l’agriculture, Phil Hogan, a promis une aide financière allant jusqu’à un milliard d’euros «en cas de perturbation du marché».

Débats non clos

L’accord n’est toutefois pas encore adopté. La balle est désormais dans le camp du Parlement et du Conseil européen, qui doivent approuver l’accord. Ensuite, le texte doit être ratifié dans chaque Etat concerné, le plus souvent par l’intermédiaire d’un vote du Parlement national.  «Il suffit qu’un Etat dise non pour le boquer complètement», note Samuel Leré, responsable du plaidoyer de la Fondation Nicolas Hulot (FNH). En France, la députée et porte-parole de LREM Aurore Bergé a déjà souligné «un problème de forme», dû à la signature par une Commission européenne sortante, alors qu’une nouvelle Commission doit bientôt être nommée. Le député et agriculteur Jean-Baptiste Moreau (également LREM) a aussi contesté «des importations de produits issus d’une des agricultures les plus nocives au monde avec celle des Etats-Unis».

Une longue série d’accords

L’accord entre l’UE et le Mercosur s’ajoute à une longue série d’accords commerciaux par l’Union européenne conclus au cours des derniers mois: le Ceta[1] avec le Canada soumis au vote des députés français le 17 juillet- et des accords avec le Japon, Singapour et le Vietnam. «A chaque fois, la logique est la même face à la protection de l’environnement. Aucune disposition n’est contraignante», souligne Samuel Leré.

Marronnier / 19 pays du G20 ont réaffirmé, le 29 juin à Osaka (Japon), leur engagement pour une mise en œuvre complète de l’Accord de Paris. «D’une année sur l’autre, le G20 se borne à réaffirmer son soutien à l’Accord de Paris. Mais cet engagement ne va pas de pair avec des politiques publiques nationales permettant de limiter effectivement le réchauffement à 1,5 degrés Celcius d’ici à la fin du siècle», a commenté Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.




[1] Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada

 



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