L’accord de Lima, entre les lignes

Le 15 décembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Laurent Fabius présidera les négociations climatiques, après la COP 21.
Laurent Fabius présidera les négociations climatiques, après la COP 21.
VLDT

Le plus important de l’accord conclu le 14 décembre est son annexe. Ces 37 pages composent le squelette de l’accord qui pourrait être conclu à Paris, l’an prochain. Certaines de ses propositions s’avèrent particulièrement climate-friendly. Sélection subjective.

C’est entendu, l’accord conclu à Lima dans les premières heures du dimanche 14 décembre ne sauvera pas le climat. Ce qui tombe bien: ça n’était pas sa vocation première. Sous le regard de milliers d’observateurs, les 195 négociateurs nationaux ont poursuivi un seul objectif: cadrer le processus grâce auquel les pays parties à la convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques pourraient conclure un accord universel, lors du sommet climatique de Paris en décembre 2015.

Finalement, l’accord de Lima tient en 4 pages, à peine. Il rappelle quelques grands principes, dont certains ont déjà été adoptés lors du sommet climatique de Varsovie en 2013:

  • l’accord de Paris devra prendre en compte les questions d’atténuation, adaptation, financement, transfert de technologie, renforcement des capacités des pays pauvres et transparence des politiques.
  • L’accord devra respecter les principes de responsabilité commune mais différenciée et la capacité respective des pays.
  • Les pays développés devront mobiliser des fonds pour financer les politiques d’atténuation et d’adaptation des pays en développement.
  • Les pays parties devront produire leur programme national de lutte contre le changement climatique «bien avant» la conférence de Paris, qui débute le 30 novembre 2015.
  • Ces programmes devraient contenir des informations quantifiables, des points de référence, des périodes de mise en œuvre, des périmètres de couverture, autant d’éléments permettant (mais ça n’est pas dit ainsi) leur évaluation.
  • A charge pour les instances onusiennes de rédiger, d’ici la Toussaint 2015, une synthèse de ces engagements et d’en évaluer les effets.

Last but not least, l’accord publie, en annexe, le document devant servir de base aux tractations qui doivent, en principe, accoucher de l’accord final. Ce pré-projet de décision, qui contient une centaine d’articles (et bien plus d’options à cocher), n’a rien d’un texte climaticide, comme certains l’ont qualifié à la fin du sommet de Lima.

37 pages sinon rien

Concis, il tient en 37 pages. Un an avant le sommet de Copenhague, le projet d’accord de l’époque ne pesait pas moins de 200 pages. En sélectionnant les options les plus favorables (rêvons un peu!), l’accord de Paris ainsi constitué pourrait être une base solide pour la lutte mondiale contre le changement climatique.

S’appuyant sur «le meilleur savoir scientifique disponible», cette politique aurait pour but de limiter le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Pour mémoire, nous en sommes à 1°C. Pour y parvenir, toutes les parties (comprendre les pays riches, émergeants, en développement et les moins avancés) devront, collectivement, abattre de 70% leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050. Mieux: certains scénarios proposent une décarbonation totale de nos économies à l’horizon 2050 et la mise en œuvre «d’émissions négatives» vers la fin du siècle. Ce qui suppose le déploiement à marche forcée de systèmes de captage-stockage de CO2. Un détail toutefois, les mesures unilatérales seront interdites. Ce qui évitera tout recours à la géo-ingénierie, non désiré par la communauté internationale. Pas question non plus d’élever des barrières douanières pour empêcher la diffusion de technologies carbone ou conforter des monopoles nationaux.

Budget carbone

Tous les acteurs («pays, société civile, secteur privé, institutions financières, villes, autorités régionales, collectivités locales et peuples indigènes») devront gérer un budget carbone et se doteront de «stratégies à long terme vertes et bas carbone». Leurs résultats seront compilés et vérifiés par l’ONU.

Toutes les parties, une fois encore, participeront au financement des politiques des pays les moins avancés. Pour ce faire, «les pays développés s’engageront à fournir 100 milliards de dollars (80 Md€) par an, à partir de 2020 pour les activités d’adaptation des pays en développement». Ces derniers devront «diversifier leur économie». Ce qui leur permettra de bénéficier des subsides du mécanisme de Varsovie, élaboré et du Fonds vert climatique.

Déjà abondé à hauteur de 10,2 Md$ (8,2 Md€), le Fonds vert deviendra l’une des plus riches institutions de la planète. A partir de 2020, les pays riches se sont engagés à lui verser, chaque année, l’équivalent de 1% de leur PIB: environ 450 Md$ (361 Md€) par an.

L’ONU, qui aime tant les grands «machins», contrôlera les mécanismes financiers, les transferts de technologie et les mécanismes de flexibilité, comme les MDP ou le Redd+. L’accord de Paris est conclu pour une période courant jusqu’en 2050. Son application est évaluée tous les 5 ans.

 

Les rendez-vous climatiques de 2015
8 au 13 février: les pays se retrouvent à Genève pour reprendre les discussions sur le document de travail du futur accord de Paris.
Avant le 1er avril: les pays «qui sont en mesure de le faire» doivent annoncer leur engagement, appelé contribution nationale, pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.
31 mai: date-butoir pour qu'un projet officiel de texte soit soumis aux 195 pays membres de la Convention de l'ONU sur le climat.
3 au 14 juin: réunion intermédiaire annuelle à Bonn. Bilan et poursuite des négociations sur le futur accord.
Second semestre: une dernière session de négociations intermédiaires pour préparer l'accord de Paris.
1er novembre: date à laquelle le secrétariat de la Convention de l'ONU sur le climat doit publier une synthèse agrégeant l'ensemble des engagements de réduction des GES afin de mesurer l'effort global dans ce sens.
30 novembre au (en principe) 11 décembre: 21e conférence de l'ONU sur le climat sur l’aéroport du Bourget, au nord de Paris.

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