L’abeille française meurt un peu moins

Le 21 novembre 2013 par Marine Jobert
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Un essaim d'abeilles sauvages.
Un essaim d'abeilles sauvages.
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2014 sera l’année de l’abeille! La journée dédiée ce 21 novembre par l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) à la santé des abeilles -état des connaissances et perspectives pour la recherche- n’aura pas permis d’en apprendre beaucoup sur l’évolution des colonies de ces insectes et les causes de la débâcle en cours. Prière d’attendre l’année prochaine pour savoir dans quel état se trouvent les ruchers européens: les résultats de l’étude menée sur 32.194 colonies, tirées aux sort dans 17 Etats membres par le laboratoire de référence pour les maladies de l’abeille, situé à Sophia-Antipolis, ne seront dévoilés que mi-février 2014. L’indice de mortalité 2012, a finalement lâché Marie-Pierre Chauzat, à la tête de la direction scientifique des laboratoires de l’Anses, «varie entre les pays européens». Des chercheurs de l’institut de l’abeille ont tout de même consenti à donner quelques chiffres à l’assistance. Le taux de mortalité[1] des colonies françaises (qui caracolait à 29,3% en 2008) s’établit à 18,4%, quand le réseau européen Coloss (Prevention of honey bee COlony LOSSes) relève un indice de mortalité[2] de plus de 30% en Grande-Bretagne, au diapason de la mortalité aux Etats-Unis (en hausse de 9,2% par rapport à la saison précédente).

 

Bourdons et abeilles sauvages, grands oubliés

 

L’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) a également un rapport sur le feu. Notamment sous l’égide de la «Bee Task Force», un groupe pluridisciplinaire qui analyse des informations produites par l’Efsa elle-même, transmises par la Commission, les Etats membres et plusieurs organismes internationaux (comme la FAO ou l’OCDE). Objectifs: identifier les lacunes dans les connaissances et cerner le champ des recherches à lancer, dans une optique holistique de l’évaluation du risque de facteurs de stress concomitants. Date de la remise du rapport: mars 2014. Et les bourdons et les abeilles sauvages, a demandé un apiculteur dans la salle, qui ont peut-être une fonction pollinisatrice supérieure à apis mellifica, pourquoi ne font-ils pas l’objet d’études dédiées? Car force est de constater qu’ils sont les grands oubliés de la science. «Des spécialistes de ces espèces sont en train de développer des protocoles, à la fois à l’échelle des individus et des colonies», a précisé une représentante de l’Efsa, sans préciser de délai.

 

Effondrement multi-factoriel

 

La France n’est pas en reste, qui a lancé en février 2013 une étude sur la co-exposition des abeilles aux facteurs de stress, à savoir les pesticides, les plantes génétiquement modifiées, les agents biologiques (parasites) ou encore l’alimentation, le climat, la génétique, les champs électromagnétiques ou les transhumances. De quoi nourrir une base de données de la littérature scientifique disponible sur le sujet, en prenant garde au manque de robustesse de certaines données. «Il y a des informations intéressantes, mais il faut qu’elles aient force de preuve», a mis en garde Yves Le Conte, le président du groupe de travail, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Publication des résultats? L’été 2014…

 

Varroa, ennemi public n°1

 

Il a été souvent question du varroa, devenu ennemi sanitaire numéro un et qui fait de la résistance (pharmaceutique), craint le réseau français de santé animale. «Car il y a peu de substances actives disponibles», a déploré Anne Touratier, qui en a dénombré 6 en tout et pour tout. Elle a plaidé pour une simplification drastique des procédures d’autorisation de mise sur le marché (AMM), pour les «adapter à ces marchés mineurs» et donc peu rentables pour l’industrie pharmaceutique. L’agence européenne du médicament a bien essayé de doper le secteur, en allégeant le volume des données à fournir pour les AMM ou en encourageant les reconnaissances mutuelles entre Etats membres. Sans succès. Soumis comme tout aliment à des limites maximales de résidus, le miel est un produit à part, puisqu’il stocke les polluants. «30% des traitements contre le varroa sont magistrales ou à base de plantes ’borderline’», a expliqué Eric Fresnay, de l’Agence nationale du médicament vétérinaire. Cela signifie des traitements sans garantie d’efficacité et de sécurité et c’est une concurrence au médicament.» La réglementation européenne devrait connaître un tournant, avec la publication de proposition par la Commission sur les espèces dites mineures. Quand? En 2014, bien sûr.

 

Et puis un apiculteur à la retraite prend la parole. «Il y a 20 ans, sans rechercher l’abeille idéale comme aujourd'hui, il se faisait du miel… Moi j’ai l’impression qu’il y a des non-dits, on est en train de tourner autour du pot... Qu’est-ce qui a changé depuis 20 ans? Et de pointer la présence massive de résidus de pesticides dans le miel. «On a parlé de varroa; c’est un réel problème, qu’il faut absolument conjuguer avec le facteur pesticide. Tant qu’on n’abordera pas cette question de façon franche, on n’ira nulle part.» Les applaudissements se font rares dans l’assistance…

 

 

L'apiculture française en quelques chiffres
Il y a 75.000 apiculteurs en France, qui s’occupent de 1,6 million de ruches et produisent 18.000 tonnes de miel (en 2011, en nette dégradation à cause des conditions climatiques).
1.600 apiculteurs en ont fait leur métier exclusif et produisent 60% des volumes.
2.000 apiculteurs sont pluriactifs (20% de la production,) et plus de 71.000 apiculteurs élèvent des abeilles dans le cadre familial (20% de la production).
Les Français, qui consomment 40.000 t de miel par an, en importent 25.000 (essentiellement de Chine, qui transitent par l’Espagne) et en exportent 3.000.

 

 



[1] soit les colonies mortes et les colonies orphelines, faibles ou maladies

[2] qui comptabilise les colonies mortes après hivernage.

 



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