Keystone relancé par la catastrophe de Lac-Mégantic?

Le 08 juillet 2013 par Marine Jobert
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Un wagon de modèle DOT-111, peu adapté pour le transport d’hydrocarbures à cause de la finesse de sa paroi.
Un wagon de modèle DOT-111, peu adapté pour le transport d’hydrocarbures à cause de la finesse de sa paroi.
DR

«De la voie ferrée à la voie lactée», telle est la devise de la ville de Lac-Mégantic[1], cette ville québécoise située à 25 km de la frontière avec les Etats-Unis, où un convoi de 72 wagons-citernes remplis de pétrole brut s’est embrasé dans la nuit de vendredi à samedi. Parti de Montréal, à 250 km à l'ouest, le convoi devait se rendre sur la côte atlantique, dans le port de Saint-John (Nouveau-Brunswick). Une locomotive aurait pris feu, puis son conducteur aurait cru le convoi immobilisé; mais les wagons-citernes ont dévalé la pente dans la nuit et, une douzaine de km plus loin, ont ravagé 2 km2 de cette ville de 6.000 habitants (vidéo). On recense pour l’heure 5 morts et une soixantaine de disparus.

Denis Allard, président du Fonds mondial du patrimoine ferroviaire interrogé par La Presse considère que les wagons-citernes qui étaient rattachés au train n’étaient pas adaptés au transport d’hydrocarbures. «Le principal critère qui fait qu'un wagon est sécuritaire, c'est une paroi d'acier d'un pouce. Si tu n'as pas cela, ça ne vaut rien. Je n'irais même pas donner cela aux pays pauvres, j'aurais des remords de conscience.» Selon le National Transportation Safety Board des États-Unis, les wagons DOT-111 sont «inadéquats pour résister au choc d'un déraillement», rapporte le quotidien québécois, qui affirme que des rapports mettaient déjà en garde contre ce risque en 1991.

 

Une couche de cendres, de suie et de résidus huileux recouvre le sol de la ville, où des milliers de litres de pétrole brut ont brûlé pendant 40 heures. Si la qualité de l'air est revenue à la normale, le pétrole lourd qui s'est déversé dans le lac Mégantic préoccupe davantage les autorités, car d'importantes quantités d’hydrocarbure ont migré dans les cours d'eau de la région.

La production canadienne de brut ayant considérablement augmenté ces dernières années, le  recours au rail est monté en puissance, tant du côté américain que canadien. Aux USA, de 9.500 wagons[2] en 2008, le transport par rail est passé à 233.811 wagons en 2012, selon l’Association of American Railroads. Même tendance lourde au Canada, puisque 16,6 millions de barils (soit 2% de la production nationale de brut) ont été transportés, en 2012, selon le Canada's National Energy Board. Selon les estimations de l’industrie, la hausse pourrait atteindre 73 millions de barils, en 2013, et 110 millions, en 2014, rapporte le Wall Street Journal.

Cet accident ferroviaire impliquant des wagons-citernes –inédit toutefois par son ampleur-est le 5ème de l’année. Un argument mis en avant par les partisans du pipeline Keystone XL, qui s’écharpent avec les opposants sur la fréquence et l’intensité des déversements accidentels d’hydrocarbures. Un rapport du Secrétariat d'Etat américain -consacré à l'étude d'impact du projet d'oléoduc géant devant relier les sables bitumineux de l'Atabasca au réseau de pipelines descendant jusqu'aux raffineries du Texas [JDLE]- concluait récemment à la moindre dangerosité environnementale du pipeline par rapport au transport ferroviaire. La porte-parole de l’Association of American Railroads affirme pourtant que 99.9977% du pétrole transporté arrivent à destination. «Dans la dernière décennie, 95% des accidents ferroviaires en lien avec le pétrole brut ont été….des non accident sans rejet, et 70% de ces incidents ont donné lieu à des rejets de moins de 5 gallons à chaque fois», a expliqué Holly Arthur.

«Les compagnies qui gravitent autour des pipelines vont utiliser [cet accident] et mettre en avant les avantages et les bons résultats en des pipelines en matière de sécurité», estime Bob Schulz, professeur à l’école de commerce de l’Université de Calgary, cité par le Montreal Gazette.

Certaines publications économiques considèrent que cet accident pourrait constituer un point  tournant dans le dossier aujourd’hui à l’arrêt du pipeline. Barack Obama doit se prononcer sur le projet à l’automne prochain.

 

 



[1] Le ciel est y particulièrement propice pour observer les constellations et la ville s’est développée grâce au chemin de fer.

[2] Un wagon transporte 740 barils, soit 117 m3.

 



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