Kawasaki, la maladie qui voyage avec les vents

Le 10 avril 2012 par Geneviève De Lacour
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Que contient le vent qui vient d'Asie Centrale ?
Que contient le vent qui vient d'Asie Centrale ?

Découverte au Japon dans les années 1960, décrite pour la première fois par le docteur Kawasaki en 1967, la maladie infectieuse qui affecte les enfants de moins de 5 ans, progresse au pays du soleil Levant mais aussi à Hawaï et sur le continent américain. Mais les origines de ce syndrome de Kawasaki demeurent énigmatiques, jusqu’à ce que récemment des scientifiques américains et espagnols décident de traquer le facteur climatique.

En 1967, un Japonais, Tomisaku Kawasaki, publie les résultats d’observations faites depuis le début des années 1960 d’une maladie étrange et totalement inconnue jusque-là, qui touche essentiellement des enfants de moins de 5 ans.

Une forte fièvre, une inflammation de la bouche et de l’épiderme, une inflammation des vaisseaux sanguins, à chaque fois les symptômes sont les mêmes. Actuellement, le Japon recense chaque année 200 cas sur 100.000 enfants. Ce syndrome ressemble étrangement à une maladie infectieuse, mais dont la cause principale échappe aux scientifiques. On estime qu’un patient sur 100 peut en mourir et que la maladie laisse parfois des séquelles irréparables et notamment au niveau du myocarde.

Depuis, les Japonais ont connus trois épidémies majeures: l’une en avril 1979, la seconde en mai 1982 et enfin la dernière en mars 1986. Entre ces pics épidémiques, le nombre d’enfants touchés ne cesse de croître et ce malgré l’effondrement du taux de natalité au Japon depuis la seconde guerre mondiale. Actuellement, au Japon, on recense 12.000 cas chaque année, ce qui est proche des chiffres des précédents pics épidémiques. Même à San Diego, Etats-Unis, le nombre de cas s’élève à 80 voire 100 par an.

Malgré son origine inconnue, les scientifiques suspectent les vents qui viennent d’Asie centrale d’être un facteur déclenchant du syndrome.

A partir des années 2000, des scientifiques décident d’explorer la piste climatique. Ils étudient notamment l’impact de la maladie dans les différentes préfectures nippones, en fonction de la géographie et de la climatologie. Ils examinent aussi le dossier de 87.000 patients recensés entre 1987 et 2006. Et découvrent vite que le nombre de malades est fortement corrélé à la saison. Les pics apparaissent toujours en hiver, au début du printemps et au début de l’été.

Xavier Rodo, directeur de l’institut catalan des Sciences climatiques de Barcelone (Espagne) utilise des modèles mathématiques et statistiques pour étudier la manière dont le climat affecte les maladies infectieuses. En 2007, il décide de collaborer avec Jane Burns de l’école de médicine du Colorado (Etats-Unis) et spécialiste de la maladie de Kawasaki.

Ils utilisent le programme informatique, mis au point par le scientifique espagnol, sur 247.000 patients nippons. Le modèle permet de faire varier, entre autres, température, précipitations et humidité en fonction de l’apparition des symptômes. Premier résultat: lorsque le vent souffle du centre de l’Asie vers le Japon, le nombre d’enfants malades explose. Leur modèle s’adapte, en outre, parfaitement aux trois épidémies connues de l’archipel nippon.

Cette découverte surprend nombres de scientifiques et notamment les microbiologistes qui estiment, généralement, que le rayonnement ultraviolet de la haute atmosphère et les températures très fortement négatives qui y règnent, anéantissent toute chance, pour des agents infectieux, de traverser des océans comme le Pacifique.

Pourtant les climatologues savent que les vents et notamment de tempête constituent un repère idéal pour un microbe. On estime que les anfractuosités des poussières transportées par le vent contiennent 10 à 20% d’éléments pathogènes.

Les scientifiques commencent alors une première série d’expérimentations. Embarqués dans un avion, ils filtrent l’atmosphère et prélèvent des échantillons à différentes altitudes là où la présence de l’agent pathogène est suspectée. Ils séquencent ensuite l’ADN de tout ce qui se trouve dans l’échantillon. Une chance pour eux, la campagne de prélèvement se déroule une semaine avant la catastrophe de Fukushima.

Malheureusement, ils n’ont réussi à analyser qu’une infime quantité d’ADN dans la poussière collectée. Mais ont néanmoins réussi à isoler quatre candidats agents pathogènes. Les résultats n’ont d’ailleurs pas encore été publiés.

Ils souhaitent maintenant analyser les séquences ADN du sang des enfants affectés et les comparer à l’ADN détecté dans les échantillons d’air.

Reste alors pour eux à déterminer où se situe exactement le réservoir de la maladie, probablement en Asie centrale. Et à répondre à une autre question importante : existe-il un animal hôte porteur sain de la maladie de Kawasaki ?

Leur étude suscite d’autres interrogations: pourquoi la maladie n’a-t-elle émergé que dans années 1950-1960 ? Et pourquoi son incidence augmente-t-elle constamment? Enfin, d’autres pathologies sont-elles aussi mobiles que la maladie de Kawasaki ?

 



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