Katowice fait grise mine

Le 10 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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La deuxième semaine débute avec "un signal faible" selon Brune Poirson
La deuxième semaine débute avec "un signal faible" selon Brune Poirson

La rédaction des règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris a progressé durant la première semaine de la COP 24. Mais d’importantes dissensions persistent entre pays du Nord et du Sud sur les questions financières, notamment. Résumé de l’épisode précédent.

Ce lundi 10 décembre, négociateurs, ministres et experts se sont réveillés avec une triste mine. Ce n’est pas seulement la faute à l’air saturé de charbon, aux bourrasques de neige fondue ou à l’urbanisme soviétique. La semaine passée a été difficile.

En fin de semaine, une alliance de pays pétroliers (Arabie saoudite, Koweït et Russie, encouragés par les Etats-Unis) a empêché un organe subsidiaire de la COP d’«accueillir» favorablement les conclusions du dernier rapport spécial du Giec[1] sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C. Des pays ayant commandé le rapport (lors de la COP 21) et l’ayant accepté cet automne lors d’une session du Giec, le refusent désormais à la COP 24. Une situation totalement absurde.

A lui seul, ce refus n’influera pas sur le déroulé des négociations. «Il nous inquiète toutefois, car cela peut constituer un signal faible sur l’ambition de certains Etats à vouloir relever leur ambition climatique», témoigne Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre français de la transition écologique.

Pour autant, l’heure n’est pas encore à la dépression nerveuse. Ces 7 derniers jours, les discussions portant sur les règles d’application de l’Accord de Paris (l’un des principaux enjeux de cette COP) ont favorablement progressé. Les ministres qui arrivent en meute, ce lundi, pourront travailler sur des projets de textes ayant maigri des deux tiers par rapport à leur version de début de sommet. «Les textes ont été réduits de volume, mais il reste encore beaucoup trop de décisions entre crochets», résume Miguel Arias Cañete, le commissaire européen au climat et négociateur en chef de l’Union européenne.

En effet, de nombreux désaccords subsistent sur des sujets capitaux: la transparence et les obligations des pays en matière d'information (sur l’évolution de leurs émissions et l’efficacité de leurs mesures par exemple), l'intégrité environnementale des marchés du carbone, l'information financière.

On discute aussi beaucoup de l’échéance à laquelle tous les pays devront travailler avec les mêmes règles. Un débat difficile au vu du manque de cohérence des engagements volontaires pris par les Etats en 2015 (les INDC). «Il y a des INDC qui portent sur une durée de 5 ans, d’autres sur 10 ans», rappelle Brigitte Collet, ambassadrice de France chargée des négociations sur le changement climatique. Cela étant, l’UE rejette par avance l’adoption de deux systèmes, l’un pour les pays industrialisés, l’autre pour les pays en développement: «La flexibilité, oui, la création de deux systèmes, non», a tonné Miguel Arias Cañete.

Nous n’en sommes pas encore là, mais les positions demeurent éloignées entre le Nord et le Sud. Réunis dans la coalition des ‘pays en développement ayant le même état d’esprit’ (LMDC), 24 gouvernements militent pour que ce cadre universel prenne effet à partir de 2041. Position inacceptable pour l’Union européenne (qui encadre les positions de ces 27 membres) qui plaide pour… 2031.

Sujet récurrent de chaque COP: les financements. Pays du Nord et du Sud peinent à s’entendre sur le sujet. Moins de deux ans avant l’échéance de 2020 (fixée lors de la COP 15 de Copenhague), la défiance reste de mise entre les nations développées, qui devront consacrer 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 au financement de l’adaptation des nations les plus vulnérables. Inquiètes, ces dernières demandent des garanties sur l’additionnalité de ces flux financiers et leur pérennité. Garanties que les chancelleries des pays développés peinent aujourd’hui à présenter.

Dans son dernier rapport, publié fin novembre, le Comité permanent des finances, organe de la convention Climat, estime que les Etats ont octroyé 55 milliards en 2016 aux pays du Sud: 30% de mieux qu’en 2014. Mais loin encore des 100 milliards escomptés dans deux ans. «C’est le sujet politique le plus difficile que nous ayons à résoudre», concède le commissaire espagnol.

Dans un registre proche, nombre de gouvernements aimeraient réformer les règles de fonctionnement du Fonds vert climatique (FVC), institution onusienne chargée de financer des projets climatiques dans les pays du Sud. «Nous ne pouvons plus en rester à un mode d’acceptation qui repose sur l’unanimité», résume Brune Poirson. Et de fait, si le FVC est désormais financièrement bien pourvu, il peine à dépenser l’argent qui lui a été confié.

Tout le monde s’accorde pour que les accords qui pourraient être conclus à l’issue de la COP de Katowice soient ambitieux. Ambitieux et justes. Président de la COP 21 (celle de Paris), Laurent Fabius a rappelé que la transition écologique devait être «juste, économiquement, socialement et territorialement». Un message aussi bien destiné aux délégués de la COP polonaise qu’au gouvernement français.

https://unfccc.int/sites/default/files/resource/2018%20BA%20Technical%20Report%20Final.pdf



[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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