Katowice, comme un air de «défaitisme» pour les climatologues

Le 17 décembre 2018 par Romain Loury
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Hervé Le Treut, directeur de l'IPSL
Hervé Le Treut, directeur de l'IPSL
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La COP24, qui s’est achevée samedi 15 décembre à Katowice (Pologne), laisse un profond goût d’inachevé aux scientifiques. Si l’Accord de Paris est techniquement sauvé, ses chances de réussite s’amenuisent.

Certes, l’Accord de Paris s’est doté à Katowice de règles d’application, et son ambition n’a pas été revue à la baisse. Mais au-delà de ce «Rulebook», cette quinzaine polonaise aura révélé de profondes dissensions entre Etats, produisant une réponse très nettement insuffisante face au défi climatique.

«Un travail technique a été effectué, et c’était important. Mais face aux effets du réchauffement, qui s’accumulent beaucoup plus vite qu’on ne l’imaginait, il devrait y avoir une réaction plus vive, un changement de langage, et cela manque. Il s’est dégagé de cette COP une sorte de défaitisme, d’acceptation de la situation, qui laisse un sentiment désagréable», note Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), contacté par le JDLE.

Un déni des alertes scientifiques

Même sentiment chez Olivier Boucher,  du Laboratoire de métrologie dynamique à l’IPSL, qui déplore «plusieurs signaux alarmants, et un retour en arrière de certains pays». Parmi eux, certains (Etats-Unis, Russie, Arabie saoudite, Koweït) sont même parvenus à bloquer un «accueil favorable» des négociateurs au rapport publié en octobre par le Giec, portant sur l’objectif d’un réchauffement limité à +1,5°C.

«C’est un rapport dérangeant. De nombreuses personnes ne veulent pas le comprendre, il y a une sorte de déni qui s’installe face à ces conclusions», ajoute Hervé Le Treut. Dès lors, il se creuse «un fossé entre la réalité des faits et ce qui devrait être fait, mais qui ne sera sûrement pas fait», observe-t-il.

+2°C, l’objectif qui s’éloigne

Interrogé dimanche 16 décembre sur France Info, Jean Jouzel, ancien vice-président du groupe scientifique du Giec (2002-2015), se montre aussi très inquiet quant à l’avenir climatique: «je crains de plus en plus qu’il soit très difficile de respecter l’objectif de l’accord de Paris, y compris l’objectif haut, c’est-à-dire maintenir le réchauffement climatique en-deçà de 2°C».

Faut-il pour autant désespérer de la situation? Hervé Le Treut ne le pense pas: «la lutte contre le réchauffement ne peut être qu’une démarche positive. En tant que professeur, je vois qu’une grande partie de la jeunesse a envie d’être acteur de cela. Il faut développer des discours positifs à ce sujet».



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