Journées caniculaires: plus fréquentes et plus intenses que prévu

Le 29 août 2019 par Romain Loury
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+46°C le 28 juin dans l'Hérault
+46°C le 28 juin dans l'Hérault
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En Europe, les journées d’extrême chaleur s’avèrent plus fréquentes et plus intenses que ne le prévoient les modèles climatiques, révèle une étude publiée dans les Geophysical Research Letters. Pire, l’élévation de leur température est bien plus forte que la hausse thermique moyenne, signe d’une variabilité thermique accrue.

Le 28 juin, la France a connu sa journée la plus chaude jamais enregistrée, avec un record historique enregistré à Vérargues (Hérault), de 46°C. Le doute n’est plus permis: ces phénomènes sont clairement liés au réchauffement en cours. Car celui-ci ne modifie pas seulement la température moyenne, il accroît aussi la fréquence et l’intensité des pics de chaleur.

Ruth Lorenz, climatologue à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (Suisse), et ses collègues ont étudié la survenue, depuis 1950, de ces journées très chaudes à l’échelle du continent européen, s’appuyant pour cela sur les relevés d’environ 4.000 stations météorologiques. Bilan: le nombre annuel de jours très chauds[i] est passé de 2 par an en 1950 à 6 par an en 2018. Soit trois fois plus, une tendance qui s’est accélérée depuis 1995.

Températures maximales en hausse de 5°C

A l’échelle du continent, les températures estivales maximales ont grimpé de 2,3°C, mais jusqu’à +5°C dans la zone Europe centrale, dans laquelle les chercheurs incluent la France[ii]. Pour ces pays, la hausse des chaleurs extrêmes a été 50% plus rapide que celle de la température moyenne estivale. Ce qui confirme que le changement climatique accroît non seulement la température, mais aussi sa variabilité.

A l’opposé, les journées de grand froid hivernal tendent à se raréfier et à s’adoucir. D’environ 5 jours par an en 1950, on n’en compte plus que 2 par an en 2018. Leur température s’est même accrue 50% plus vite que celle des grandes chaleurs estivales, de +0,49°C par décennie -contre +0,33°C pour les canicules à l’échelle du continent.

Des modèles climatiques en-deçà de la réalité

Dans une autre analyse, les chercheurs montrent que la tendance suivie par ces évènements extrêmes demeure globalement sous-estimée par les modèles climatiques Euro-CORDEX: 50% de ceux testés par les chercheurs s’avèrent en-deçà de la réalité, contre 25% au-dessus et 25% au même niveau. A l’inverse, ces modèles surestiment le radoucissement hivernal.

Selon les chercheurs, «il reste à déterminer dans quelle mesure ce biais potentiel pourrait affecter les projections pour l’avenir effectuées avec ces modèles». C’est d’ailleurs sur ces modèles Euro-CORDEX que s’est basé l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) dans un rapport publié en décembre 2018 sur les évènements météorologiques extrêmes.

L’Onerc dit s’attendre «à ce qu’il y ait de l’ordre de deux fois plus de jours de vagues de chaleur, tous scénarios confondus», dans la période 2021-2050 par rapport à 1976-2005. Une prévision qui, au vu de l’été 2019, pourrait d’ores et déjà sembler optimiste.



[i] Les chercheurs ont défini ces jours de grande chaleur comme ceux dont la température est supérieure au 99ème percentile : sur la gamme des températures observées, il s’agit des 1% les plus élevées.

[ii] Les chercheurs ont subdivisé l’Europe en trois grandes zones latitudinales: l’Europe du nord, l’Europe méditerranéenne et l’Europe centrale -qui comprend la majorité du territoire français, littoral méditerranéen exclus.

 



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