José Bové, le loup et les naturalistes

Le 06 janvier 2014 par Marine Jobert
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José Bové a été éleveur de brebis sur le plateau du Larzac.
José Bové a été éleveur de brebis sur le plateau du Larzac.
DR

«Je ne crois pas qu'au nom de la biodiversité, on doit accepter le loup.» Ce propos, rapporté par la presse suisse, est signé José Bové. L’eurodéputé déclarait il y a quelques mois déjà que «si le loup risque d'attaquer un troupeau, la meilleure façon de faire, c'est de prendre le fusil». Aujourd’hui, l’eurodéputé en campagne pour sa réélection dans la circonscription du Grand Ouest, demande purement et simplement une révision de la directive Habitats. «Je lance un appel solennel aux ministres de l’écologie et de l’agriculture pour qu’ils entament au plus vite des discussions en ce sens avec la Commission européenne.»

 

Clientélisme électoral ou propos sincères? Les réseaux associatifs et naturalistes ont tranché: «José Bové n’est pas un écologiste», écrit Jean-François Noblet, de l’association Nature et Humanisme dans un billet bien senti. «Un tel discours démontre sa totale méconnaissance de l’écologie scientifique, de la zoologie de la faune sauvage de l’Europe et de la situation de l’élevage pastoral», écrit-il. Quand Bové voit le loup comme un ennemi du pastoralisme, Noblet le considère comme un maillon d’une chaîne dont l’altération est fatale à tous. Car le contexte dans lequel interviennent le retour et la progression du canidé sous nos latitudes est singulier: moins de chasseurs, exode rural en zone de montagne, augmentation des surfaces boisées, explosion du nombre des populations d’ongulés. «Cela s’accompagne de phénomènes de dégénérescence génétique, d’épidémies et de dégâts sur les massifs forestiers. Le loup joue alors le rôle du médecin de la chaîne alimentaire. Sauf que lui ne guérit pas ses malades: il les bouffe», explique Jean-François Noblet au Journal de l’Environnement.

Compatissant à l’évocation du berger qui découvre une partie de son cheptel dévoré par les loups, le naturaliste ne s’en laisse pas compter sur la situation actuelle de l’élevage: «Les maladies, les chiens errants, les accidents ou la foudre causent la mort d’un millier de moutons par jour en France. Sans parler des vols entre éleveurs et de la concurrence de la Nouvelle-Zélande ou de l’Argentine.» Et d’appeler à apprendre à vivre avec le loup, à l’image d’un Antoine Pierrot, dans un entretien accordé au Journal de l’Environnement sur le retour du loup parmi les hommes.

 

«Le retour du loup revalorise au contraire le métier de berger, qui nécessite de vraies compétences», plaide Jean-François Noblet. Il estime que Bové «rejoint la FNSEA dans une crise suicidaire, qui s’oppose à tout ce qui est à tendance écologique, à travers la reconquête de la qualité de l’eau, de l’ours ou de l’écotaxe».

 

Cette attaque en règle éclaire d’un jour renouvelé un schisme galopant dans la sphère de l’écologie politique. D’un côté, deux ministres et des élus estampillés Europe Ecologie-Les Verts qui n’auront jamais joui d’autant de pouvoirs et de moyens que sous cette mandature. De l’autre, des associatifs, des naturalistes et de simples adhérents à EELV qui se demandent qui parle encore d’écologie en France. «Depuis qu’on est au gouvernement, on n’entend plus parler que de mariage gay ou des Roms –ce que je trouve très intéressant par ailleurs-, mais plus rien sur les OGM, les gaz de schiste, la biodiversité ou la pollution de l’air! Je suis cocu!», s’indigne ce coopérateur[1] d’EELV de la première heure, ex-adhérent des Verts.

 

En octobre 2013, Yves Paccalet, naturaliste et philosophe, élu conseiller régional en Savoie sur les listes EELV, quittait les rangs du parti. Il lui reprochait notamment de «se réclamer de l’écologie, mais [de] n’en parler quasiment jamais». Aujourd’hui, Jean-François Noblet, avec d’autres, demande que José Bové «soit exclu d’Europe Ecologie-Les Verts. Dans le cas contraire, nous quitterons ce parti politique. En tout cas, nous ferons tout pour empêcher José Bové d’être réélu au Parlement européen».

 



[1] Statut propre à EELV.

 



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