Jérôme Ferrier : l'avenir du gaz ne dépend pas des gaz de schiste

Le 06 mai 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le rapport Montebourg ne contient aucune surprise, estime Jérôme Ferrrier.
Le rapport Montebourg ne contient aucune surprise, estime Jérôme Ferrrier.
UIG

A quelques jours de l'ouverture du Congrès mondial du gaz, Jérôme Ferrier, patron de l'union internationale du gaz, a reçu le JDLE. L'occasion d'évoquer les gaz de schiste à la française, la place du gaz naturel dans le PEC 2030, et la sécurité d'approvisionnement énergétique de l'Europe.

Que pensez-vous du «rapport Montebourg» sur les gaz de schiste?

Rien de ce qu’il dit n’est une surprise. Je ne m’interroge que sur les raisons qui ont motivé sa diffusion à la presse. Depuis la loi Jacob, les gaz de schiste ne sont plus un sujet, en France. A quoi bon vouloir aujourd’hui rouvrir un débat qui, dans le contexte législatif actuel, restera stérile? D’autres occasions de rouvrir le débat se présenteront et nous saurons les saisir.

 

Tout de même, n’êtes-vous pas surpris par certaines affirmations de cette étude, notamment la soi-disant importance des gisements français de gaz non conventionnels?

Nous avons toujours dit que la situation, géologique, réglementaire, industrielle et économique, américaine est exceptionnelle et ne pourrait pas être répliquée, ni en France ni ailleurs. Côté emplois, on sait que l’exploitation du gaz de schiste est certainement créateur d’emplois,même s’il est difficile d’en estimer le nombre. Quant à la contribution à la création de richesse nationale, il n’y a aucune raison d’en douter pour un pays comme le notre totalement dépendant de ressources fossiles importées. Soyons réalistes, l’avenir du gaz dans le monde ne dépend pas en réalité de l’avenir des gisements de gaz non conventionnels, car les gisements de gaz conventionnel  sont suffisamment abondants et accessibles pour satisfaire la croissance attendue de la demande (notamment si l’on  ajoute aux gaz de schistes, les gaz de houille et les hydrates de gaz).

 

Dans le contexte climatique, le gaz naturel reste un hydrocarbure, dont la combustion émet du CO2.

Tout à fait mais beaucoup moins que les autres énergies fossiles. Cela étant, il faut regarder le bouquet énergétique actuel et ses évolutions possibles. Le charbon produit le tiers de l’énergie primaire mondiale. Si nous voulons réduire rapidement les émissions carbonées sans menacer la sécurité d’approvisionnement énergétique, nous devons remplacer le charbon par des sources d’énergie moins carbonées. Mais à chaque région, son mix énergétique. Certains pays accepteront l’énergie nucléaire, d’autres pas. D’autres miseront davantage sur les énergies renouvelables. Mais l’intermittence du solaire et de l’éolien oblige à conserver une source d’énergie capable de suppléer au manque de vent ou de soleil. Et le gaz naturel a clairement cette carte à jouer. Pour le moment, en France, je constate qu’EDF continue à produire de l’électricité avec du charbon, dans ses centrales du Havre et de Cordemais. Sans doute pour des questions plus économiques et sociales qu’énergétiques.

 

Ce gaz naturel n’est-il pas concurrencé par des gaz «renouvelables», comme le biométhane?

Cela restera marginal. Engie estime que l’on peut produire, par méthanisation de produits fermentescibles, jusqu’à 10% de la consommation française de gaz, à l’horizon 2030. C’est possible. Cela étant, qu’il s’appelle biogaz ou biométhane, cela reste des molécules de méthane, comme celles du gaz issu des gisements souterrains. L’intérêt réside dans le fait que plutôt que de laisser ce gaz s’échapper naturellement dans l’atmosphère, vous le canalisez pour l’exploiter sous la forme d’une ressource energétique. Il n’y a pas en réalité de concurrence entre le gaz vert renouvelable et les autres  gaz ; ils sont absolument complémentaires.

 

Les gaziers sont-ils satisfaits du paquet énergie climat européen pour 2030 ?

Oui, car il donne enfin le signal d’une politique énergétique communautaire Dans laquelle le gaz est mentionné au même titre que l’électricité pour l’amélioration des interconnections et la construction des infrastructures nécessaires à la sécurité et la diversification de nos approvissionnements energétiques.

 

Ce programme entend pourtant réduire drastiquement les émissions européennes de gaz à effet de serre.

Absolument. Et pour ce faire, il conviendrait, comme l’ont déjà décidé certains pays tel le Royaume-Uni, de limiter à 450 g de CO2 le bilan carbone de la production d’un kWh électrique. Outre-Manche, les prochaines centrales thermiques à flammes ne pourront plus brûler de charbon, à moins de stocker dans des couches géologiques le CO2 qu’elles produiront en dépassement des 450 g autorisés. C’est une mesure intelligente.

 

Ce basculement annoncé du charbon vers le gaz peut-il être menacé par les mauvaises relations qu’entretiennent désormais l’Union européenne et la Russie ? Une Russie qui se tourne d’ailleurs de plus en plus vers la Chine…

Je ne le crois pas. D’une part, parce que l’on ne réoriente pas aussi facilement les flux de gaz que les exportations de pétrole. La majorité de nos contrats avec les Russes sont à long terme, et jusqu’à présent, ils ont toujours rempli leurs obligations à l’égard des pays européens. Vouloir privilégier les exportations vers la Chine au détriment de l’Europe impose de construire de très gros et très longs gazoducs. Ce qui demande quelques années.

D’autre part, l’Europe peut de son côté diversifier ses approvissionnements: depuis l’Asie centrale, en Iran ou au Turkmenistan, ou à partir des Etats-Unis, en achetant des cargaisons de gaz naturel liquéfié. Il ne faut pas non plus oublier que les Européens consomment et consommeront de moins en moins d’énergie grâce à l’efficacité energétique. Ce qui explique, en partie, l’abandon par la Russie du projet de gazoduc South Stream, en décembre 2014. Contrairement à ce que l’on a pu lire,  cela n’est probablement pas seulement lié aux conséquences du conflit ukrainien. Il n’y avait peut-être plus de demande à court terme pour 60 milliards de mètres cubes de gaz naturel additionnels par an en Europe.



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