Jean-Louis Bal : « Nous ne tiendrons pas les objectifs du Grenelle »

Le 26 avril 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jean-Louis Bal
Jean-Louis Bal

Récemment appelé à la présidence du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Jean-Louis Bal se découvre une âme de lobbyiste appelé à ferrailler contre l’Etat, son ancien employeur. Une vie nouvelle pour l’ancien patron des énergies vertes de l’Ademe .

 

Après tant d’années passées à l’Ademe, quel effet cela produit-il d’être à la tête du Syndicat des énergies renouvelables?
 
C’est un moment particulier qui se situe dans une période très mouvementée pour les énergies renouvelables, en général, et le photovoltaïque, en particulier. Mais même si je reste dans le même secteur que celui dont je m’occupais à l’Ademe, je découvre des choses que je n’imaginais pas quand j’étais dans le secteur public.
 
Par exemple?
 
Il y a dans le SER des entreprises de toutes tailles, des représentants de différentes filières, des développeurs… autant d’acteurs dont les intérêts ne sont pas forcément convergents. Il faut donc tenter de concilier tout cela.
 
 
Quel est aujourd’hui l’état des lieux des renouvelables, en France?
 
Pour ce qui concerne l’éolien terrestre, la situation n’est pas mauvaise. Nous installons, chaque année, entre 1.000 et 1.100 mégawatts. Pour être dans les clous du Grenelle, il faudrait atteindre 1.300 à 1.400 MW. Nous n’en sommes pas si loin, même si la tendance n’est pas bonne.
 
Pas d’espoir d’accélération?
 
Disons que nous attendons de voir les conséquences sur le terrain du classement des éoliennes comme ICPE. Sans compter que le mille-feuilles administratif conçu pour l’éolien (schémas régionaux, zone de développement éolienne, ICPE, permis de construire) ne va pas accélérer les choses.
 
Une toute première appréciation des schémas régionaux?
 
Dans certaines régions, comme la Picardie, cela se passe bien, dans d’autres, comme la Champagne-Ardenne, nous devons intervenir très vigoureusement pour que cela s’améliore. Ces schémas doivent être opérationnels en juin 2012. Nous verrons bien à ce moment-là.
 
Aucun appel d’offres lancé par les pouvoirs publics pour développer les énergies renouvelables n’a réussi. La même menace pèse-t-elle sur l’éolien offshore?
 
Il est clair que l’appel d’offres n’est pas une bonne procédure pour développer les énergies renouvelables, surtout si le prix le plus bas est le critère déterminant. Comme cela a toujours été le cas jusqu’à présent.
 
Pour quelle raison?
 
Parce qu’au moindre contretemps, et n’oublions pas que les associations anti-éolien déposent systématiquement des recours contre les projets, l’économie du projet s’effondre. Cela étant, pour l’appel d’offres Eolien offshore, la primauté du prix est moindre que pour les précédents. Le facteur prix sera pondéré par d’autres critères, comme la solidité financière des porteurs de projet et la protection de l’environnement marin. Mais il faudra voir comment cela sera géré dans le détail par les pouvoirs publics. Car, pour le moment, le prix-plafond est fixé à 165 euros le mégawattheure. Or c’est plus bas que le coût de production des grands parcs déjà en fonctionnement en Europe.
 
De toutes façons, l’offshore est de facto réservé aux grands développeurs…
 
Nécessairement. Car les parcs marins sont chers à installer et à exploiter. Mettre en service 300 MW offshore, cela coûte au bas mot 1 milliard €.
 
 
 La rareté, en Europe, des bateaux spécialisés dans le montage des éoliennes marines n’est-elle pas un handicap pour le programme français, parti bien plus tard que ceux d’Allemagne, du Danemark ou du Royaume-Uni?
 
Je ne crois pas que le calendrier soit si serré que cela. D’abord, les premiers parcs devront être installés en 2015. De plus, il ne faut pas se faire d’illusions: tous ces projets seront systématiquement attaqués devant le tribunal administratif. On dispose donc probablement de plus de temps que ce que le gouvernement nous accorde.
 
De temps, peut-être, mais de place?
 
C’est vrai que les 5 zones choisies par le gouvernement nous semblent un peu petites pour installer les 3.000 premiers MW offshore. Selon nos calculs, nous pouvons y installer entre 2.600 et 2.700 MW. Fort heureusement, les élus locaux et les dirigeants d’entreprise de Vendée semblent désormais vouloir accueillir des machines entre Noirmoutier et l’île d’Yeu: une zone qu’avait condamnée, en son temps, l’ancien président du conseil général, Philippe de Villiers. Si cette zone se libère effectivement, mais c’est du ressort de l’Etat, on pourrait installer les 3.000 MW prévus par l’appel d’offres.
 
A moins, peut-être, que les porteurs de projet n’innovent en voulant installer des machines plus puissantes que celles que nous connaissons?
 
Effectivement, certains dossiers proposeront des machines de 7 MW de puissance unitaire, probablement d’origine allemande.
 
Si l’avenir semble prometteur pour l’éolien, ce n’est pas le cas du photovoltaïque…
 
C’est vrai, pour le photovoltaïque, la situation est très difficile. Je pense notamment aux entreprises qui se sont investies dans l’habitat individuel. Dans ce secteur, la chute du chiffre d’affaires est de 70% par rapport à la même période de 2010. Cette année, seuls 100 MW crête devraient être installés, contre 300 MWc, l’an passé. C’est moins critique pour les installateurs de centrales en toiture ou au sol. Leur carnet de commande leur permet de passer 2011 sans trop de problèmes puisque 30 à 50% des 3.000 MWc de projets qui étaient dans la file d’attente vont finalement être réalisés. Mais les difficultés surgiront en 2012.
 
Le gouvernement doit, là aussi, lancer un appel d’offres…
 
Oui, mais tout dépend à quelle vitesse. En principe, il doit être publié cet été. Mais cela ne permettra pas de lancer les premières réalisations avant 2012. Donc, sur les 25.000 emplois que compte aujourd’hui la filière photovoltaïque, je crains que la moitié ne soient en grand péril.
 
Et pour les industriels de l’amont?
Avec la baisse des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque et l’appel d’offres, les prix vont être tirés vers le bas. La concurrence avec les producteurs étrangers va encore se durcir.
 
Désespérée, la situation des ENR en France?
 
Non, il y a des choses qui marchent, comme le fonds Chaleur géré par l’Ademe. Au cours des deux premières années de fonctionnement, il a permis d’éviter la consommation de 500.000 tonnes équivalent pétrole (tep). Tout ça pour un prix de 18 €/t CO2 évitée. On n’est pas très loin du prix du quota sur les marchés européens.
Malheureusement, l’Etat prévoyait de doter ce fonds Chaleur de 800 millions € par an. Or, cette année, nous en sommes à 260 millions.
 
Pensez-vous que la catastrophe de Fukushima puisse aider au développement des ENR?
 
Pas seulement les ENR. Il est évident que le lobby gazier va tout faire pour que cela lui profite. De plus, il est inévitable que les prix de l’électricité augmentent, qu’on veuille sortir du nucléaire ou y rester. De notre point de vue, égoïste, c’est une bonne chose. Cela renforcera la compétitivité des ENR, et notamment celle de l’éolien terrestre, dont les prix sont proches de ceux du marché. Cette hausse des prix du courant, qui intervient dans un contexte de renchérissement des prix de l’énergie, va nécessairement faire baisser les consommations. Mais pour que tout le monde puisse résister à ces évolutions, il faudra que l’Etat perfectionne ses outils d’aide comme l’éco-prêt à taux zéro (éco PTZ) ou les crédits d’impôts.
 
Et pas les certificats d’économie d’énergie?
 
D’une manière générale, je pense qu’il faut reprendre à zéro tous les modes de financement de soutien à la maîtrise de la demande d’électricité (MDE) et aux énergies renouvelables.
 
Une préférence?
 
La Contribution au service public de l'électricité (CSPE), qui fait peser sur l’ensemble des consommations le financement des énergies renouvelables, de la cogénération et de la péréquation me semble être un bon système. Et pourquoi ne pas l’étendre à la MDE et à l’ensemble des énergies renouvelables?
 
L’année qui vient sera l’occasion de porter les sujets énergétiques sur la place publique. Ce sont des sujets qui intéressent les politiques?
 
 Jusqu’à présent, le SER a été auditionné par les représentants d’Europe Ecologie les Verts et par Corinne Lepage. Nous n’avons pas été sollicités par les grands partis politiques. Raison pour laquelle nous allons publier, à la rentrée prochaine, un Livre blanc dans lequel nous ferons le point sur la situation et des propositions pour atteindre les 23% d’énergies renouvelables en 2020 et le facteur 4 en 2050.
 
Est-ce à dire que l’on n’atteindra pas, au rythme actuel, l’objectif fixé à la France par le paquet Energie-climat?
 
Le Grenelle Environnement, qui en découle, nous impose d’atteindre 20 millions de tep. Or, selon nos estimations, nous serons, au rythme actuel de déploiement des énergies renouvelables, à 12 ou 13 Mtep en 2020.
 
Votre Livre blanc va, j’imagine, proposer des solutions pour combler ce retard?
 

Non seulement pour combler le retard, mais aussi faire mieux que les 23% imposés par l’Europe. Pour cela, nous devons alléger les procédures administratives qui encadrent l’éolien, voire en supprimer certaines. Car, fondamentalement, les 4 procédures en vigueur actuellement traitent des mêmes problèmes. Il nous faut aussi lutter contre les recours abusifs qui n’ont pas d’autre objectif que de ralentir le développement des projets. Or, avec l’engorgement des tribunaux administratifs, il faut quelques années pour traiter un recours. Et quelques années de retard sur le calendrier d’un projet peuvent lui être fatal. Nous devons mieux doter le fonds Chaleur. Mais l’une des choses les plus importantes est sans doute de revoir le plan Bâtiment du Grenelle qui ne démarre pas vraiment. Le nombre d’artisans formés est très insuffisant. Les taux bonifiés de la Caisse des dépôts ou les éco PTZ ne marchent pas. Il faut vraiment aller au fond des choses. Ce que nous ferons dans ce Livre blanc.



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