«Je ne veux pas que la Bretagne soit jolie pour quelques-uns»

Le 18 avril 2018 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne.
Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne.
DR

C’est l’heure de l’engagement citoyen pour faire de la Breizh Cop, calquée sur la COP 21, un levier puissant de transition climatique, énergétique et environnementale pour la Bretagne. L’occasion d’un tour d’horizon des défis régionaux avec le président de l’exécutif, Loïg Chesnais-Girard.

 

JDLE - Depuis la première rencontre à Saint Malo, en mars 2017, avez-vous réussi à faire monter tout le monde dans le bateau pour construire ce «monde à vivre» que vous appelez de vos vœux?

Loïg Chesnais-Girard – Depuis le début du processus, il y a eu des discussions passionnantes sur la politique agricole commune (PAC) post-2020, qui nous ont permis de raccrocher le secteur agricole à la Breizh Cop. Le monde agricole breton s’est transformé depuis plusieurs décennies. D’abord pour être capable de produire des quantités de matière animale et végétale pour nourrir les hommes, puis pour assurer une traçabilité indispensable suite aux problèmes d’épizootie des années 1980-90. Sont ensuite venus les sujets environnementaux avec les algues vertes. Aujourd’hui le sujet, c’est l’humain, pour faire en sorte que chacun vive correctement et décemment de son travail. Je vous l’accorde: ce n’est pas grâce à la Breizh Cop que le modèle agricole se transforme. Mais il se transforme parce les besoins des consommateurs évoluent, la prise de conscience environnementale est là. Et aujourd’hui, cette prise de conscience est aussi sociale.

JDLE – Le scénario envisagé pour l’agriculture dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prône une diminution de 30% de la taille des cheptels, une relocalisation nationale des marchés et une montée en gamme pour l’exportation. Quelles chances a la Bretagne, spatialement enclavée, et son industrie agroalimentaire de s’aligner?

Loïg Chesnais-Girard – La filière agroalimentaire bretonne est déjà engagée vers l’export de produits de très grande qualité. En outre, l’instauration du principe du paiement redistributif pour les 52 premiers hectares favorise le modèle familial, plus résilient, et vise à le pérenniser. Quant à la consommation locale, nous avons lancé ‘Breizh alim’, qui encourage les acheteurs publics à consommer local dans la restauration collective.

JDLE - Quels sont les modèles de développement non soutenables que vous souhaiteriez bannir de Bretagne?

Loïg Chesnais-Girard – Tous ces modèles qui consomment les ressources plus vite qu’elles ne se renouvellent ou qui fonctionnent aux énergies fossiles, alors que nous devons aller vers des ressources et des énergies renouvelables.

JDLE - La pêche industrielle n’a donc plus sa place en Bretagne?

Loïg Chesnais-Girard - Nous avons été les premiers à basculer sur l’arrêt de la pêche grand fond, un sujet venu en premier lieu d’un armateur breton, avec des discussions qui se sont tenues en Bretagne. Nous menons des discussions sur le partage des eaux pour pouvoir installer des éoliennes en mer. C’est un sujet au carrefour de la préservation des ressources, du partage des espaces naturels et de la préparation des énergies de demain. L’exemple de la coquille Saint-Jacques est éloquent. Dans le modèle précédent, c’était des razzias sur le gisement, suivies d’années de galère car tout avait été prélevé. Tout cela, c’est fini, et aujourd’hui, le nouveau modèle est bien structuré par et avec les pêcheurs: on ne prélève pas une tonne de plus que ce qui a été prévu et pas en dehors des dates arrêtées, le tout en lien avec les scientifiques, pour que le gisement soit préservé dans le temps. C’est un modèle performant sur le plan de l’environnement et sur le plan économique.

JDLE - Le zéro pesticide, en toutes circonstances et en tous lieux, vous y seriez favorable?

Loïg Chesnais-Girard - Tendre vers des solutions comme celle-ci, c’est un travail de longue haleine auquel nous nous attelons. De grands groupes travaillent sur des microdosages, de nouvelles pratiques et des nouvelles molécules. Des changements considérables de pratiques sont en cours. Et puis il y a le bio.

JDLE – Dans la délibération qui sera soumise au vote des 83 élus ce 19 avril, il est écrit que «la gestion des conséquences du changement climatique n’est pas appréhendée et globalement anticipée en Bretagne». Concrètement, cela signifie quoi?

Loïg Chesnais-Girard – Déjà à l’œuvre, le changement climatique va avoir un impact considérable sur l’ensemble des activités humaines. On le voit bien sur le trait de côte, sur les accélérations de rythme entre moments pluvieux et non pluvieux et sur des périodes de semis qui ont changé par rapport à ce que l’on connaissait auparavant. En plus de la nécessaire énergie pour transformer le modèle énergétique et environnemental, il va falloir aussi s’adapter. Individuellement, les gens se rendent compte que quelque chose se passe. Mais les systèmes économiques n’ont pas encore forcément intégré ce changement. 

JDLE – L’enjeu des mobilités est aussi très prégnant dans la Breizh Cop…

Loïg Chesnais-Girard –Nous avons la volonté de développer des cars, les trains, les bateaux. Reste la question: comment faciliter le trajet des habitants entre leur logement et les gares. Cela peut se faire en tirant le meilleur du modèle collectif. Par exemple, ceux qui prennent la voiture par habitude peuvent, en passant par le numérique, trouver d’autres solutions pour aller vers des points de ralliement, pour monter dans des trains et des cars. Mais l’enjeu majeur, c’est d’intégrer qu’en Bretagne, il y a énormément de logements individuels. Il va falloir échanger sur les modèles de développement de ville pour l’avenir [400.000 nouveaux arrivants sont attendus d’ici 2040], notamment avec la volonté de préserver les terres agricoles. La densité de l’habitat représente un vrai sujet de réflexion: comment placer les gens, non de façon autoritaire, mais en lien avec les collectivités? Comment aménager nos schémas d’urbanisme pour préserver les terres agricoles?

 

JDLE - Ces discussions vont nourrir le Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet), qui est hautement prescriptif. Qu’en attendez-vous pour inscrire ces questions dans le quotidien des collectivités, des entreprises et des citoyens?

Loïg Chesnais-Girard –L’enjeu n’est pas d’imposer un modèle, mais bien que la Bretagne assume la transformation de son modèle. Je ne veux pas que la Bretagne soit jolie pour seulement quelques-uns! L’enjeu de transformation doit être collectif et ne peut fonctionner que si chacun y prend sa part. Un ‘serious game’ [une sorte de SimCity version bretonne], une plateforme participative et des jeux de carte et de plateau sont proposés aux Bretons pour emmener la société civile. Tous les projets proposés en phase avec l’esprit de la Breizh Cop seront labellisés. Il n’y aura aucun financement à la clé, mais je crois en la fierté de l’action collective!



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus