Japon, des réactions économiques en chaine

Le 14 mars 2011 par Geneviève De Lacour
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Au Japon les événements s’enchainent. Le séisme de vendredi 11 mars, d’une rare amplitude, a provoqué un tsunami et entrainé à sa suite une crise nucléaire sans précédent. La catastrophe a détruit de nombreuses infrastructures et provoqué l’arrêt de 11 des 55 centrales nucléaires que compte l’archipel. Or l’énergie nucléaire fournit entre 25 et 30% de l’électricité nationale. Et déjà des coupures de courant sont planifiées. Mais ces délestages ne sont que les premiers effets de la crise qui pourrait avoir de nombreuses conséquences. Au Japon, comme ailleurs.

 

Trois jours après le séisme, le Japon a dû limiter, voire cesser, sa production dans de nombreux secteurs d'activité, particulièrement dans la région nord-est, sur la côte Pacifique lieu d'origine du séisme. Dans la région de Tohoku, qui représente 8% du produit intérieur brut (PIB) national, le trafic ferroviaire est totalement paralysé. Tout comme dans la mégapole de Tokyo qui, avec ses 35 millions d'habitants et ses dizaines de milliers de sièges sociaux, d’usines et de commerces, produit 40% de la richesse nippone.

Au niveau national, les raffineries de pétrole ont été fortement touchées. L’agglomération tokyoïte a été beaucoup moins éprouvée que la région nord, même si laraffinerie Cosmo Oil , située dans cette région, a partiellement brulé. Les opérateurs estiment que la catastrophe pourrait, à court terme, réduire la demande du troisième consommateur mondial de pétrole.

A cause de l’interruption de l’activité des centrales électriques, la compagnie électrique Tepco (Tokyo Electric Power) a prévu des coupures de courant par rotation. Des mesures qui devraient perdurer jusqu’à la fin du mois d’avril, selon son PDG.

Nissan, Toyota et Honda, les principaux constructeurs automobiles japonais ont annoncé la suspension de leur production dans l’ensemble du pays.

Déjà les économistes commencent à publier des chiffres sur le coût total de lacatastrophe. Le tremblement de terre et le tsunami survenus vendredi au Japon pourraient occasionner des dégâts dont le coût est compris entre 170 et 180 milliards de dollars (entre 121,77 et 128,93 milliards d’euros). Un montant qui représente environ 3,5% du PIB nippon. Impressionnante, cette estimation émanant d'une note émise lundi par le chef économiste du Crédit suisse au Japon doit être relativisée: les montants évalués par Hiromichi Shirakawa ne représentent somme toute que 40% du montant de la facture des travaux occasionnés par le tremblement de terre ayant affecté la ville de Kobe en 1995.

Les assurances vont souffrir elles aussi. Assureurs et réassureurs japonais, ainsi que leurs grands concurrents étrangers, vont subir de «lourdes pertes», ce qui pèsera sur leurs notes, indique une étude publiée lundi par l'agence de notation Moody's. Le coût de la catastrophe pourrait s'élever pour les assurances à 34,6 milliards $ (24,78 milliards €), selon une estimation initiale publiée dimanche par AIR Worldwide, spécialiste de l'évaluation du risque.

Avec un nombre réduit de centrales en activité, le Japon, troisième parc nucléaire au monde -55 centrales nucléaires au total- devra rapidement trouver d’autres ressources énergétiques.

Emmanuel Fages, responsable Recherche énergie Europe à la Société générale, estime que l’impact de la catastrophe sur le plus grand importateur mondial de GNL (gaz naturel liquéfié) va dépendre de la durée d’arrêt des centrales nucléaires. « Il est impossible, à l’heure actuelle, de savoir si l’opinion publique japonaise acceptera une reprise d’activité des centrales nucléaires qui ont été endommagées structurellement et à des degrés divers par le séisme

D’ores et déjà, les spécialistes envisagent objectivement une augmentation du prix du gaz, du charbon et des produits pétroliers. Emmanuel Fages estime à 15% la perte de production pour le Japon. Une énergie qui, selon le spécialiste, devrait être remplacée par environ 40% de GNL, 30% de charbon et 15% de pétrole.

Ces changements dans l’approvisionnement en ressources énergétiques auront forcément des conséquences sur marché du carbone. « Avec une diminution de sa production nucléaire, le Japon devrait émettre beaucoup plus de CO 2. Est-ce que cela sera compensé par des achats supérieurs de crédits carbone au niveau mondial?» Bien malin celui qui pourrait le dire à l’heure actuelle.

La crise nucléaire que traverse le Japon n’est pas non plus sans conséquences sur les choix énergétiques des pays occidentaux. Le choix du nucléaire, énergie qui effraie de nouveau, dépend fortement des opinions publiques. « En Chine, le programme nucléaire va continuer, aux Etats-Unis les débats sont plus importants. L’évolution du marché dépend du choix de l’opinion publique», complète Emmanuel Fages. Et déjà l’Allemagne annonce aujourd’hui la signature d’un moratoire de trois mois sur l’allongement de la durée de vie de ses réacteurs nucléaires. Suivie en cela par la Suisse qui a bloqué, ce matin, les demandes de construction de nouveaux réacteurs.

Dès à présent, les conséquences de la catastrophe sont palpables sur les marchés. « Les prix de l’électricité et du gaz ont augmenté de 6 à 8% pour le gaz et 4,7% pour l’électricité», note Emmanuel Fages.

Le gouvernement japonais a jugé que ce sinistre aurait un impact « considérable» sur l'économie nationale et des fonds colossaux seront nécessaires pour financer la reconstruction des zones éprouvées. Ce lundi, la Banque du Japon a versé 15.000 milliards de yens (soit 131,6 milliards d’euros) à 13 banques des régions sinistrées.

Enfin, le Japon était devenu, en décembre 2010, le premier détenteur des bons du trésor américains, (ce qui représente 768,8 milliards $ -550,69 milliards €). Si les Japonais décidaient de vendre ces bons, les vagues du tsunami pourraient bien déferler sur l’économie américaine.  



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