Jamais sans mon charbon

Le 24 novembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quel avenir pour le charbon?
Quel avenir pour le charbon?

Paradoxe, il sera peut-être nécessaire d’utiliser du charbon pour décarboner notre système énergétique sans sacrifier notre sécurité d’approvisionnement. Mais pour ce faire, il faudra recourir au captage-stockage de CO2 et réformer notre fiscalité.

 

Décarboner nos systèmes énergétiques passera nécessairement par l’abandon du charbon. Une transformation qui semble inéluctable. Le projet de loi sur l’énergie, que prépare le gouvernement allemand, prévoit d’imposer aux électriciens une baisse supplémentaire de leurs émissions de CO2. Les 4 énergéticiens qui se partagent le marché outre-Rhin devront ainsi abattre de 22 millions de tonnes leurs rejets carbonés annuels d’ici 2020, affirme Reuters.

Fin du charbon?

Cette contrainte nouvelle oblige E.ON, RWE, EnBW et Vattenfall à fermer une dizaine de tranches au charbon, -outre la cinquantaine d’installations déjà condamnées par la directive sur les grandes installations de combustion. Vattenfall a pris les devants. Le 29 octobre, le groupe public suédois a annoncé vouloir se débarrasser de toutes ses activités charbonnières: mines de lignite et centrales. Un début.

Pour des raisons similaires, le Royaume-Uni a déjà arrêté 8.200 mégawatts électriques de capacités au charbon depuis 2012. Et 13.000 MWe devraient encore être fermés d’ici 2023, estime National Grid, le gestionnaire des réseaux de transport d’électricité britannique.

Le 13 novembre dernier, le ministre indien de l’énergie, Piyush Goyal, a annoncé que la plus grande démocratie du monde allait arrêter d’importer du charbon (d’Australie, principalement) d’ici deux à trois ans. New Delhi préfère désormais réduire les taux de perte de courant (25 à 30%) que de construire de nouvelles capacités de production d’électricité. C’est moins cher et moins carbonifère.

Les mineurs US au plus bas

Toutes ces nouvelles ont de quoi déprimer le marché du charbon. Déjà minées par la concurrence du gaz de schiste, les compagnies minières américaines sont au plus bas. Sur le marché new-yorkais, le cours des actions des 8 principaux producteurs de charbon américain a chuté d’un tiers depuis un an, rappelle le Wall Street Journal. Nombre d’investisseurs parient d’ailleurs sur la poursuite de leur descente aux enfers. Pour la plus grande joie des «fonds vautours» qui rachètent à vil prix la dette des compagnies minières, dans l’espoir de gains hypothétiques le jour où le charbon aura de nouveau droit de cité.

Ce jour n’est peut-être pas si éloigné qu’on l’imagine. Car les besoins en capacités nouvelles sont considérables. Entre 2012 et 2040, l’humanité va accroître de 37% ses consommations de pétrole, de gaz, de charbon et d’électricité. Dans son dernier rapport annuel, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rappelle que l’Europe, seule, doit mettre en service 120 GWe de centrales pour assurer la production d’électricité en base dans les 10 prochaines années: l’équivalent de la totalité du parc de production français! Bien sûr, les énergies renouvelables seront à l’honneur. Mais leur caractère intermittent impose de les adosser à des capacités de production supplémentaires (grande hydraulique, pompage-turbinage ou thermique) ou à des installations de stockage. Le nucléaire aura du mal à se faire son trou. Le coût moyen du mégawattheure, en Europe, reste insuffisant pour financer la construction et l’exploitation d’une centrale nucléaire de nouvelle génération. Et toute l’Europe ne voudra sans doute pas faire subventionner par ses citoyens la construction de nouvelles tranches nucléaires, comme l’a fait le Royaume-Uni avec EDF.

Quel mix chinois?

Les besoins sont autrement plus importants en Chine. Pour tenir ses engagements climatiques pris le 12 novembre auprès des Etats-Unis, l’Empire du milieu devra mettre en service 1.000 GWe de capacités de production décarbonées et les réseaux qui vont avec. Bien sûr, cela peut signifier quelques centaines de milliers d’éoliennes, des dizaines de milliers de fermes photovoltaïques, un millier de réacteurs nucléaires. Cela peut signifier aussi la construction de nouvelles centrales au charbon.

Le seul scénario de l’AIE susceptible de stabiliser le réchauffement et de satisfaire aux besoins énergétiques à venir prévoit la mise à feu de 80 GWe de centrales à charbon dotées d’un système de captage-stockage de CO2 d’ici 2025, et 580 GWe avant 2040. La technique existe. Les formations géologiques susceptibles de stocker des milliards de tonnes de CO2 sont (à peu près) connues. Reste à créer les conditions économiques propices au développement de cette technologie. Sans surprise, il faudra supprimer les subventions à la consommation d’énergie fossile et fixer un prix incitatif aux émissions de gaz à effet de serre. Un beau programme pour les sommets climatiques de Lima et de Paris.

 



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