Ivoire: le trafic pourrait survivre à l’interdiction chinoise

Le 09 janvier 2017 par Romain Loury
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Il s'agit maintenant de fermer les autres marchés asiatiques, souvent tenus par les Chinois.
Il s'agit maintenant de fermer les autres marchés asiatiques, souvent tenus par les Chinois.
Alex Hofford/EPA

Annoncée fin décembre par les autorités chinoises, la fermeture du marché domestique d’ivoire de ce pays, premier consommateur au monde, constitue certes une excellente nouvelle pour l’éléphant d’Afrique. Celui-ci est toutefois loin d’être sorti d’affaire, craignent des associations.

 

C’est sans conteste un tournant important dans la lutte contre le braconnage de l’éléphant: à partir de 2017, toute vente d’ivoire sera interdite sur le sol chinois, avec la fermeture progressive sur l’année des 34 ateliers de sculpture et des 130 vendeurs que compte le pays. Il était temps, alors que les populations africaines d’éléphant ont perdu un tiers de leurs effectifs en une décennie.

Coup dur pour les trafiquants

La nouvelle a été unanimement saluée par les associations, qui y voient un coup dur porté aux  trafiquants. Pour Céline Sissler-Bienvenu, directrice France et Afrique francophone du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), «l’annonce est effectivement réalisable dans l’année: il y a une volonté des autorités chinoises de mener la danse, et de devenir un leader sur le sujet, comme le sont les Etats-Unis» , qui ont eux-mêmes fermé leur marché domestique début juillet 2016.

La Chine dispose de stocks massifs d’ivoire légal, constitué avant l’inscription en 1989 de l’éléphant d’Afrique à l’annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées (Cites)[i]. En empêchant leur utilisation, elle coupe l’herbe sous le pied des trafiquants, qui utilisent cette filière légale pour blanchir leur ivoire illégal.

Les antiquités, nouvelle faille?

Pourtant, plusieurs associations se montrent vigilantes, pas tant sur la volonté réelle des Chinois d’en finir avec l’ivoire illégal, que sur la capacité des réseaux de trafiquants à passer entre les gouttes. D’autant que l’interdiction prévoit une dérogation pour les «reliques d’ivoire», à savoir les antiquités chinoises, qui pourraient servir de nouvelle voie de blanchiment. Or ces objets d’art sont nombreux dans le pays.

Autre crainte, la possibilité des trafiquants de se tourner vers d’autres pays asiatiques, telles que le Laos, le Vietnam, la Birmanie et la Thaïlande. Il est important que l’annonce chinoise «fasse boule de neige dans ces pays, sinon le marché va se développer, et les trafiquants pourront continuer à y écouler leurs stocks», juge Céline Sissler-Bienvenu.

 «Dans beaucoup de ces marchés, les citoyens chinois représentent la grande majorité des acheteurs, le commerce s’y effectue en langue chinoise, souvent en devise chinoise. Des efforts de collaboration ciblée seront nécessaires de toute urgence afin de fermer ces marchés, et pour s’assurer que l’ivoire illégal ne passe pas la frontière chinoise», juge Aron White, en charge de la protection de la faune sauvage à l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA).

Un commerce mondialisé par internet

Outre l’interdiction, les autorités chinoises ont fait part de leur volonté d’accompagner les ivoiriers, bientôt au chômage technique, notamment en les encourageant à s’orienter vers la restauration de pièces de musée. Elles prévoient aussi des campagnes de sensibilisation du grand public. Rien d’annoncé en revanche quant à la vente sur internet.

«La demande d’ivoire s’est mondialisée grâce à internet. En Chine, certaines plateformes ont interdit sur leurs sites la vente d’ivoire, de corne de rhinocéros et d’ailerons de requin. C’est une démarche très contrôlée, y compris par les utilisateurs eux-mêmes», rappelle Céline Sissler-Bienvenu, qui espère que cette démarche «se généralisera, y compris en Europe».



[i] L’annexe 1 interdit toute exportation de produits dérivés de l’éléphant, sauf dérogation spécifique par exemple à des fins de recherche. Quatre pays africains demeurent à l’annexe 2 (commerce pouvant «être autorisé et devant dans ce cas être couvert par un permis d’exportation ou un certificat de réexportation»), à savoir l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Botswana et la Namibie.

 



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