Ivoire: la Chine restreint les importations

Le 24 mars 2016 par Romain Loury
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Prochaine étape, le marché domestique?
Prochaine étape, le marché domestique?
Alex Hofford/EPA

La Chine a étendu son interdiction d’importation d’ivoire aux produits mis en circulation avant 1975, a déclaré mardi son Administration nationale des forêts. Un grand pas dans la bonne direction, même si le maintien d’un marché domestique continue à stimuler le trafic.

Jusqu’alors, la Chine, principale destinataire de l’ivoire illégal, avait interdit en 2015, pour une durée d’un an, l’importation depuis l’Afrique de trophées de chasse et d’ivoire africain sculpté datant d’après 1975, date d’entrée en vigueur de la Cites[i]. Cette mesure vient d’être prorogée jusqu’en 2019, a annoncé mardi l’Administration nationale des forêts.

Plus important, la Chine vient dans le même temps d’interdire l’importation d’ivoire et de produits en ivoire mis en circulation avant 1975, soit avant la création de la Cites, mesure également effective jusqu’à fin 2019. Objectif: assécher le trafic, qui se fond souvent dans le commerce d’antiquités.

Pour Céline Sissler-Bienvenu, directrice France et Afrique francophone du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), «ces interdictions importantes montrent la détermination du gouvernement chinois à se joindre à la communauté internationale dans la lutte contre le commerce de l'ivoire». Toutefois, «il n’existe pas d’action ciblée concernant la vente sur internet, qu’il sera difficile de vérifier», explique-t-elle au JDLE.

Un marché domestique florissant

Le problème majeur provient probablement du marché domestique, qui reste autorisé pour les produits importés avant 1981, date à laquelle la Chine a intégré la Cites, ainsi que pour ceux acquis à l’occasion de la vente unique réalisée en 2008 par quatre pays d’Afrique australe (Afrique du Sud, Zimbabwe, Namibie, Botswana).

Ces derniers produits, provenant de stocks gouvernementaux de ces pays lorsque ceux-ci ont obtenu le passage de l’éléphant de l’annexe 1 à l’annexe 2 de la Cites, doivent être accompagnés de documents Cites. Or ces «cartes d’identité» par produit sont parfois conservées par le vendeur, en échange d'un rabais pour l’acheteur: «une carte peut faire passer une cinquantaine de produits», explique Céline Sissler-Bienvenu.

«Le marché domestique crée un appel d’air», ajoute-t-elle. Seule solution, l’interdire pour de bon, ce à quoi s’est engagé le président chinois Xi Jinping fin septembre 2015, annonçant vouloir «prendre des mesures significatives et opportunes pour mettre fin au commerce d'ivoire sur [le] marché domestique».

Le commerce légal stimule le braconnage

Le transfert de l’éléphant de l’annexe 1 à l’annexe 2, restreint aux quatre pays d’Afrique australe, leur a ouvert un commerce très encadré de leurs stocks d’ivoire. Ce qu’ils ont présenté comme un moyen de faire chuter les prix, et de tarir le braconnage.

«C’est exactement le contraire qui s’est passé: cela laisse croire que le commerce de tout type d’ivoire est permis, cela élargit le marché, stimule la demande, et d’ailleurs le braconnage est reparti à la hausse», juge Céline Sissler-Bienvenu.

La question se pose également pour la corne de rhinocéros, dont il est possible de couper la corne sans tuer l’animal: après avoir levé le moratoire sur la vente au sein du pays, fin novembre 2015 à la demande d’éleveurs, l’Afrique du Sud devrait demander la fin de l’interdiction au niveau mondial, lors de la prochaine conférence des parties (COP17) de la Cites, qui se tiendra fin septembre à Johannesburg.

Si l’association sud-africaine Save the Rhino se montre hésitante à ce sujet, l’IFAW y voit, comme pour les stocks d’ivoire, une fausse bonne idée. «Cela va ouvrir des marchés, qu’il sera très facile d’alimenter par le braconnage, et le commerce de corne légale ne suffira pas à combler la demande», juge Céline Sissler-Bienvenu.



[i] Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction

 



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