Irrégularités d’Areva: 21 réacteurs français concernés

Le 17 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un générateur de vapeur construit par Areva.
Un générateur de vapeur construit par Areva.
VLDT

Au fil des semaines, le dernier scandale en date d’Areva prend de l’ampleur. Près de la moitié du parc nucléaire français comporte des pièces douteuses. Les autorités de sûreté d’une douzaine de pays sont également en alerte.

En langage nucléocratique, on appelle ça une «irrégularité». Des décennies durant, la forge du Creusot a livré aux entreprises du secteur nucléaire (mais pas seulement) des pièces non conformes. Non que leur qualité ne réponde pas (toujours) aux spécifications du cahier des charges des clients, mais il y avait des «anomalies dans le suivi des fabrications», résumera Areva, début mai.

«De natures très diverses, ces irrégularités consistent en des incohérences, des modifications ou des omissions dans les dossiers de fabrication relatives à des paramètres de fabrication ou des résultats d’essais», poursuit l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). 

taux de carbone

Dit autrement, les bordereaux de conformité technique produits par la forge (aujourd’hui propriété d’Areva) renseignaient incorrectement le client sur le taux de carbone de l’acier des pièces forgées. Or une trop forte teneur en carbone peut réduire les capacités de résistance de la pièce. C’est d’ailleurs le débat en cours entre EDF et l’ASN, à propos de la cuve et du couvercle du réacteur EPR de Flamanville.

Le 3 mai dernier, en se basant sur les données fournies par Areva, l’ASN estimait à 400 le nombre de pièces suspectes forgées depuis 1965 par l’usine du Creusot, «dont une cinquantaine seraient en service sur le parc électronucléaire français».

80 pièces

Dans une note mise en ligne le 16 juin, le gendarme du nucléaire revoit ses estimations à la hausse. Désormais, ce ne sont plus une cinquantaine mais 80 pièces de générateurs de vapeur, de cuves ou de tuyauteries du circuit primaire principal dont il faut contrôler la composition. A ce stade de l’enquête, 21 réacteurs[1] sur les 58 du parc tricolore sont concernés. Des pièces suspectes ont également été identifiées sur l’EPR de Flamanville, en cours de construction. Malheureux hasard, les deux réacteurs de Fessenheim font aussi partie du lot.

Pour EDF, «ces irrégularités n’ont pas de conséquence sur la sûreté des réacteurs concernés». N’empêche: l’exploitant a arrêté inopinément, le 13 juin, la tranche 2 de la centrale alsacienne pour vérifier minutieusement l’un de ses 4 générateurs de vapeur. Y aurait-il donc anguille sous roche? Le 3 mai dernier, lors de l’assemblée générale des actionnaires, le directeur exécutif en charge du parc nucléaire d’EDF rappelait pourtant que «nos analyses nous conduisent à [ne] prendre aucune mesure sur le parc en exploitation aujourd’hui».

EDF en France et au Royaume-Uni

La menace que font peser ces pièces douteuses ne concerne pas uniquement le parc français d’EDF. Propriété d’EDF Energy, le réacteur britannique de Sizewell est aussi équipé de pièces forgées au Creusot, s’alarme l’Office for Nuclear Regulation. Est-ce un hasard? Le réacteur est curieusement à l’arrêt, ces jours-ci. Même problème potentiel pour les générateurs de vapeur des tranches 2 et 3 de la centrale suédoise de Ringhals, exploitée par Vattenfall. Le 27 mai, le quotidien suisse 24 Heures s’inquiétait de ce que des viroles de la cuve du réacteur n°1 de la centrale de Beznau aient été forgées au Creusot.

Selon une enquête menée par Greenpeace France, les centrales nucléaires d’une douzaine de pays pourraient être concernées par le dernier scandale Areva en date. Outre la France, le Royaume-Uni et la Suisse, les centrales de Tihange et Doel (Belgique), d’Asco et d’Almaraz (Espagne), de Krško (Slovénie) comportent des pièces de pressuriseurs ou de générateurs made in Creusot. Aux Etats-Unis, une douzaine de réacteurs sont concernés. De même au Brésil, en Chine, en Corée du Sud et en Afrique du Sud.

Sur les ondes de RTL, Ségolène Royal indiquait, le 4 mai, à propos des pièces installées dans les centrales d’EDF, que «les premiers résultats [étaient] bons: c'est-à-dire les pièces sont conformes, ce sont les documents qui ont été mal faits». Pas sûr que cela suffise aux exploitants et autorités de sûreté.

 



[1] Blayais 1 et 3, Bugey 2-3-4, Cattenom 1, Chinon 1 et 3, Civaux 2, Dampierre 1-3-4, Fessenheim 1-2, Golfech 2, Gravelines 3, Paluel 1, Saint-Laurent-des-Eaux 1-2, Tricastin 2-3.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus