IPBES: deux salariés de l’agro-industrie experts sur la pollinisation

Le 24 février 2016 par Marine Jobert
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Les pollinisateurs, au menu de l'IPBES.
Les pollinisateurs, au menu de l'IPBES.
©Dominik Hofer

Quatre ans à peine après sa création, la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) fait face à de lourdes accusations de conflits d’intérêts dans ses rangs. Ce Giec[1] de la biodiversité, qui tient sa 4e réunion plénière du 22 au 28 février à Kuala Lumpur (Malaisie), abriterait en son sein des experts rétribués –voire salariés- par l’industrie des pesticides. Une situation dénoncée depuis plusieurs mois par des scientifiques à travers le monde et assumée par la direction de l’IPBES,  ainsi que le révèle le quotidien Le Monde.

 

Deux rapports d’importance sont au menu de la conférence malaisienne: le premier est consacré à l’évaluation des scénarios et modèles de biodiversité, le second fait le point sur les pollinisateurs et leur apport à la production alimentaire. Or, sur les 80 chercheurs mobilisés pour leur rédaction, au moins deux d’entre eux ont des liens avérés –et assumés publiquement par les intéressés- avec l’industrie des pesticides.

 

Ainsi de Christian Maus, auteur principal du chapitre sur la diversité des pollinisateurs et d’Helen Thompson, chargée de celui sur les causes de leur déclin. Le premier est salarié de Bayer. La seconde est aujourd’hui employée de Syngenta.  Une situation déjà dénoncée en décembre 2014 dans les colonnes de la revue Nature par trois chercheurs. «Pour appuyer sa crédibilité, l’IPBES a besoin d’une politique exigeant de ses experts la déclaration de toutes leurs sources de financement, les postes qu’ils occupent et leurs autres conflits d’intérêts potentiels (…) Etant donné le rôle de l’agrochimie dans le déclin des pollinisateurs, il nous semble que des scientifiques financés par des entreprises de ce secteur ne devraient pas être auteurs principaux ou auteurs coordinateurs de chapitres dans un tel rapport d’évaluation», écrivaient-ils alors.

 

Réponse de l’IPBES: «Les scientifiques des sociétés agrochimiques [Bayer et Syngenta] ont été sélectionnés sur leur capacité, comme scientifiques indépendants, à apporter une contribution objective». C’est effectivement l’institution onusienne qui a sollicité Helen Thompson, raconte celle-ci dans Le Monde. Une faculté laissée à l’IPBES, qui pioche dans une liste de noms proposés par les Etats membres et les ‘parties prenantes’. Des déclarations d’intérêts ont bien été rédigées par les 80 chercheurs qui ont participé à la rédaction des deux rapports, mais elles ne sont pas consultables.

 

Ces conflits d’intérêts ont-ils des implications au plan scientifique? Le Monde souligne qu’Helen Thompson a mené une étude en 2013 pour le compte de l’Etat britannique, qui dédouanait les néonicotinoïdes de tout impact dans l’effondrement des pollinisateurs. Ses données brutes ont été revues par un autre scientifique, qui conclut à l’effet inverse; conclusions qui n’ont pas été contestées. Quant à Christian Maus, il ne peut essuyer de critiques concernant son positionnement scientifique sur les pollinisateurs: bien qu’étant officiellement l’auteur principal du chapitre sur la diversité des pollinisateurs, «il n’a jamais publié de travaux sur le sujet», rappelle le quotidien.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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